Dé­cès d'un his­to­rien fran­çais pas­sion­né de l'Egypte

Le jour­na­liste et his­to­rien fran­çais Jean La­cou­ture, dont les bio­gra­phies d'hommes d'Etat ont ren­con­tré un grand suc­cès, est dé­cé­dé le 16 juillet à l'âge de 94 ans à son do­mi­cile au Rous­sillon dans la province du Vau­cluse (sud-est France), après une lon­gu

Watani Francophone - - \الصفحة الأمامية -

Jean La­cou­ture est l'un des pas­sion­nés de l'Egypte où il a vé­cu une pé­riode im­por­tante de sa car­rière, au mo­ment de la ré­vo­lu­tion en 1952, puis a écrit son livre "L'Egypte en mou­ve­ment", en plus de plu­sieurs autres oeuvres.

Jean La­cou­ture a tra­vaillé comme cor­res­pon­dant pour les jour­naux fran­çais "France Soir" et "Le Monde" six mois après la ré­vo­lu­tion en 1952 Il est res­té en Egypte jus­qu'en no­vembre 1956 et a été pen­dant cette pé­riode très proche des membres du Conseil de com­man­de­ment de la ré­vo­lu­tion, et en par­ti­cu­lier le pré­sident Ga­mal Ab­del Nasser, Thar­wat Oka­cha et d'autres of­fi­ciers.

L'am­bas­sade d'Egypte à Paris a or­ga­ni­sé une cé­lé­bra­tion en mai der­nier pour re­mettre des ma­nus­crits à l'écri­vain fran­çais qui a dé­ci­dé de les of­frir à la Bi­blio­thèque d'Alexan­drie. Il s'agis­sait de mes­sages pri­vés de va­leur his­to­rique, écrits à la main et adres­sés au pré­sident Ga­mal Ab­del Nasser et Mo­ha­med Na­guib. Ces do­cu­ments étaient la base fon­da­men­tale sur la­quelle La­cou­ture a éri­gé son cé­lèbre livre "l'Egypte en mou­ve­ment."

Ces do­cu­ments contiennent de très rares photos à par­tir de l'an­née 1953 de l'écri­vain de po­li­tique et de théâtre Lot­fy el-Khou­ly et d'In­gi Afla­tone, une ar­tiste égyp­tienne ap­par­te­nant aux pion­niers du mou­ve­ment de l'art plas­tique en Egypte et au monde arabe et le Cheikh Ah­med el-Ba­kou­ri, ain­si que des po­li­ti­ciens, des hommes de lettres dans le do­maine du théâtre et des membres du Conseil du com­man­de­ment ré­vo­lu­tion­naire.

Il est à no­ter que Jean La­cou­ture s'est in­té­res­sé à de mul­tiples per­son­nages qui ont mar­qué le XXe siècle comme Charles de Gaulle, Mal­raux, Blum, Mau­riac, Men­dès France, Mit­ter­rand, Ger­maine Til­lion, Nasser, Ken­ne­dy, Hô Chi Minh mais il s'est aus­si pen­ché sur les des­tins de Cham­pol­lion, Montaigne, Mon­tes­quieu, Sten­dhal, Alexandre Du­mas, Gre­ta Gar­bo… Preuve que sa cu­rio­si­té n'avait pas de fron­tières, ni son ap­pé­tit de fin. Il a pu­blié plus de soixante-dix livres et s'est ré­vé­lé au fil des ans comme l'un de nos meilleurs bio­graphes. Ce sa­voir-faire a été sa­lué par de nom­breux prix, dont le Gon­court de la bio­gra­phie pour son "Fran­çois Mau­riac" en deux vo­lumes, et une dis­tinc­tion de l'Aca­dé­mie fran­çaise.

Té­moin du siècle

Né le 9 juin 1921 à Bor­deaux, Jean La­cou­ture, di­plô­mé de l'Ecole libre des Sciences po­li­tiques de Paris, de­vient l'at­ta­ché de presse du gé­né­ral Leclerc à la fin de la se­conde guerre mon­diale. Il dé­couvre l'In­do­chine, où il fré­quente les grands ac­teurs de la lutte pour l'in­dé­pen­dance, du gé­né­ral Giap à Hô Chi Minh.

Té­moin pri­vi­lé­gié du XXe siècle, dont il a ren­con­tré la plu­part des grandes fi­gures, l'ori­gi­na­li­té du par­cours et l'am­pleur de son oeuvre ont fait de lui un jour­na­liste, bio­graphe et his­to­rien hors du com­mun. Dès la fin des an­nées 1940, il prend conscience que la dé­co­lo­ni­sa­tion était in­évi­table. Il en de­vient l'ardent avo­cat.

Jour­na­liste d’abord à Com­bat, il re­joint la ré­dac­tion du Monde dont il de­vient une si­gna­ture et couvre la déc- olo­ni­sa­tion avec pas­sion, brillant avo­cat no­tam­ment celle de l'in­dé­pen­dance al­gé­rienne.

Homme de gauche prô­nant un "jour­na­lisme d’in­ter­ven­tion", il ne croit pas à l’ob­jec­ti­vi­té. "Le jour­na­liste agit comme un di­plo­mate: il s’ef­force de com­prendre et faire com­prendre les dif­fé­rents points de vue, tout en ne ca­chant pas qu’il sou­haite telle is­sue plu­tôt que telle autre. "

Il de­vient en­suite un bio­graphe pro­lixe, par­fois contro­ver­sé, et un ob­ser­va­teur pas­sion­né de son siècle. Il est l'au­teur d'une soixan­taine de livres consa­crés à de grandes fi­gures his­to­riques, mais aus­si au rug­by, à l'égyp­to­logue Cham­pol­lion, au pré­sident Ken­ne­dy, à Sten­dhal ou Mon­tes­quieu. Pro­fes­seur à l'Ins­ti­tut d'Etudes po­li­tiques de Paris (196972), il pu­blie de 1984 à 1986 une vaste bio­gra­phie de De Gaulle en trois vo­lumes, et en 1991-92 une his­toire mo­nu­men­tale des Jé­suites, sa­luées par de nom­breux spé­cia­listes.

Jean La­cou­ture était com­man­deur de la lé­gion d'hon­neur. Il a ob­te­nu le Prix des am­bas­sa­deurs en 1986 pour l'un de ses ou­vrages consa­crés à de Gaulle, et le Grand prix d'his­toire de l'Aca­dé­mie fran­çaise en 2003. Quand il n'était pas à Paris, il ai­mait vivre dans sa mai­son de Rous­sillon (Vau­cluse), avec vue sur les fa­laises d'ocre et le Mont Ven­toux.

En 2008, il consacre un ou­vrage à l'in­dé­pen­dance de l'Al­gé­rie et la fin de l'em­pire co­lo­niale fran­çais. "L'Al­gé­rie al­gé­rienne fin d'un em­pire, nais­sance d'une na­tion" pré­fa­cée par Jean Da­niel re­tra­çait la lutte pour l'in­dé­pen­dance de l'Al­gé­rie et la fin de la France co­lo­nia­liste.

Dans "Nos Orients", il croise avec l'écri­vain égyp­tien Ah­med Yous­sef sa per­cep­tion du monde arabe, son évo­lu­tion et son de­ve­nir.

Jean La­cou­ture, cet in­las­sable jour­na­liste avait un cré­do in­al­té­rable: "Ne pas ra­con­ter sa vie telle qu’on l’a vé­cue, mais la vivre telle qu’on la ra­con­te­ra." Une exis­tence toute en pa­nache dont il a as­su­mé même les faux pas.

Hom­mages

L'an­nonce de sa dis­pa­ri­tion a sus­ci­té de nom­breux hom­mages dans la sphère po­li­tique, prin­ci­pa­le­ment à gauche.

"Grand écri­vain à la vie aus­si riche que ses bio­gra­phies, Jean La­cou­ture res­te­ra pour la gauche et la France une très grande conscience", a écrit le Pre­mier mi­nistre Ma­nuel Valls sur Twit­ter au su­jet de ce­lui qui, en 2012, avait ap­pe­lé à vo­ter pour Fran­çois Hol­lande.

"Il au­ra été tour à tour un en­voyé spé­cial, un grand re­por­ter et un édi­to­ria­liste à la plume par­fois po­lé­mique, tou­jours mor­dante", a sou­li­gné la mi­nistre de la Culture Fleur Pel­le­rin, es­ti­mant que la France per­dait un "grand té­moin pas­sion­né de son siècle".

Alain Rous­set, pré­sident (PS) de la ré­gion Aqui­taine, a éga­le­ment fait part de sa "pro­fonde tris­tesse d'ap­prendre la dis­pa­ri­tion de (son) ami Jean La­cou­ture", avec qui il a co­fon­dé le Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal du Film d'His­toire de Pes­sac (Gi­ronde).

A droite, Valérie Pé­cresse a sa­lué la mé­moire d'un "bio­graphe hors pair".

Ses édi­teurs ont éga­le­ment ren­du hom­mage sur Twit­ter à cet au­teur pro­li­fique: "Émi­nent bio­graphe, il fut un grand té­moin de l'His­toire du XXe siècle", a sou­li­gné Gal­li­mard quand les édi­tions du Seuil se sont dites "tristes d'ap­prendre sa mort".

En bon en­fant du sud-ouest, Jean La­cou­ture était un amou­reux du rug­by - sport sur le­quel il écri­vit de belles pages pour Le Monde dans les an­nées 1970 - et un dé­fen­seur de la tau­ro­ma­chie.

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