L'ar­mée et le grand com­plot

Al Ahram Hebdo - - Opinion -

égyp­tienne fait face à un com­plot de lâches dans le Si­naï. Les forces ar­mées sont im­pli­quées dans d’im­por­tants com­bats face à des grou­pus­cules ter­ro­ristes re­grou­pant des élé­ments de plu­sieurs pays arabes et étran­gers sous l’em­blème du dji­had. Ce­la, alors que per­sonne ne sait exac­te­ment comment ces ter­ro­ristes, qui bran­dissent le dra­peau d’Al- Qaë­da et des or­ga­ni­sa­tions ter­ro­ristes, sont ar­ri­vés en Egypte.

Vu les pres­sions in­ternes et les at­taques lan­cées par les Frères mu­sul­mans et cer­taines forces is­la­miques contre l’ar­mée, je crains fort qu’il ne s’agisse d’un large com­plot contre l’ar­mée égyp­tienne. C’est là, la der­nière ar­mée arabe et l’unique force mi­li­taire du monde arabe à avoir pré­ser­vé ses ca­pa­ci­tés au mi­lieu des ten­ta­tives per­ma­nentes d’anéan­tir cette na­tion. Les vio­lents af­fron­te­ments contre le ter­ro­risme au Si­naï nous rap­pellent les mo­ments dif­fi­ciles vé­cus de­puis l’as­sas­si­nat de Sa­date, ain­si que la longue sé­rie d’at­taques ter­ro­ristes qui ont ra­va­gé le pays à Lou­q­sor, à Ta­ba, à Charm Al-Cheikh et ailleurs, ain­si que l’as­sas­si­nat du Cheikh Al-Za­ha­bi et de l’écri­vain jour­na­liste Fa­rag Fou­da … sans ou­blier la ten­ta­tive de meurtre contre notre grand écri­vain Na­guib Mah­fouz. Le ter­ro­risme se dé­chaîne ac­tuel­le­ment au Si­naï alors que nous n’avons pas en­core ou­blié la mort des seize sol­dats de Ra­fah tués lâ­che­ment à l’heure de la rup­ture du jeûne pen­dant le mois du Ra­ma­dan 2012, ni l’en­lè­ve­ment des six sol­dats au Si­naï, ni la dis­pa­ri­tion de trois membres de la po­lice égyp­tienne.

L’ar­mée égyp­tienne su­bit de fortes pres­sions, no­tam­ment après s’être pliée à la vo­lon­té du peuple le 30 juin der­nier et après avoir pro­té­gé sa se­conde ré­vo­lu­tion face à un Etat dont tous les com­po­sants étaient sur le point de s’ef­fon­drer après une an­née de pou­voir des Frères mu­sul­mans.

Il est dif­fi­cile de pro­cé­der à une sé­pa­ra­tion entre les at­taques ter­ro­ristes au Si­naï et ce qui se passe dans le reste du pays. L’ar­mée égyp­tienne a été lon­gue­ment at­ta­quée dans les tri­bunes des sit-in is­la­mistes de Ra­bea Al-Ada­wiya et d’Al-Nah­da, au Caire. Cer­tains consi­dèrent l’ar­mée comme une ins­ti­tu­tion étran­gère qui doit res­ter sur les fron­tières et se dé­ta­cher com­plè­te­ment des af­faires in­ternes. Ce­pen­dant, plu­sieurs ques­tions s’im­posent : Les membres de cette ins­ti­tu­tion ne sont-ils pas des ci­toyens égyp­tiens qui vivent par­mi nous, qui souffrent des mêmes pro­blèmes et qui connaissent l’am­pleur des crises et des ca­tas­trophes vé­cues par le peuple égyp­tien pen­dant l’an­née du pou­voir des Frères mu­sul­mans ? Que de­vait faire l’ar­mée face à cette vague de ter­reur lan­cée par les is­la­mistes du­rant cette pé­riode, en trai­tant les Egyp­tiens d’athées et les mau­dis­sant dans leurs prières ? Comment de­man­der à l’ar­mée de res­ter éloi­gnée face à ces me­naces ? Quelle se­ra notre pro­tec­tion si l’ar­mée se dé­met de ses res­pon­sa­bi­li­tés ? Que res­te­ra-t-il aux Egyp­tiens face à ces dra­peaux noirs d’Al- Qaë­da si l’ar­mée aban­donne la scène à ces ter­ro­ristes ?

Il était dif­fi­cile pour l’ar­mée de dé­ce­voir les mil­lions de per­sonnes qui ont re­fu­sé la politique de la tra­hi­son et le des­po­tisme des Frères mu­sul­mans. Il était aus­si dif­fi­cile pour elle de lais­ser le peuple en proie à ces cou­rants ex­tré­mistes im­pi­toyables. Par ailleurs, il au­rait été fort étrange de de­man­der à l’ar­mée de res­ter im­par­tiale et de ne pas in­ter­ve­nir dans les af­faires in­ternes, car l’ar­mée égyp­tienne est une ins­ti­tu­tion égyp­tienne qui ne pou­vait re­non­cer à ses de­voirs en­vers le peuple.

Les at­taques contre l’ar­mée égyp­tienne et la cam­pagne achar­née contre ses di­ri­geants ne datent pas de la der­nière pluie. De plus, ce qui se passe au Si­naï était le pré­lude à ce qui se passe au­jourd’hui dans tout le pays. S’agit-il d’un com­plot étran­ger au­quel par­ti­cipent des par­ties lo­cales et ré­gio­nales ? Est-il pos­sible de par­ler de com­plot en de­hors du dis­cours sur la des­truc­tion des tun­nels de Ga­za et du contrôle du tra­fic d’armes dans les ré­gions du Cheikh Zo­wayed, de Ga­bal Al-Ha­lal et dans la ville d’Al-Arich ? Le peuple égyp­tien n’a ja­mais chan­gé de po­si­tion en­vers le peuple pa­les­ti­nien, de­puis Yas­ser Ara­fat et en pas­sant par tous les sym­boles de la ré­sis­tance pa­les­ti­nienne. Ce­pen­dant, la pré­sence de com­bat­tants pa­les­ti­niens dans les rangs des ter­ro­ristes du Si­naï sou­lève de nom­breuses ques­tions au­tour de la re­la­tion entre le Ha­mas et les Frères mu­sul­mans. Il existe des ap­par­te­nances idéo­lo­giques com­munes. Ce­pen­dant, celles-ci ne doivent pas je­ter de l’ombre sur les re­la­tions entre les Egyp­tiens et les Pa­les­ti­niens. Des re­la­tions de longue date qui dé­passent les gou­ver­ne­ments du Ha­mas et des Frères mu­sul­mans.

D’au­cuns pensent que des élé­ments in­ter­na­tio­naux tentent de bri­ser l’ar­mée égyp­tienne à tra­vers un af­fron­te­ment entre les foules des Frères mu­sul­mans et les forces de l’ar­mée pour en ar­ri­ver peut-être à une guerre ci­vile. Il s’agit cer­tai­ne­ment du scé­na­rio avor­té par la ré­vo­lu­tion du 30 juin et l’in­ter­ven­tion de l’ar­mée pour em­pê­cher la sé­di­tion entre les Egyp­tiens. Si les Frères étaient res­tés au pou­voir une an­née de plus, l’Egypte au­rait vé­cu une vé­ri­table ca­tas­trophe. L’ar­mée égyp­tienne a em­pê­ché une guerre ci­vile dont per­sonne ne connais­sait l’am­pleur.

Dans ce contexte, une ques­tion se pose : A qui pro­fite le com­plot vi­sant l’anéan­tis­se­ment de l’ar­mée égyp­tienne ?

Tout d’abord, il faut sa­voir que l’ar­mée est la seule ins­ti­tu­tion égyp­tienne à avoir conser­vé sa co­hé­rence après la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier 2011. Alors l’ef­fon­dre­ment de cette ins­ti­tu­tion si­gni­fie­rait l’ef­fon­dre­ment de l’Etat égyp­tien. Le plan de des­truc­tion a com­men­cé par la po­lice, puis la jus­tice, les mé­dias et les ins­ti­tu­tions lé­gis­la­tives et lo­cales pour en ar­ri­ver à l’ar­mée. L’ar­mée égyp­tienne qui est la seule dans le monde arabe à se dres­ser contre les avi­di­tés in­ter­na­tio­nales et ré­gio­nales. De nom­breuses forces po­li­tiques et mi­li­taires comme Is­raël, l’Iran et la Tur­quie ont leurs propres feuilles de route. Quant à l’Ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine, elle n’a d’autre al­lié que ses propres in­té­rêts. Les forces ter­ro­ristes aus­si sont convain­cues que l’ar­mée égyp­tienne re­pré­sente le prin­ci­pal obs­tacle face à leurs am­bi­tions dans la ré­gion. De plus, les cou­rants is­la­miques égyp­tiens, qu’il s’agisse des Frères mu­sul­mans ou autres, savent par­fai­te­ment que l’ar­mée égyp­tienne re­pré­sente la pierre d’achop­pe­ment face à la réa­li­sa­tion de leur rêve d’ins­tau­rer le ca­li­fat en Egypte. Par ailleurs, la longue his­toire des af­fron­te­ments entre l’ar­mée et les Frères mu­sul­mans consti­tue un obs­tacle psy­cho­lo­gique en­vers cette ins­ti­tu­tion na­tio­nale.

Je suis fort at­tris­té par cette at­taque sans mer­ci contre l’ar­mée égyp­tienne alors que nous sa­vons par­fai­te­ment bien qu’il s’agit de notre der­nière pro­tec­tion

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