Mau­vais mil­lé­sime

Al Ahram Hebdo - - Idées - Ra­nia Has­sa­nein

LIT­TÉ­RA­TURE . Pour la pre­mière fois, le prix des amis d’ah­mad Ba­haed­dine pour la créa­ti­vi­té in­tel­lec­tuelle consacre une ré­com­pense aux pro­duc­tions sur la ré­vo­lu­tion. Mais cette an­née, la pro­duc­tion est qua­li­fiée de « mé­diocre ».

POUR SA ÉDI­TION, le prix Ah­mad Ba­haed­dine crée un nou­veau prix lit­té­raire, des­ti­né aux oeuvres cen­trées sur la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier. Il s’agit du prix du Co­mi­té des amis de Ba­haed­dine, du nom de l’écri­vain égyp­tien et cé­lèbre édi­to­ria­liste d’al- Ah­ram, Ah­mad Ba­haed­dine. Consa­cré de­puis ses dé­buts à sou­te­nir les nou­veaux ta­lents et les pen­seurs qui pour­raient un jour suivre les traces du grand écri­vain, le prix s’est im­po­sé comme une ré­com­pense pres­ti­gieuse.

Cinq lau­réats ont rem­por­té le prix lit­té­raire dans les do­maines de la poé­sie dia­lec­tale et clas­sique, la re­cherche dans la langue arabe, et les arts plas­tiques qui sont clas­sés sous le la­bel du Concours na­tio­nal. Quant à la bourse consa­crée aux jeunes écri­vains arabes, elle re­vient à la Sy­rienne Mo­na Souel­mi. Celle-

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ci vient de re­ce­voir une sub­ven­tion de 10 000 L.E. pour sa re­cherche —

en l’oc­cur­rence un pro­jet de livre — et doit per­ce­voir 15 000 L.E. de plus un an après avoir ter­mi­né son ou­vrage. Sa re­cherche, in­ti­tu­lée La ré­flexion des jeunes sur l’ave­nir à la lu­mière des ré­vo­lu­tions du Prin­temps arabe, traite des jeunes et de la ré­vo­lu­tion. L’au­teur se de­mande s’il n’y avait qu’une seule ré­vo­lu­tion ou s’il s’agis­sait de plu­sieurs ré­voltes mo­ti­vées par des avan­cées di­verses. Une ques­tion qui l’amène à consi­dé­rer le Prin­temps arabe dans son en­semble.

En rai­son de la mé­dio­cri­té des oeuvres pré­sen­tées, ont été oc­cul­tés les prix du ro­man, de la nou­velle, du théâtre, du reportage jour­na­lis­tique, de la chan­son, du film do­cu­men­taire, du court mé­trage et de la créa­ti­vi­té tech­no­lo­gique, cha­cun de 5 000 L.E.

Le di­rec­teur gé­né­ral du Co­mi­té des amis de Ba­haed­dine, Mah­moud Ab­del-ha­mid, af­firme que la mé­dio­cri­té des oeuvres est DUE au manque de temps. Les jeunes n’ont pas jus­qu’à présent as­si­mi­lé la ré­vo­lu­tion. « Ces jeunes souf­fraient tou­jours d’un manque de confiance. Ils sont convain­cus que per­sonne ne s’in­té­resse à leur créa­tion. De plus, la pu­bli­ci­té pour le prix était in­suf­fi­sante, ce qui n’a pas don­né la chance à beau­coup de jeunes de se pré­sen­ter », ajoute-t-il.

Par­mi les 5 lau­réats : le poète dia­lec­tal du Sud-si­naï, Ha­zem Al-mor­si. Il a pré­sen­té son re­cueil de poèmes Daf­tar ho­dour (do­cu­ment de pré­sence). Il ex­prime son in­sa­tis­fac­tion du fait de de­voir par­ta­ger la faible somme du prix (5 000 L.E.) avec le poète clas­sique Nou­red­din. « Nous sommes les 1ers prix dans chaque do­maine. Ce­la au­rait été mieux que cha­cun re­çoive une somme pleine, sur­tout que plu­sieurs autres prix n’ont pas été dé­cer­nés », re­grette-t-il. Son re­cueil est for­mé de 18 poèmes pour les 18 jours de la ré­vo­lu­tion.

Manque d’ob­jec­ti­vi­té

Se­lon lui, les cri­tères du prix ne sont pas as­sez clairs et ob­jec­tifs. « Ils re­posent sur le pen­chant des juges pour cer­taines formes lit­té­raires et leur re­fus d’autres formes », sou­ligne-t-il. Une sub­jec­ti­vi­té niée par le co­mi­té du ju­ry qui as­sure que les règles et les cri­tères sont pré­sen­tés aux can­di­dats avant l’éva­lua­tion des oeuvres.

Quant à la re­cherche pro­po­sée par Ah­mad Mous­ta­pha : Le Peuple crée l’im­pos­sible, elle traite des ré­vo­lu­tions égyp­tiennes de­puis l’an 278 av. J.-C. Son tra­vail com­mence par le royaume de Be­bi (6e dy­nas­tie) puis passe en re­vue toutes les ré­vo­lu­tions qui ont sui­vi : celle d’al-ba­rou­di, de Mo­ha­mad Ali ou d’ah­mad Ora­bi qui ré­cla­mait plus de droits pour les sol­dats. Il consacre une large par­tie aux Ré­vo­lu­tions de 1919 et de 1952, mais aus­si à celle de 1987 avec l’ou­ver­ture éco­no­mique en­ga­gée par Anouar AlSa­date.

Ah­mad Mous­ta­pha en ar­rive aux mou­ve­ments ré­vo­lu­tion­naires qui ont pré­cé­dé le 25 jan­vier 2011, tels Ké­faya et 6 Avril. Une seule chose est, pour lui, com­mune à toutes ces ré­vo­lu­tions : le re­fus de la dic­ta­ture. Mais tou­jours, se­lon Mous­ta­pha, les ré­gimes suc­cé­dant à de telles ré­vo­lu­tions ont été le plus sou­vent eux aus­si des dic­ta­tures afin de ne pas don­ner un nou­vel es­pace de sou­lè­ve­ment.

Les res­pon­sables du prix sou­haitent dé­sor­mais mieux en­ca­drer les travaux des jeunes à tra­vers des ses­sions ar­tis­tiques et lit­té­raires pour évi­ter que l’an­née 2013 soit aus­si mé­diocre que 2012. Un nou­veau prix en hom­mage au po­li­ti­cien Mah­goub Omar, dé­cé­dé der­niè­re­ment, a été lan­cé pour en­cou­ra­ger les jeunes à s’im­pli­quer da­van­tage

Les res­pon­sables du prix sou­haitent dé­sor­mais mieux en­ca­drer les travaux des jeunes.

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