Une jus­ti­fi­ca­tion de "l'ar­se­nal an­ti­ter­ro­riste" du Caire

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Ab­del Mas­sih Fel­li - Mi­chael Vic­tor

Au moins six po­li­ciers ont été bles­sés au Caire dans la nuit de mer­cre­di à jeu­di par l’ex­plo­sion d’une voi­ture pié­gée vi­sant leur com­mis­sa­riat, alors que l’Egypte fait face à une va­gu d’at­ten­tats des ji­ha­distes de l’Etat is­la­mique (EI). L’at­taque a été per­pé­trée dans un quar­tier du nord de la ca­pi­tale contre un com­mis­sa­riat de la Sé­cu­ri­té d’Etat.

«Un in­con­nu a stop­pé bru­ta­le­ment sa voi­ture de­vant le bâ­ti­ment, en est sor­ti et a sau­té sur une mo­to pour prendre la fuite, puis la voi­ture a ex­plo­sé», a ex­pli­qué le mi­nis­tère de l’In­té­rieur dans un com­mu­ni­qué. «Six po- li­ciers ont été bles­sés», a pré­ci­sé le mi­nis­tère. Le mur qui ceint le bâ­ti­ment de quatre étages s’est ef­fon­dré en grande par­tie et les fe­nêtres de l’im­meuble ont vo­lé en éclat. La bombe a creu­sé un cra­tère d’un mètre de dia­mètre en­vi­ron de­vant le por­tail d’en­trée et le sol était jon­ché de dé­bris de la voi­ture pié­gée et de verre bri­sé.

Sur le ter­rain, la nou­velle loi an­ti­ter­ro­riste s'est ain­si avé­rée jus­ti­fiée.

Le pré­sident Ab­del Fat­tah al-Sis­si avait pro­mul­gué une nou­velle loi an­ti­ter­ro­riste créant des tri­bu­naux spé­ciaux et four­nis­sant des pro­tec­tions ju­ri­diques aux membres des forces de l'ordre char­gés de la mettre en oeuvre.

Cette loi pré­cise aus­si l'éven­tail des peines pré­vues pour les ac­ti­vi­tés ter­ro­ristes, qui vont de cinq ans de pri­son à la peine de mort.

Elle four­nit un bou­clier ju­ri­dique aux po­li­ciers et aux mi­li­taires contre des éven­tuelles pour­suites liées à l'obli­ga­tion d'un usage pro­por­tion­né de la force "dans l'exer­cice de leur mis­sion".

Confron­té aux vio­lences d'is­la­mistes ra­di­caux, no­tam­ment dans le Si­naï, Ab­del Fat­tah al-Sis­si a pro­mis en juillet un ren­for­ce­ment de l'ar­se­nal an­ti­ter­ro­riste après la mort du pro­cu­reur gé­né­ral d'Egypte dans un at­ten­tat à la voi­ture pié­gée au Caire.

Créer ou di­ri­ger une or­ga­ni­sa­tion qua­li­fiée d'"en­ti­té ter­ro­riste" par les au­to­ri­tés se­ra pas­sible de la peine de mort ou de la ré­clu­sion à per­pé­tui­té, ce qui équi­vaut en Egypte à 25 ans de pri­son. L'ap­par­te­nance à une telle or­ga­ni­sa­tion se­ra pas­sible de 10 ans de pri­son.

Le fi­nan­ce­ment d'une "or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste" pour­ra va­loir la pri­son à vie. L'in­ci­ta­tion à la vio­lence, no­tam­ment "la pro­mo­tion d'idées in­ci­tant à la vio­lence", en­traî­ne­ra une peine com­prise entre cinq et sept ans de pri­son, tout comme la créa­tion ou l'uti­li­sa­tion de sites in­ter­net qui ré­pandent de telles opi­nions.

Les jour­na­listes en­cour­ront une amende s'ils contre­disent la ver­sion des au­to­ri­tés au su­jet d'une at­taque ter­ro­riste. Cette par­tie de la loi a été amen­dée après l'in­di­gna­tion in­ter­na­tio­nale sou­le­vée par le projet ini­tial, qui pré­voyait un em­pri­son­ne­ment.

En fé­vrier, Ab­del Fat­tah al-Sis­si a pro­mul­gué une pré­cé­dente loi an­ti­ter­ro­riste élar­gis­sant les pos­si­bi­li­tés d'in­ter­dic­tion d'or­ga­ni­sa­tions ac­cu­sées de sa­per l'uni­té na­tio­nale ou de trou­bler l'ordre pu­blic.

L'Egypte a ri­pos­té mer­cre­di contre la cri­tique étran­gère d'une nou­velle loi an­ti-ter­reur que les cri­tiques pré­tendent pour­raient res­treindre des droits hu­mains et mu­se­ler la presse, en di­sant que l'in­dé­pen­dance de l'ap­pa­reil ju­di­ciaire doit être res­pec­tée.

"L'Egypte ne com­mente ja­mais les lois d'autres pays en ma­tière de lutte contre le ter­ro­risme consi­dé­rées par nombre de leurs propres conci­toyens comme re­strei­gnant les li­ber­tés", a ré­agi mer­cre­di le mi­nis­tère des Af­faires étran­gères dans un com­mu­ni­qué. Il ré­agis­sait à un com­men­taire de Washington et de Human Rights Watch (HRW) mer­cre­di.

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