Une so­lu­tion de quelques mois

Al Ahram Hebdo - - Afrique - Sa­bah Sa­bet

GUI­NÉE-BIS­SAU . Mal­gré l’op­po­si­tion de l’ex-par­ti au pou­voir, la Com­mu­nau­té Eco­no­mique des Etats d’afrique de l’ouest (Cé­déao) a dé­ci­dé de choi­sir Ma­nuel Se­ri­fo Nha­mad­jo, l’homme pro­po­sé par les mi­li­taires, pour di­ri­ger la tran­si­tion pen­dant un an.

«Nous avons pris la dé­ci­sion qui est la vo­lon­té ex­pri­mée par la plu­part des par­ties que nous avons re­çues et écou­tées. Cette dé­ci­sion entre dans l’ap­pli­ca­tion de la Cons­ti­tu­tion (...). Le pré­sident de l’as­sem­blée na­tio­nale (M. Nha­mad­jo) as­sure la tran­si­tion », a dé­cla­ré le se­cré­taire d’etat ni­gé­rian aux Af­faires étran­gères. Arrivé jeu­di à Bis­sau à la tête d’une dé­lé­ga­tion de la Cé­déao, Nu­ru­deen Mo­ham­mad s’est en­tre­te­nu avec des re­pré­sen­tants de la junte, des par­tis po­li­tiques et de la so­cié­té ci­vile pour dis­cu­ter la dé­ci­sion de la Cé­déao de choi­sir Ma­nuel Se­ri­fo Nha­mad­jo afin de di­ri­ger la tran­si­tion pen­dant un an. En fait, le nom de Ma­nuel Se­ri­fo n’est pas pro­po­sé pour la pre­mière fois pour di­ri­ger la pé­riode tran­si­toire en Gui­née. Le 21 avril, la junte et les par­tis de l’ex-op­po­si­tion avaient pro­po­sé le nom de Ma­nuel Se­ri­fo Nha­mad­jo, an­cien can­di­dat éli­mi­né au 1er tour de la pré­si­den­tielle et pré­sident in­té­ri­maire du Par­le­ment, pour di­ri­ger la tran­si­tion d’un an jus­qu’à des élec­tions. Mais le nu­mé­ro 2 du prin­ci­pal par­ti d’op­po­si­tion, le Par­ti de la Ré­no­va­tion So­ciale (PRS), a re­fu­sé le choix des mi­li­taires, con­si­dé­rant que sa no­mi­na­tion sor­tait de la « lé­ga­li­té ».

Ayant re­çu

l’onc­tion de

la Cé­déao, il a cette fois-ci ac­cep­té. « Je vais conti­nuer à tra­vailler pour trou­ver un consen­sus au­tour du pre­mier mi­nistre qui au­ra la tâche de for­mer un gou­ver­ne­ment de tran­si­tion. Je sais que la tâche ne se­ra pas fa­cile, mais nous al­lons tous nous y at­te­ler », a-t-il dit.

La dé­ci­sion de la Cé­déao a été aus­si­tôt re­je­tée par le Par­ti afri­cain pour l’in­dé­pen­dance de la Gui­née et du Cap-vert (PAIGC, ex-par­ti au pou­voir), en la qua­li­fiant d’an­ti­cons­ti­tu­tion­nelle. « Nous n’al­lons pas re­con­naître un pré­sident qui n’a pas été élu dé­mo­cra­ti­que­ment », a an­non­cé Au­gus­to Oli­vais, l’un des di­ri­geants du PAIGC.

En fait, l’ex-pre­mier mi­nistre, Car­los Gomes Ju­nior, et le pré­sident par in­té­rim, Rai­mun­do Pereira, sont ren­ver­sés lors du putsch du 12 avril. Ce coup d’etat in­ter­vient à 17 jours du se­cond tour de la pré­si­den­tielle qui de­vait op­po­ser Gomes Ju­nior à Kum­ba Ya­la. C’est la pré­sence de la Mis­sang (600 sol­dats de la Mis­sion an­go­laise pré­sente dans le pays de­puis mars 2011) qui a of­fi­ciel­le­ment mo­ti­vé le coup d’etat. Les mi­li­taires ac­cusent de­puis des mois l’an­go­la de sou­te­nir Car­los Gomes Ju­nior, de pour­suivre des am­bi­tions co­lo­nia­listes et de faire éli­mi­ner l’ar­mée par les sol­dats an­go­lais pré­sents dans le pays.

Dy­na­mique de la Mis­sang

L’af­faire du re­trait de la Mis­sang et de l’ar­ri­vée d’une force mi­li­taire ouest-afri­caine des­ti­née à la rem­pla­cer, dé­ci­dée par les chefs d’etat de la Cé­déao, n’a pas été évo­quée par la dé­lé­ga­tion de la Cé­déao. Mais, le porte-pa­role de la junte, Da­ba Na Wal­na, a af­fir­mé qu’il y avait une dy­na­mique concer­nant le dé­part de la Mis­sang. « J’ai d’ailleurs entre mes mains une lettre du gou­ver­ne­ment an­go­lais adres­sée au pré­sident de la Cé­déao (le chef de l’etat ivoi­rien Alassane Ouat­ta­ra) concer­nant le re­trait du contin­gent an­go­lais. Une fois que le pre­mier contin­gent de la Cé­déao se­ra mis en place, les An­go­lais se re­ti­re­ront », a-t-il dé­cla­ré.

Pour sa part, le mi­nistre d’etat an­go­lais de la Co­opé­ra­tion éco­no­mique, Ma­nuel Vi­cente, a in­di­qué à Luan­da que la Mis­sang pour­rait res­ter en Gui­née-bis­sau, mais seule­ment à la de­mande de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. En fait, le 3 mai der­nier, un som­met de la Cé­déao à Da­kar a ap­prou­vé l’en­voi de troupes ouest-afri­caines en Gui­née-bis­sau pour ame­ner un pou­voir de tran­si­tion. Se­lon plu­sieurs sources, en­vi­ron 600 Casques blancs ouest-afri­cains pour­raient com­men­cer à se dé­ployer sur place dans une di­zaine de jours. Se­couée par des convul­sions po­li­tiques et mi­li­taires de­puis son in­dé­pen­dance du Por­tu­gal en 1974 après une guerre de li­bé­ra­tion, la Gui­née-bis­sau est, en outre, de­ve­nue de­puis plu­sieurs an­nées une plaque tour­nante du tra­fic de drogue entre l’amé­rique du Sud et l’eu­rope.

Des mi­li­taires et des hommes po­li­tiques bis­sau- gui­néens sont soup­çon­nés d’être im­pli­qués dans ce tra­fic qui ren­force l’in­sta­bi­li­té du pays

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