L’af­gha­nis­tan au coeur du som­met

Al Ahram Hebdo - - Monde - Ma­ha Al-cher­bi­ni

OTAN-AF­GHA­NIS­TAN . Le som­met de l’otan, qui se tien­dra à Chi­ca­go les 20 et 21 mai, se­ra consa­cré à l’af­gha­nis­tan, dans la pers­pec­tive du re­trait an­ti­ci­pé des troupes fran­çaises, 2 ans avant la fin 2014.

LE PRO­CHAIN som­met de l’otan, pré­vu les 20 et 21 mai à Chi­ca­go, aux EtatsU­nis, se­ra le plus grand dans l’his­toire de l’al­liance, avec la par­ti­ci­pa­tion d’une soixan­taine de pays et d’or­ga­ni­sa­tions. « L’otan est et res­te­ra une al­liance trans­at­lan­tique. Mais, quand il s’agit de la sé­cu­ri­té, le som­met de Chi­ca­go mon­tre­ra que l’otan est éga­le­ment un par­te­naire de choix pour la paix et la sé­cu­ri­té mon­diales », a in­di­qué sa­me­di le se­cré­taire gé­né­ral de l’otan, An­ders Fogh Rasmussen. L’af­gha­nis­tan, les ca­pa­ci­tés de l’otan, le trans­fert de la res­pon­sa­bi­li­té de la sé­cu­ri­té de la Force in­ter­na­tio­nale en Af­gha­nis­tan (Isaf) aux au­to­ri­tés af­ghanes et les par­te­na­riats consti­tue­ront les prin­ci­paux su­jets de dis­cus­sions lors du som­met de Chi­ca­go, qui se­ra le pre­mier som­met de l’al­liance que les Etats-unis ac­cueille­ront de­puis 13 ans, ain­si que le pre­mier à se te­nir dans une ville amé­ri­caine en de­hors de la ca­pi­tale Wa­shing­ton.

Outre les 50 pays par­ti­ci­pant à l’isaf, la Rus­sie, des pays d’asie cen­trale, le Ja­pon, les Na­tions-unies, la Banque mon­diale et l’union eu­ro­péenne ont éga­le­ment été in­vi­tés à ce som­met consa­cré à l’af­gha­nis­tan. « Ce­la dé­mon­tre­ra que l’en­semble de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale as­sume la res­pon­sa­bi­li­té de la si­tua­tion en Af­gha­nis­tan et dans la ré­gion », a af­fir­mé le chef de l’otan, ra­jou­tant que 13 pays qui ont ap­por­té des contri­bu­tions si­gni­fi­ca­tives aux opé­ra­tions de l’otan se­ront in­vi­tés à une réunion de par­te­na­riat sans pré­cé­dent.

Se­lon les ex­perts, ce som­met se­rait as­som­bri par toute une sé­rie de vio­lence ta­li­bane per­pé­trée ces der­niers jours dans le ci­me­tière af­ghan, mal­gré plus de 10 ans de pré­sence in­ter­na­tio­nale et 130 000 sol­dats de l’isaf dé­ployés dans le pays. N’oublions pas que la pé­riode du dé­but de l’été et de la fin de l’hi­ver marque tou­jours une flam­bée de vio­lence ta­li­bane en Af­gha­nis­tan. Di­manche, un haut re­pré­sen­tant du Haut conseil de la paix d’af­gha­nis­tan a été tué par les ta­li­bans, por­tant un nou­veau coup dur aux ef­forts de paix entre le gou­ver­ne­ment af­ghan et les ta­li­bans. Pa­ral­lè­le­ment, des hommes por­tant des uni­formes de la po­lice af­ghane ont tué 5 sol­dats de l’isaf dans le sud de l’af­gha­nis­tan sa­me­di. Ces der­niers portent à 25 le nombre de sol­dats étran­gers à pé­rir sous les balles de re­belles in­fil­trés sous l’uni­forme de mi­li­taire en 2012. Ces in­ci­dents, qui se mul­ti­plient, minent la confiance entre l’isaf et les forces af­ghanes, cen­sées prendre le re­lais de la force in­ter­na­tio­nale et as­su­rer elles-mêmes la sé­cu­ri­té du pays lors­qu’elle se re­ti­re­ra du pays fin 2014.

Tour­men­tées par cette flam­bée de vio­lence, les forces de l’otan ont com­men­cé à se dé­fendre vio­lem­ment mais par­fois « mal­adroi­te­ment », tuant des ci­vils et des en­fants. Sa­me­di, l’isaf et l’ar­mée amé­ri­caine ont ad­mis avoir tué et bles­sé des ci­vils af­ghans lors de deux opé­ra­tions dans le sud et dans le nord-ouest du pays la se­maine der­nière. Le nombre de morts est éva­lué à 21, dont la plu­part sont des femmes et des en­fants. En ré­ac­tion, le pré­sident af­ghan, Ha­mid Kar­zaï, a me­na­cé Wa­shing­ton de ge­ler l’ac­cord de par­te­na­riat stra­té­gique à long terme, si­gné ré­cem­ment par les deux pays si l’isaf ne fai­sait pas plus d’ef­forts pour évi­ter de tuer des ci­vils lors de ses opé­ra­tions. Les pertes ci­viles sont l’un des plus gros su­jets de dis­corde entre le gou­ver­ne­ment de Ka­boul et l’otan.

Re­trait fran­çais: dos­sier chaud

A la lu­mière de ces évo­lu­tions san­glantes qui n’au­gurent rien de bon pour ce « bour­bier af­ghan », le re­trait an­ti­ci­pé des troupes fran­çaises deux ans avant la fin 2014 se­rait l’un des su­jets phare du som­met. Juste après son élec­tion à la tête de la France la se­maine der­nière, François Hol­lande a dé­ci­dé de re­ti­rer ses troupes dès la fin 2012, deux ans avant la date dé­ci­dée par l’otan car, se­lon lui, la mis­sion des forces in­ter­na­tio­nales est ter­mi­née. « Sans prendre le moindre risque pour nos troupes, il convient de re­ti­rer d’af­gha­nis­tan les troupes com­bat­tantes fin 2012. J’an­non­ce­rai cette dé­ci­sion dès le som­met de l’otan de Chi­ca­go », a af­fir­mé Hol­lande.

Suite à cette dé­ci­sion, les pays de l’al­liance ont ma­ni­fes­té leur pro­fonde in­quié­tude, sur­tout que Ka­boul peine à as­su­rer la sé­cu­ri­té des zones sous son au­to­ri­té, face à la pous­sée des ta­li­bans qui ont même ga­gné du ter­rain ces der­nières an­nées. Se­lon les ex­perts, la dé­ci­sion de François Hol­lande met Pa­ris en si­tua­tion dé­li­cate avant le som­met de l’otan et contraint le nou­veau pré­sident à convaincre ses par­te­naires du bien-fon­dé d’une ac­cé­lé­ra­tion du désen­ga­ge­ment des sol­dats de l’al­liance at­lan­tique. Ce qui ne semble point une tâche fa­cile. Avec en­vi­ron 3 400 hommes en­core sta­tion­nés en Af­gha­nis­tan, es­sen­tiel­le­ment dans la val­lée de la Ka­pi­sa (nord-est), la France dis­pose du 5e contin­gent étran­ger de ce pays, dans le cadre de l’isaf, qui compte 130 000 sol­dats. 83 mi­li­taires fran­çais ont été tués dans le pays de­puis le dé­but de l’in­ter­ven­tion in­ter­na­tio­nale fin 2001. Avant la France, les Pays-bas en 2010, ou le Ca­na­da en 2011 ont dé­jà re­ti­ré leurs troupes, et les Etats-unis s’ap­prêtent à ra­pa­trier 23 000 hommes cet été.

In­quiet, le se­cré­taire gé­né­ral de l’otan a in­di­qué sa­me­di qu’il dis­cu­te­rait de la ques­tion sen­sible du re­trait des troupes fran­çaises avec le nou­veau pré­sident fran­çais, alors que la chan­ce­lière al­le­mande, An­ge­la Mer­kel, plus ca­té­go­rique, a ap­pe­lé à res­pec­ter le ca­len­drier de re­trait des troupes in­ter­na­tio­nales d’af­gha­nis­tan fixé par l’otan. « Le prin­cipe qui vaut pour le gou­ver­ne­ment al­le­mand est : nous sommes en­trés en­semble en Af­gha­nis­tan, nous sor­ti­rons en­semble », a-t-elle dit

A la veille du som­met de l’otan, l’ave­nir du « ci­me­tière af­ghan » de­meure am­bi­gu.

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