Vers une nou­velle loi an­ti­ter­ro­riste

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Ab­del Mas­sih Fel­li

Le pré­sident Ab­del Fat­tah al-Sis­si a as­su­ré sa­me­di 4 juillet que la si­tua­tion était "stable" dans le Si­naï, où il a ef­fec­tué une vi­site sur­prise trois jours après des at­ten­tats meur­triers dans ce bas­tion du groupe Etat is­la­mique (EI).

"Dire que tout est sous contrôle ne suf­fi­rait pas. La si­tua­tion est to­ta­le­ment stable", a af­fir­mé M. Sis­si dans une al­lo­cu­tion dans le nord du Si­naï re­trans­mise à la té­lé­vi­sion.

En uni­forme mi­li­taire, l'an­cien chef de l'ar­mée s'est ex­pri­mé de­vant une as­sem­blée de sol­dats pour, a-t-il ex­pli­qué, "sa­luer les hé­ros des forces ar­mées et leur ex­pri­mer ma re­con­nais­sance".

L'ar­mée égyp­tienne a af­fir­mé avoir tué la se­maine der­nière 241 com­bat­tants, dont des dji­ha­distes de l'Etat is­la­mique (EI). Cette an­nonce fait suite à une série d'at­taques sans pré­cé­dent lan­cée par des membres de l'EI dans cette même pé­nin­sule. Si­tua­tion sous ten­sion dans le Si­naï. La pé­nin­sule est de­puis des mois le théâtre d'af­fron­te­ments entre l'ar­mée égyp­tienne et des dji­ha­distes, no­tam­ment de l'Etat is­la­mique (EI). Af­fron­te­ments qui ont at­teint un pic la se­maine der­nière.

Par ailleurs, les au­to­ri­tés égyp­tiennes ont ar­rê­té 13 membres de la con­fré­rie des Frères mu­sul­mans soup­çon­nés d’avoir pla­ni­fié des at­ten­tats aux abords du canal de Suez. Les com­bats se pour­suivent entre l'ar­mée égyp­tienne et l'in­sur­rec­tion ji­ha­diste dans la pé­nin­sule du Si­naï.

Lutte contre le ter­ro­risme

Confron­té à des at­ten­tats ji­ha­distes meur­triers sans pré­cé­dent, le pou­voir égyp­tien veut pro­mul­guer une nou­velle loi an­ti­ter­ro­riste. Les at­ten­tats ji­ha­distes contre les forces de l'ordre se sont mul­ti­pliés de­puis l'évic­tion de Mor­si.

Au len­de­main de l'as­sas­si­nat le 29 juin du pro­cu­reur gé­né­ral Hi­cham Ba­ra­kat dans un at­ten­tat spec­ta­cu­laire, tou­jours non re­ven­di­qué, Al-Sis­si avait pro­mis une lé­gis­la­tion plus dure "pour lut­ter contre le ter­ro­risme". Et alors que des com­bat­tants du groupe Etat is­la­mique (EI) lan­çaient le 1 er juillet une série d'at­taques sans pré­cé­dent contre l'ar­mée dans le nord du Si­naï, fai­sant des di­zaines de morts, le gou­ver­ne­ment, lui, ap­prou­vait une nou­velle loi an­ti­ter­ro­riste.

Projet de loi et jour­na­listes

L'ar­ticle 33 du projet de loi pré­co­nise une peine de deux ans de pri­son au mi­ni­mum pour pu­bli­ca­tion "de fausses in­for­ma­tions sur des at­taques ter­ro­ristes qui contre­disent les com­mu­ni­qués of­fi­ciels". Le mi­nistre de la Jus­tice Ah­med Al-Zind a ex­pli­qué que cet ar­ticle était no­tam­ment mo­ti­vé par la cou­ver­ture mé­dia­tique des at­taques ji­ha­distes de la se­maine der­nière dans le Si­naï. Le porte-pa­role de l'ar­mée Mo­ha­med Sa­mir avait fait état de 21 sol­dats tués et plus d'une cen­taine de ji­ha­distes abat­tus lors des com­bats, mais les mé­dias avaient pu­blié des bi­lans bien plus lourds, ci­tant des res­pon­sables de la sé­cu­ri­té. "Le gou­ver­ne­ment a le de­voir de pro­té­ger les ci­toyens des fausses in­for­ma­tions", a pré­ci­sé Al-Zind, sou­li­gnant qu'il ne fal­lait pas y voir "une res­tric­tion de la li­ber­té de la presse".

La loi sup­prime aus­si pour les af­faires de "ter­ro­risme" une des deux pro­cé­dures d'ap­pel suc­ces­sives de­vant la Cour de cas­sa­tion pré­vues dans le droit égyp­tien, pour n'en main­te­nir qu'une seule. "Nous n'al­lons pas at­tendre 5 ou 10 ans pour ju­ger les gens qui nous tuent", s'était em­por­té Al-Sis­si lors des fu­né­railles du pro­cu­reur gé­né­ral.

Le projet de loi pré­co­nise la peine de mort pour les per­sonnes cou­pables d'avoir créé, di­ri­gé ou fi­nan­cé une or­ga­ni­sa­tion "ter­ro­riste". Une peine de cinq ans de pri­son est pré­vue pour qui­conque uti­lise les ré­seaux so­ciaux ou in­ter­net pour pro­mou­voir le "ter­ro­risme".

Cri­tiques contre le projet

La loi met par ailleurs à l'abri de pour­suites ju­di­ciaires les po­li­ciers qui "au­ront re­cours à la force" lors des opé­ra­tions "an­ti­ter­ro­ristes" tant que ce re­cours est "né­ces­saire".

"Il suf­fit de com­pa­rer le projet de loi égyp­tien avec les lois an­ti­ter­ro­ristes à tra­vers le monde pour consta­ter qu'on est très tendre en com­pa­rai­son", af­firme ce­pen­dant un haut res­pon­sable du mi­nis­tère de la Jus­tice de tran­si­tion. Le Conseil su­prême de la jus­tice, char­gé de re­voir la loi, n'a pas re­mis en ques­tion ces dis­po­si­tions contro­ver­sées. Il a tou­te­fois exi­gé des amé­na­ge­ments sur une me­sure créant des tri­bu­naux an­ti­ter­ro­ristes spé­ciaux, ain­si que sur une dis­po­si­tion ne ren­dant pas obli­ga­toire la pré­sence à son pro­cès d'un ac­cu­sé sous dé­ten­tion.

La contre-at­taque né­ces­saire

Quelques se­maines avant que le gou­ver­ne­ment égyp­tien ne pré­voit une grande ou­ver­ture du deuxième canal de Suez dans la cé­lé­bra­tion du nou­veau sen­ti­ment d'op­ti­misme du pays, des ter­ro­ristes ont lan­cé une série d'ac­tions qui cherchent à nuire aux plans du gou­ver­ne­ment. Plus tôt dans la se­maine, le pro­cu­reur gé­né­ral, Hi­cham Ba­ra­kat, a été tué et le sur­len­de­main, Daech (l'État Is­la­mique au­to­pro­cla­mé) a lan­cé une série d'at­taques contre des postes de l'ar­mée.

Il est im­por­tant que le pré­sident Ab­del Fat­tah Al Sis­si prenne des me­sures fermes contre les ter­ro­ristes, sans leur per­mettre de faire dé­railler ses plans pour pla­cer l'éco­no­mie égyp­tienne sur la bonne voie.

Les Forces ar­mées égyp­tiennes ont ri­pos­té en at­ta­quant des sites de Daech après que le groupe a tué au moins 17 sol­dats aux postes de contrôle mi­li­taires dans le nord du Si­naï, en bor­dure de la bande de Ga­za. La contre-at­taque de l'ar­mée a éli­mi­né plus de 200 ter­ro­ristes, dans l'ac­tion qui com­pre­nait des raids par des F-16 et des hé­li­co­ptères Apache at­ta­quant les mi­li­tants dans des po­si­tions for­ti­fiées sur les toits au­tour de postes de po­lice dans les villes comme Cheikh Zou­weid et Rafah.

Daech a re­ven­di­qué la res­pon­sa­bi­li­té des at­taques, qui ont cher­ché à don­ner l'im­pres­sion qu'il peut opé­rer en Egypte avec grand ef­fet. Voi­là pour­quoi la ra­pide contre-at­taque de l'ar­mée était im­por­tante, qui a éga­le­ment re­ti­ré les uni­tés de Daech de leurs po­si­tions dé­fen­sives qu'ils avaient mises en place au­tour de plu­sieurs édi­fices gou­ver­ne­men­taux. Ces at­ten­tats vi­saient à mon­trer que Daech peut dé­sta­bi­li­ser et épui­ser les forces égyp­tiennes.

Les Egyp­tiens ne vont pas tar­der à ré­agir et ar­rê­ter les sus­pects de Daech s'ils peuvent les trou­ver, ain­si que des Frères mu­sul­mans ou d'autres col­lègues po­li­tiques qui peuvent avoir de la sym­pa­thie pour ces groupes illé­gaux et leurs ob­jec­tifs. Cette ac­tion forte a contri­bué à sta­bi­li­ser l'Egypte et don­né au pays un nou­veau sens de l'orien­ta­tion après le chaos du règne Mo­ha­med Mor­si. Il est im­por­tant de nour­rir ce sen­ti­ment de confiance, qui per­met aux en­tre­prises de ré­in­ves­tir pour que des em­plois soient créés et que les fa­milles puissent pla­ni­fier leur ave­nir.

La pa­trie égyp­tienne ne pour­ra se ré­for­mer qu’à tra­vers la ré­vo­lu­tion in­ten­sive dans l'es­sence de l'édu­ca­tion, en cor­ri­geant les concepts d'igno­rance et d'obs­cu­ran­tisme pri­mi­tif, et en sa­chant que le sens propre de la cré­di­bi­li­té de la re­li­gio­si­té est l'ou­ver­ture aux autres, et l'ac­cep­ta­tion des dif­fé­rences, la co­ha­bi­ta­tion ef­fec­tive, la to­lé­rance, l'amour et le res­pect de re­nou­vel­le­ment dans les di­vers do­maines de la vie. Il y a un long par­cours pour réa­li­ser cet es­poir consis­tant à tra­vailler en­semble pour l'ave­nir.

Le pré­sident al-Sis­si s'adres­sant aux troupes sta­tion­nées au Si­naï

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.