Der­rière le ci­né­ma, l’in­for­ma­tion

DO­CU­MEN­TAIRE . La réa­li­sa­trice française Florence Tran a pas­sé un an en Egypte. Elle y a tour­né Une Arme de choix, un reportage évo­quant la ré­vo­lu­tion à tra­vers les ca­mé­ras de réa­li­sa­teurs égyp­tiens.

Al Ahram Hebdo - - Arts - Di­na Ba­kr

«Waël Omar, réa­li­sa­teur.

Mo­ha­med Diab a tour­né avant la ré­vo­lu­tion son long mé­trage 678, abor­dant le har­cè­le­ment sexuel dans les trans­ports en com­mun. Les femmes de­viennent cou­pables dans le do­cu­men­taire de Tran, met­tant en re­lief la culture ma­cho dans une so­cié­té for­te­ment mas­cu­line. « Ce genre de réa­li­sa­teurs an­non­çait un re­nou­veau : un élan salutaire vers la li­ber­té qui a ébran­lé 30 ans de dic­ta­ture et d’op­pres­sion cultu­relle », pré­cise-t-elle.

Waël Omar pa­raît dans la pre­mière par­tie du do­cu­men­taire en tant que nar­ra­teur. Il se pro­mène dans les rues du Caire et passe de­vant les graf­fi­tis des mar­tyrs et des ré­vo­lu­tion­naires. J’ai ren­con­tré une ving­taine de réa­li­sa­teurs égyp­tiens. J’ai choi­si les 6 qui sont dans mon film parce qu’hu­mai­ne­ment ces per­sonnes m’ont tou­chée, que j’ai été émue par leurs dé­marches, par leurs films et par leurs choix. Cha­cun ap­porte un éclai­rage dif­fé­rent », dé­voile la réa­li­sa­trice française, Florence Tran, ar­ri­vée en Egypte en 2008. La co­horte de réa­li­sa­teurs qu’elle ren­contre lui laisse à pen­ser qu’un chan­ge­ment est sur le point de se pro­duire.

D’où son do­cu­men­taire Une Arme de choix qui prend place entre mai et dé­cembre 2011. Elle y ras­semble des his­toires de la ré­vo­lu­tion et montre comment celle-ci a ou­vert les ho­ri­zons de la créa­ti­vi­té ar­tis­tique. « La ré­vo­lu­tion a fait bou­ger les choses sur le plan cultu­rel. Il faut voir le nombre de films, de poèmes ou de chan­sons pro­duits de­puis pour s’en rendre compte », dit Puis il s’ar­rête de­vant un graf­fi­ti de Mou­ba­rak et un autre de Tan­ta­wi : « Les Egyp­tiens ont réa­li­sé que la ca­mé­ra est une arme de vé­ri­té, de pou­voir. Du coup, dès que je com­mence un tour­nage, les gens viennent par­ta­ger leurs his­toires et leurs sou­cis. Ils veulent faire pas­ser le mes­sage. Peu im­porte où ça va ou pour quel film ... C’est juste un ap­pel au se­cours ».

Florence Tran aborde éga­le­ment le long mé­trage Last Win­ter d’ibra­him Al-ba­tout sur les ba­vures de la po­lice du­rant les 18 jours de la ré­vo­lu­tion. Le film montre une scène cho­quante où un dé­te­nu urine de­bout, n’étant pas au­to­ri­sé à pas­ser aux toi­lettes. « Je suis né en 1963, j’ai ap­pris pen­dant une ving­taine d’an­nées que Ga­mal Ab­del-nas­ser fut notre pre­mier pré­sident de­puis 1952. La vé­ri­té est que le gé­né­ral Mo­ha­mad Na­guib l’a pré­cé­dé », tient à pré­ci­ser Al-ba­tout, lors de la pro­jec­tion-dé­bat qui s’est dé­rou­lée à l’ins­ti­tut fran­çais de Mou­ni­ra.

Ay­ten Amin est une autre réa­li­sa­trice et pro­ta­go­niste du do­cu­men­taire. Confron­tée pour la pre­mière fois à la vio­lence de la po­lice, elle a vou­lu com­prendre qui étaient ces hommes. Elle avoue qu’il était dif­fi­cile de com­mu­ni­quer avec eux. Du coup, elle ne fil­me­ra que des sé­quences d’in­ter­views avec des of­fi­ciers ano­nymes.

Du bour­reau, le do­cu­men­taire passe après aux vic­times. Il s’agit des Frères mu­sul­mans et des sa­la­fistes, ju­gés trop pré­sents sur la scène po­li­tique. Florence Tran a choi­si de mon­trer Mo­ha­mad Tol­ba, fon­da­teur de Sa­la­feyo Cos­ta (un groupe de jeunes sa­la­fistes). Un sou­rire ne la quitte pas : « Je trouve que le sa­la­fisme est une oc­cu­pa­tion men­tale et psy­chique, qui s’avère plus im­por­tante que celle de la géo­gra­phie », es­time-t-elle.

La tran­si­tion d’une idée à l’autre s’ac­cé­lère et de­vient cho­quante lors­qu’elle aborde le col­lec­tif d’ar­tistes Mous­se­rine (nous in­sis­tons) qui filme des sé­quences où l’on voit la mort, les morgues et les cer­cueils, ceux des ré­vo­lu­tion­naires qui tombent l’un après l’autre de­puis le 25 jan­vier.

« La té­lé­vi­sion of­fi­cielle n’a de cesse d’at­ta­quer la ré­vo­lu­tion. On mon­trait la place Tah­rir vide alors qu’elle était pleine de monde. Bref, c’était la guerre de l’in­for­ma­tion. D’où le be­soin de té­moi­gner de ce qu’on a vu et de ce qui est vrai­ment arrivé. Voi­là c’est notre arme es­sen­tielle » , lance Kha­led Ab­dal­lah, un réa­li­sa­teur is­su d’une fa­mille de mi­li­tants. Ces nou­veaux vi­sages que pré­sente Une Arme de choix res­te­ront ceux d’une nou­velle étape ci­né­ma­to­gra­phique en Egypte, celle qui sou­haite mon­trer la réa­li­té au­tant que les es­poirs

Les graf­fi­tis font par­tie de la guerre des images.

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