Sur le front de la pau­vre­té

Dans les di­vers pro­grammes pré­sen­tés, le pro­blème des classes les plus dé­fa­vo­ri­sées et du pou­voir d’achat est mis en re­lief. Les can­di­dats pro­posent leur vi­sion pour ré­soudre la si­tua­tion.

Al Ahram Hebdo - - Le Fait De La Semaine - Ché­rine Ab­del-azim

« At­ten­tion, nous sommes au bord d’une ré­vo­lu­tion de la faim », a dé­jà aver­ti Mo­ha­mad Elba­ra­dei, fin 2011. Mal­gré cette son­nette d’alarme, le su­jet de la pau­vre­té a été trai­té de ma­nière as­sez su­per­fi­cielle dans tous les pro­grammes des can­di­dats pré­si­den­tiels. Par exemple, le pro­gramme de Ab­del-mo­neim AboulFou­touh, in­ti­tu­lé « L’egypte forte », com­prend tout un cha­pitre de 7 pages sous le titre « La construc­tion éco­no­mique et le dé­ve­lop­pe­ment in­dé­pen­dant ». Plein d’idées et de nou­velles struc­tures dans dif­fé­rents do­maines éco­no­miques, mais pour la pau­vre­té, il faut juste « re­struc­tu­rer le sys­tème des sub­ven­tions ». Il parle aus­si d’un conseil « so­cioé­co­no­mique » et semble comp­ter sur d’autres me­sures pour lut­ter contre la pau­vre­té au lieu de la ci­bler di­rec­te­ment. Dans un autre cha­pitre, il men­tionne le mot « pauvre », en af­fir­mant que le gaz na­tu­rel se­rait ache­mi­né aux do­mi­ciles des classes les plus dé­mu­nies. Se­lon un rap­port pu­blié au dé­but de 2012 par l’or­ga­nisme cen­tral de la mo­bi­li­sa­tion pu­blique et des sta­tis­tiques, un quart de la po­pu­la­tion en Egypte vit en des­sous du seuil de pau­vre­té. C’est-à-dire que plus de 20 mil­lions de per­sonnes souffrent de la pau­vre­té. Bien que la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier compte par­mi ses de­mandes l’éga­li­té so­ciale, en réa­li­té, la tran­si­tion gé­rée par les mi­li­taires du­rant cette an­née et de­mie n’a en rien contri­bué à ré­dui- re cette pau­vre­té, ni à amé­lio­rer les condi­tions de vie des Egyp­tiens.

Aboul-fou­touh n’est pas le seul. Dans un pro­gramme de 81 pages, in­ti­tu­lé Al-nah­da (la re­nais­sance), la pau­vre­té trouve une pe­tite place et sa lutte est vue sous deux angles par le can­di­dat Mo­ha­mad Mor­si. Un sys­tème de taxe « flexible » et une re­mise en place de la za­kat et sa­da­qa (au­mône) et des biens is­la­miques. Il parle aus­si de la lutte contre « la cher­té de vie » avec une « fixa­tion des prix » dans cer­tains cas. La ques­tion est un peu mieux trai­tée chez Ham­dine Sab­ba­hi, can­di­dat de ten­dance nas­sé­rienne, qui a comme prin­cipe de sou­te­nir les pauvres. Il évoque dans la troi­sième page de son pro­gramme la né­ces­si­té de ga­ran­tir une as­su­rance mé­di­cale pour les pauvres à tra­vers des lé­gis­la­tions. Il évoque aus­si un pro­jet na­tio­nal de lo­ge­ment pour les pauvres ain­si qu’un plan pour le dé­ve­lop­pe­ment des bi­don­villes. Le can­di­dat plu­tôt li­bé­ral Amr Mous­sa, lui, parle d’une « Egypte sans pau­vre­té », qui oc­cupe 5 pages de son pro­gramme. Il s’en­gage à di­mi­nuer le taux de pau­vre­té de 20 % vers la fin de son man­dat en 2016. Il ne pré­cise pour­tant pas de quelle fa­çon et dé­core ces pages de quelques slo­gans qui parlent tou­jours du pro­blème « Eli­mi­na­tion de la pau­vre­té », « La Sub­ven­tion ne doit pas être pri­vée de ce­lui dont il a be­soin et dé­cer­née à ce­lui dont il n’a pas be­soin ». Et c’est dans cette lutte contre la pau­vre­té que doit être vue la sub­ven­tion éva­luée à 114 mil­liards de L.E. au to­tal, dont en­vi­ron 20 mil­liards pour la nour­ri­ture (le pain sur­tout). Mous­sa se pro­nonce ain­si pour son main­tien re­la­tif à la nour­ri­ture, une sub­ven­tion des pay­sans et un dou­ble­ment de l’al­lo­ca­tion de jus­tice so­ciale. Il veut aus­si ci­bler les « vil­lages les plus pauvres en Haute-egypte » comme fut le pro­gramme du fils de Mou­ba­rak. Le pro­gramme élec­to­ral de son père, l’an­cien pré­sident dé­chu, était aus­si par­fai­te­ment ré­di­gé et par­lant de « lutte contre la pau­vre­té », mais dans les faits, les pauvres de­ve­naient plus pauvres et la classe moyenne per­dait de son ef­fec­tif en fa­veur de la plus pauvre. Sommes-nous dans les pro­messes ou des pro­grammes ap­pli­cables ? Mieux vaut être la se­conde, car Mo­ha­mad Ka­mal, professeur d’éco­no­mie à l’uni­ver­si­té de Mi­nya, tire la même son­nette d’alarme. D’après une étude qu’il a me­née sur la pau­vre­té, « l’egypte peut faire face à une ré­vo­lu­tion de la faim à cause du manque des den­rées ali­men­taires et de la pro­pa­ga­tion de la pau­vre­té dans le pays »

Un quart de la po­pu­la­tion en Egypte vi­vant en des­sous du seuil de pau­vre­té at­tend un nou­veau sort.

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