Statu quo très fra­gile

SOU­DAN-SOU­DAN DU SUD . Alors que le dé­lai ac­cor­dé par l’onu aux deux pays pour re­prendre leurs né­go­cia­tions ex­pire ce mer­cre­di, la ten­sion à la frontière reste vive.

Al Ahram Hebdo - - Monde Arabe - A. T.

Mal­grél’ex­pi­ra­tion ce mer­cre­di de l’ul­ti­ma­tum que l’onu a lan­cé au Sou­dan et au Sou­dan du Sud pour ar­rê­ter les com­bats et re­prendre les pour­par­lers, rien n’au­gure d’un re­tour à la table des né­go­cia­tions. Cette se­maine en­core, l’ar­mée sou­da­naise a in­di­qué qu’il y avait eu de nou­veaux com­bats le long de la frontière contes­tée, tan­dis que Ju­ba a af­fir­mé que le Sou­dan avait de nou­veau bom­bar­dé son ter­ri­toire. Ac­cu­sa­tions et contre-ac­cu­sa­tions qui se pour­suivent de­puis le dé­but de la crise entre les deux pays, alors que vé­ri­fier la si­tua­tion sur le ter­rain est qua­si im­pos­sible. Ce­la dit, le Haut com­mis­saire de l’onu aux droits de l’homme, Na­vi Pillay, a ac­cu­sé Khar­toum d’avoir me­né des « bom­bar­de­ments aveugles, sans égards pour les ci­vils », alors que les au­to­ri­tés sou­da­naises ont sys­té­ma­ti­que­ment dé­men­ti me­ner des raids aé­riens en ter- ri­toire sud-sou­da­nais. « Des at­taques dé­li­bé­rées ou ir­ré­flé­chies sur des zones ci­viles peuvent, en fonc­tion des cir­cons­tances, être qua­li­fiées de crime in­ter­na­tio­nal », a af­fir­mé Mme Pillay ven­dre­di der­nier. « Par deux fois au cours des 6 der­niers mois, j’ai pu­bli­que­ment condam­né le fait que les forces ar­mées sou­da­naises mènent de fa­çon aveugle des bom­bar­de­ments aé­riens. Au­jourd’hui, je le condamne à nou­veau », a-t-elle ajou­té, après que Ju­ba eut à nou­veau ac­cu­sé Khar­toum d’avoir vi­sé son ter­ri­toire.

En fait, le Sou­dan du Sud a ac­cu­sé à plu­sieurs re­prises ces der­niers mois l’avia­tion sou­da­naise d’avoir me­né des bom­bar­de­ments à l’in­té­rieur de son ter­ri­toire, no­tam­ment sur la lo­ca­li­té de Ben­tiu, ca­pi­tale de l’etat fron­ta­lier d’uni­té, af­fir­mant qu’ils avaient fait plu­sieurs vic­times ci­viles. Khar­toum l’a sys­té­ma­ti­que­ment dé­men­ti.

Le 2 mai, le Conseil de sé­cu­ri­té de l’onu a som­mé, sous peine de sanc­tions, les deux pays de ces­ser les hos­ti­li­tés à leurs fron­tières, de re­prendre, d’ici 16 mai, leurs né­go­cia­tions et de ré­gler leurs dif­fé­rends. Mais rien n’an­nonce une éven­tuelle pro­chaine re­prise des né­go­cia­tions. Le pré­sident sou­da­nais, Omar Al-bé­chir, a, en ef­fet, ré­cem­ment af­fir­mé que ni l’onu ni l’union Afri­caine (UA) ne pou­vaient im­po­ser leur vo­lon­té au Sou­dan.

En re­vanche, le Sou­dan du Sud veut faire preuve de bonne vo­lon­té. Ju­ba a as­su­ré ven­dre­di der­nier aux Na­tions-unies qu’il avait re­ti­ré toutes ses forces du ter­ri­toire d’abyei. L’en­clave d’abyei, à la frontière entre les deux pays, est l’une des zones que se dis­putent les deux Sou­dans de­puis la sé­ces­sion du Sud en juillet der­nier. Le porte-pa­role de l’onu, Mar­tin Ne­sir­ky, a dé­cla­ré que « la mis­sion de l’onu est en train de vé­ri­fier que tous les po­li­ciers du Sou­dan du Sud se sont re­ti­rés de la zone d’abyei ». Mais cette vé­ri­fi­ca­tion pour­rait prendre plu­sieurs jours, ont in­di­qué des fonc­tion­naires onu­siens.

Les forces ar­mées de Khar­toum contrôlent Abyei mal­gré la pré­sence d’en­vi­ron 4 000 Casques bleus éthio­piens dé­ployés par l’onu pour as­su­rer la dé­mi­li­ta­ri­sa­tion de la zone. Suite à l’an­nonce de Ju­ba, le se­cré­taire gé­né­ral de l’onu, Ban Ki­moon, a ap­pe­lé le Sou­dan à re­ti­rer ses troupes d’abyei. Mais Khar­toum a po­sé ses condi­tions. Il ne re­ti­re­ra ses troupes d’abyei qu’après la mise en place d’une ad­mi­nis­tra­tion conjointe avec le Sou­dan du Sud. C’est ce qu’a an­non­cé di­manche le por­te­pa­role du mi­nis­tère des Af­faires étran­gères du Sou­dan, Al-obeid Me­ruh, tout en as­su­rant :« Nous sommes en­ga­gés à ap­pli­quer ce que nous avons si­gné en juin de l’an­née der­nière sur un re­trait d’abyei ». En ver­tu de cet ac­cord, Khar­toum doit choi­sir par­mi 3 can­di­dats pré­sen­tés par Ju­ba pour di­ri­ger Abyei, tan­dis que Ju­ba doit choi­sir par­mi 3 can­di­dats de Khar­toum pour le poste de vice-ad­mi­nis­tra­teur. « Le Sou­dan du Sud a re­fu­sé nos can­di­dats. Nous avons ac­cep­té les leurs », a as­su­ré M. Me­ruh. Se­lon l’ac­cord, Khar­toum et Ju­ba de­vaient dé­ployer un nombre égal d’ob­ser­va­teurs non ar­més sou­te­nus par des Casques bleus éthio­piens, qui sont ac­tuel­le­ment 3 700 dé­ployés dans la ré­gion. Le mé­ca­nisme de sur­veillance n’est tou­jours pas en place, a dit le porte-pa­role sou­da­nais : « L’onu ne doit pas être sé­lec­tive. Elle doit exi­ger l’ap­pli­ca­tion com­plète du pro­to­cole »

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