Pas de re­prise avant 2 ans

Al Ahram Hebdo - - Economie - Gi­lane Mag­di

IMMOBILIER . La crois­sance des der­nières an­nées se ba­sait no­tam­ment sur une forte de­mande pour les lo­ge­ments de luxe. En 2011, le sec­teur est en­tré en ré­ces­sion, la re­lance in­ter­vien­drait

au mieux dé­but 2014.

C», in­dique à l’heb­do Ré­hab Ta­ha, ana­lyste du sec­teur immobilier au­près de la mai­son de cour­tage Prime Se­cu­ri­ties.

Se­lon elle, la na­ture de la de­mande sur le lo­ge­ment a beau­coup chan­gé l’an­née der­nière. « Les couches les plus riches ont bais­sé leur de­mande sur les lo­ge­ments luxueux, ce qui a pous­sé les grandes so­cié­tés im­mo­bi­lières à ar­rê­ter la créa­tion de nou­veaux pro­jets », ren­ché­rit-elle, ajou­tant que les li­tiges sur les ter­rains, en­ga­gés entre le gou­ver­ne­ment et les pro­prié­taires de cer­taines so­cié­tés im­mo­bi­lières, ac­cu­sées de cor­rup­tion sous Mou­ba­rak, ont ag­gra­vé la ten­dance à la baisse de la de­mande sur le lo­ge­ment luxueux.

C’est no­tam­ment l’exemple de la so­cié­té ko­weï­tienne Al-fat­tim, qui a été for­te­ment af­fec­tée par son li­tige avec le gou­ver­ne­ment. « Les ventes ont bais­sé de presque un tiers pen­dant l’an­née de la ré­vo­lu­tion par rap­port à l’an­née pré­cé­dente. De plus, plu­sieurs clients ont re­ti­ré les sommes qu’ils ont payées », af­firme OMME l’egypte de l’après-ré­vo­lu­tion, le mar­ché immobilier est en quête de plus de jus­tice. Ce­pen­dant, pour plu­sieurs, jus­tice et pro­fits ne riment pas. Le sec­teur de l’immobilier, qui était le cham­pion de la crois­sance ces der­nières an­nées, passe par une pé­riode tran­si­toire ca­rac­té­ri­sée par des cas de cor­rup­tion et par un ra­len­tis­se­ment éco­no­mique qui frappe le pays. Une si­tua­tion qui pour­rait se pro­lon­ger jus­qu’au dé­but de 2013, avant une re­lance l’an­née sui­vante.

« Avec la hausse de l’in­fla­tion et le ra­len­tis­se­ment éco­no­mique, les clients ont chan­gé leurs stra­té­gies d’in­ves­tis­se­ment et pré­fèrent gar­der leurs épargnes en li­quide au lieu de s’en­ga­ger dans des cré­dits im­mo­bi­liers à long terme Mo­ha­mad Mek­ka­wi, di­rec­teur exé­cu­tif du groupe.

Jus­qu’à présent, le mi­nis­tère du Lo­ge­ment, qui re­pré­sente la seule source of­fi­cielle, s’est abs­te­nu de ré­vé­ler les chiffres dé­taillés de la si­tua­tion de la de­mande sur les lo­ge­ments luxueux et de moyenne ca­té­go­rie en Egypte. Mais tous les in­di­ca­teurs dé­voilent la mau­vaise san­té de ce sec­teur.

Se­lon le der­nier rap­port sur les sec­teurs éco­no­miques pu­blié par le mi­nis­tère de la Pla­ni­fi­ca­tion, le taux de crois­sance des ac­ti­vi­tés im­mo­bi­lières a chu­té de presque la moi­tié —

à 2,8 % — pen­dant le pre­mier se­mestre de l’an­née 2012/2013 par rap­port à son ni­veau en 2011/2012. Autre in­di­ca­teur : les pertes réa­li­sées par les grands pro­mo­teurs im­mo­bi­liers en 2011 qui sont im­pu­tables en grande par­tie à la chute des ventes. La so­cié­té gou­ver­ne­men­tale Masr AlGué­di­da pour le lo­ge­ment et l’ur­ba­ni­sa­tion a su­bi une chute de ses pro­fits nets de 33 % pen­dant les 9 pre­miers mois de 2011/2012 (de juin à mars) pour at­teindre 77 mil­lions de L.E. (contre 116 mil­lions de L.E. du­rant la même pé­riode de l’an­née pré­cé­dente). La chute de vente des uni­tés de lo­ge­ments de la so­cié­té compte pour presque la moi­tié de la baisse des pro­fits. La so­cié­té Ta­laat Mos­ta­fa a, quant à elle, vu ses pro­fits bais­ser de presque la moi­tié (576 mil­lions de L.E. en 2011) en rai­son d’une chute des ventes de 27 %.

Nou­velle stra­té­gie

Cette si­tua­tion a in­ci­té les grandes et les pe­tites so­cié­tés, dès la fin de l’an­née der­nière, à adop­ter une nou­velle stra­té­gie ba­sée es­sen­tiel­le­ment sur la baisse des prix ain­si que sur le ci­blage de la classe moyenne en leur of­frant des fa­ci­li­tés de paie­ment at­ti- rantes. C’est l’exemple de la so­cié­té égyp­tienne So­dic qui a été obli­gée, dès la fin 2011, de bais­ser ses prix de vente en pro­po­sant des vil­las à 2,5 mil­lions de L.E. et des ap­par­te­ments à des prix va­riant entre 1,2 et 1,6 mil­lion de L.E. « Ces prix sont in­fé­rieurs à leurs ni­veaux or­di­naires de presque 20 % », pré­cise Ré­hab Ta­ha.

La so­cié­té Ta­laat Mos­ta­fa a pro­lon­gé la date de rem­bour­se­ment de 6 à 10 ans sur ses uni­tés de lo­ge­ment tout en ré­dui­sant ses prix. « Nous avons été obli­gés de faire ce choix pour sur­mon­ter le pro­blème du manque de li­qui­di­té après la ré­vo­lu­tion et pour pou­voir vendre le reste du pro­jet », ex­plique un membre du dé­par­te­ment des ventes au­près du groupe, qui a re­quis l’ano­ny­mat.

Ces mo­di­fi­ca­tions sont-elles suf­fi­santes pour que le sec­teur puisse re­prendre ? Oui, d’après Ali Bayou­mi, ex­pert en immobilier. Il pré­voit le re­tour de la sta­bi­li­té dé­but 2013 pour re­prendre en­suite sa pro­gres­sion l’an­née sui­vante. Une pré­vi­sion par­ta­gée par le di­rec­teur exé­cu­tif de la so­cié­té Al-fat­tim, qui as­sure que « le taux de crois­sance du sec­teur va re­prendre son ac­ti­vi­té en pa­ral­lèle avec le re­tour de la sta­bi­li­té po­li­tique et éco­no­mique dans le pays suite à l’élec­tion pré­si­den­tielle ». D’autres ex­perts restent ce­pen­dant plus pru­dents.

Ré­hab Ta­ha pré­voit un pro­lon­ge­ment de la ré­ces­sion sur le sec­teur jus­qu’à fin 2013. Les prix tou­jours éle­vés jouent un rôle im­por­tant : « le ni­veau des prix dif­fère d’une so­cié­té à une autre. Par exemple, Ta­laat Mos­ta­fa avait an­non­cé aug­men­ter les prix de ventes de 4 à 6 % pen­dant l’an 2012 alors que So­dic et Palm Hills vont gar­der leurs prix stables ». Reste à sa­voir comment ré­agi­ra vrai­ment la de­mande après le scru­tin pré­si­den­tiel

Les so­cié­tés de lo­ge­ment ont adop­té une nou­velle stra­té­gie ba­sée es­sen­tiel­le­ment sur la baisse des prix ain­si que sur le ci­blage de la classe moyenne.

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