Vers un conflit avec l’iran ?

IS­RAËL . Alors que des élec­tions an­ti­ci­pées se pro­fi­laient à l’ho­ri­zon, le pre­mier mi­nistre is­raé­lien, Be­nya­min Ne­ta­nya­hu, a for­mé un gou­ver­ne­ment d’uni­té na­tio­nale avec la prin­ci­pale force d’op­po­si­tion Ka­di­ma. Une al­liance qui nour­rit l’hy­po­thèse d’une

Al Ahram Hebdo - - Monde - M. Ch.

La­for­ma­tion d’un nou­veau gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale et le ral­lie­ment au pre­mier mi­nistre, Be­nya­min Ne­ta­nya­hu, du par­ti cen­triste Ka­di­ma pré­lu­de­ront-ils à une frappe mi­li­taire contre l’iran ? Le cli­mat gé­né­ral le laisse sup­po­ser, sur­tout que le pré­sident amé­ri­cain, Ba­rack Oba­ma, res­te­ra pieds et poings liés à l’ap­proche des pré­si­den­tielles amé­ri­caines de no­vembre et ne pour­ra guère contraindre son al­lié is­raé­lien à ne pas s’en­li­ser dans une telle aven­ture mi­li­taire.

A l’heure ac­tuelle, maints fac­teurs ren­forcent l’hy­po­thèse d’une frappe is­raé­lienne im­mi­nente. Le pre­mier et le plus im­por­tant est que Ne­ta­nya­hu est de­ve­nu l’homme le plus fort d’is­raël. Mu­ni d’une ma­jo­ri­té fa­bu­leuse (94 sur les 120 dé­pu­tés de la Knes­set), le pre­mier mi­nistre brigue l’une des ma­jo­ri­tés les plus larges de l’his­toire d’is­raël, ce qui lui donne la marge de ma­noeuvre né­ces­saire en cas de confron­ta­tion avec l’iran. Avec cette forte ma­jo­ri­té au Par­le­ment, la donne po­li­tique change en Is­raël et Ne­ta­nya­hu de­vient l’unique roi du jeu qui au­ra les pleins pou­voirs pour 18 mois jus­qu’aux élec­tions d’oc­tobre 2013. « J’ai l’in­ten­tion de for­mer la coa­li­tion la plus large pos­sible pour ap­por­ter de la sta­bi­li­té et de la ca­pa­ci­té de dé­ci­sion à Is­raël pour faire face aux grands dé­fis qui nous at­tendent », af­firme le pre­mier mi­nistre, en ré­fé­rence à la crise du nu­cléaire ira­nien.

Se­lon les ex­perts, Ne­ta­nya­hu a fait un grand sa­cri­fice en an­nu­lant les élec­tions an­ti­ci­pées pré­vues en sep­tembre qui lui don­ne­raient 4 ans de plus au pou­voir et a op­té pour un gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale qui lui donne seule­ment 18 mois de sta­bi­li­té dans une seule pers­pec­tive : frap­per l’iran si le monde ne réus­sit pas à le ployer par la di­plo­ma­tie et les sanc­tions.

Une coïn­ci­dence in­quié­tante

Af­fir­mant l’hy­po­thèse d’une frappe mi­li­taire, l’his­toire nous rap­pelle à cet égard que la for­ma­tion d’un gou­ver­ne­ment d’uni­té na­tio­nale — peu cou­rant en Is­raël — est par­fois sy­no­nyme de guerre comme c’était le cas en mai 1967 quand l’egypte, la Syrie et la Jor­da­nie étaient éprises par un vent de na­tio­na­lisme qui me­na­çait fort l’etat hé­breu. A l’époque, un gou­ver­ne­ment d’union na­tio­nale était vite for­mé en Is­raël en mai tou­jours et a dé­cla­ré une guerre pré­ven­tive de 6 jours en juin 1967. Coïn­ci­dence fort in­quié­tante. Le gou­ver­ne­ment de Ne­ta­nya­hu est for­mé tou­jours en mai 45 ans après cette date ! ... Ce­la di­rait-il qu’une guerre va écla­ter en juin ? Se­lon les ana­lystes, cette hy­po­thèse semble de plus en plus cré­dible car Is­raël fait au­jourd’hui face à une me­nace aus­si grave que celle de 1967. Elle trouve son exis­tence me­na­cée si le ré­gime is­la­mique ra­di­cal de Té­hé­ran, qui as­pire à rayer Is­raël de la carte, dé­tient l’arme nu­cléaire.

Pour Ari Sha­vit, édi­to­ria­liste du jour­nal Haa­retz, le but du nou­veau gou­ver­ne­ment est l’iran. « La dé­ci­sion de Ne­ta­nya­hu de faire en­trer Mo­faz, le chef de Ka­di­ma, dans sa coa­li­tion est com­pa­rable à celle de Le­vi Esh­kol qui avait fait en­trer Me­na­hem Be­gin et Mo­shé Dayan dans son gou­ver­ne­ment en 1967 juste avant la guerre des 6 jours », écrit-il.

N’oublions pas aus­si que le di­ri­geant de Ka­di­ma, Shaoul Mo­faz, d’ori­gine ira­nienne, était l’un des pre­miers res­pon­sables is­raé­liens à avoir évo­qué la pos­si­bi­li­té d’une at­taque contre l’iran lors­qu’il était vice-pre­mier mi­nistre du gou­ver­ne­ment di­ri­gé par Ka­di­ma en 2008. « Per­mettre à l’iran d’ob­te­nir une ca­pa­ci­té nu­cléaire chan­ge­rait les rap­ports de force dans la ré­gion, ce qu’is­raël ne peut pas ac­cep­ter », a-t-il af­fir­mé. Le mi­nistre de la Dé­fense is­raé­lien, Ehud Ba­rak, a été plus ex­pli­cite en ex­pli­quant le 1er mai qu’à ses yeux, l’iran dis­po­sant d’une arme nu­cléaire est plus dan­ge­reux qu’une at­taque contre l’iran.

De peur qu’is­raël ne passe de la pa­role à l’acte, la chef de la di­plo­ma­tie de l’union eu­ro­péenne (UE), Ca­the­rine Ash­ton, s’est ren­due cette se­maine à Tel-aviv pour rendre compte à Ne­ta­nya­hu de l’état des né­go­cia­tions nu­cléaires sur l’iran. Au cours de l’en­tre­tien, Ne­ta­nya­hu a ex­pri­mé des doutes sur l’ef­fi­ca­ci­té de ces pour­par­lers. « D’après ce qu’on a vu jus­qu’ici, le ré­gime ira­nien uti­lise ces dis­cus­sions pour jouer avec le temps, rien n’in­dique qu’ils ont l’in­ten­tion de stop­per leur pro­gram­mer nu­cléaire », a dé­cla­ré le pre­mier mi­nistre qui a tou­jours dou­té de l’ef­fi­ca­ci­té des sanc­tions in­ter­na­tio­nales. Le dé­pla­ce­ment de Mme Ash­ton sur­vient alors qu’is­raël a dit craindre que les pour­par­lers n’abou­tissent sur un ac­cord per­met­tant à Té­hé­ran de pour­suivre l’en­ri­chis­se­ment d’ura­nium.

A la lu­mière de ces don­nées in­quié­tantes, les jours à ve­nir n’au­gurent rien de bon pour la Ré­pu­blique is­la­mique et pour toute la ré­gion. Pour­tant, le pré­sident ira­nien n’ar­rive point à re­te­nir sa langue et ne cesse de mettre de l’huile sur le feu. « Il n’est pas né­ces­saire de faire la guerre pour voir la des­truc­tion d’is­raël. Si les pays de la ré­gion coupent leurs re­la­tions avec les sio­nistes et froncent un peu les sour­cils, c’en est fi­ni pour ce ré­gime fan­toche », a lan­cé M. Ah­ma­di­ne­jad cette se­maine

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