L'avia­tion russe frappe l’EI en Sy­rie

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Ab­del Mas­sih Fel­li

L'avia­tion russe a me­né mer­cre­di ses pre­miers bom­bar­de­ments en Sy­rie à la de­mande du pré­sident Ba­char al-As­sad, Vla­di­mir Pou­tine as­su­rant qu'il fal­lait prendre les "ter­ro­ristes" de vi­tesse et les frap­per avant qu'ils ne viennent "chez nous". Ces frappes, dont les ob­jec­tifs ont sou­le­vé des doutes no­tam­ment à Paris, sont in­ter­ve­nues quelques heures avant que la Rus­sie ne pré­sente à l'ONU un projet de ré­so­lu­tion vi­sant à "co­or­don­ner toutes les forces qui font face à l'Etat is­la­mique et aux autres struc­tures ter­ro­ristes". Il y a "des in­di­ca­tions se­lon les­quelles les frappes russes n'ont pas vi­sé Daech" (l'Etat Is­la­mique), a dé­cla­ré à la presse à New York le chef de la di­plo­ma­tie fran­çaise Laurent Fa­bius, ajou­tant qu'il "fau­drait vé­ri­fier quels étaient les ob­jec­tifs" des avions russes.

L'ac­cé­lé­ra­tion de l'en­ga­ge­ment de Mos­cou s'ins­crit sur fond de bras de fer entre le pré­sident amé­ri­cain Ba­rack Oba­ma et son ho­mo­logue russe sur le sort à ré­ser­ver à Ba­char alAs­sad, "ty­ran" pour l'un et rem­part contre les ji­ha­distes du groupe Etat is­la­mique (EI) pour l'autre. Mé­con­tent, le se­cré­taire d'État amé­ri­cain John Ker­ry s'est plaint au­près de son ho­mo­logue russe Ser­gueï La­vrov et a ju­gé ces bom­bar­de­ments contre­pro­duc­tifs. Washington a tou­te­fois es­ti­mé que l'in­ter­ven­tion russe ne chan­ge­rait rien aux mis­sions an­ti-EI de la coa­li­tion.

Les Etats-Unis et la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale sont mis de­vant le fait ac­com­pli des ini­tia­tives mi­li­taires et di- plo­ma­tiques russes en Sy­rie.

Quelques heures après les pre­miers bom­bar­de­ments russes en Sy­rie, le se­cré­taire d’Etat John Ker­ry a dé­cla­ré de­vant les Na­tions unies que Washington n’était pas op­po­sé aux frappes russes à condi­tion qu’elles visent vrai­ment les po­si­tions de Daesh et AlQaï­da. Mais les Etats-Unis s’op­posent à ces frappes si elles ne visent pas ces groupes ter­ro­ristes. «Nous avons dit clai­re­ment que nous au­rions de sé­rieuses in­quié­tudes si la Rus­sie de­vait frap­per des zones où il n’y a pas d’opé­ra­tions de l’Etat is­la­mique et de (groupes) af­fi­liés à Al-Qaï­da», a-t-il dé­cla­ré lors de la réunion du Conseil de sé­cu­ri­té.

Pou­tine prend l'ini­tia­tive

En frap­pant dans trois ré­gions sy­riennes, la Rus­sie prend une nou­velle fois les États-Unis de vi­tesse et rap­pelle qu'elle est un sou­tien in­dé­fec­tible au pré­sident sy­rien, tou­jours au pou­voir après plus de quatre ans d'une guerre qui a fait plus de 240.000 morts. La Rus­sie, qui s'est re­pla­cée de ma­nière spec­ta­cu­laire au centre du conflit sy­rien et du grand jeu di­plo­ma­tique, in­ter­vient aus­si loin de son ter­ri­toire pour la pre­mière fois de­puis 36 ans: à l'époque, en 1979, il s'agis­sait pour les troupes so­vié­tiques d'en­va­hir l'Af­gha­nis­tan.

L'an­nonce des frappes est ve­nue de Washington avant d'être confir­mée à Mos­cou par le mi­nis­tère de la Dé­fense. L'avia­tion russe a pro­cé­dé à des "frappes de pré­ci­sion", dé­trui­sant no­tam­ment des "équi­pe­ments mil- itaires", des moyens de com­mu­ni­ca­tion et des "stocks d'armes et de mu­ni­tions" de l'EI, se­lon un porte-pa­role mi­li­taire russe.

Se­lon une source de sé­cu­ri­té sy­rienne, les frappes vi­saient "des po­si­tions ter­ro­ristes" dans les pro­vinces de Ha­ma, Homs et Lat­ta­quié, dans le nord-ouest et le centre du pays. Les zones vi­sées à Homs et Lat­ta­quié sont te­nues par le Front Al-Nos­ra, la branche sy­rienne d'Al-Qaï­da, et des re­belles is­la­mistes, tan­dis qu'à Ha­ma sont pré­sents les ji­ha­distes de l'EI.

Com­pro­mis entre Ba­char et l’op­po­si­tion

Le maître du Krem­lin a pa­ral­lè­le­ment ap­pe­lé Ba­char al-As­sad au "com­pro­mis" avec l'op­po­si­tion to­lé­rée par le ré­gime. "Le rè­gle­ment dé­fi­ni­tif et durable du conflit en Sy­rie n'est pos­sible que sur la base d'une ré­forme po­li­tique et d'un dia­logue avec les forces saines du pays", a-t-il dé­cla­ré, ajou­tant que le pré­sident sy­rien était "prêt à un tel pro­ces­sus". Il a en outre af­fir­mé que les bom­bar­de­ments étaient conformes au droit in­ter­na­tio­nal puis­qu'ils ré­pon­daient à une de­mande d'aide mi­li­taire for­mu­lée par la pré­si­dence sy­rienne, qui a confir­mé qu'une lettre en ce sens avait été en­voyée par Ba­char al-As­sad, à dé­faut d'une ré­so­lu­tion à l'ONU.

Le pré­sident russe a éga­le­ment confir­mé que le dis­po­si­tif ne concer­nait que des frappes aé­riennes en sou­tien aux forces gou­ver­ne­men­tales, ex­cluant ain­si l'en­ga­ge­ment de troupes au sol. Se­lon le pré­sident russe, les in­for­ma­tions sur les frappes aé­riennes se­ront trans­mises aux États-Unis via le centre de co­or­di­na­tion an­ti­ter­ro­riste mis sur pied à Bag­dad par la Sy­rie, l'Iran, l'Irak et la Rus­sie, au­quel il a ap­pe­lé tous les États "in­té­res­sés par la lutte contre le ter­ro­risme" à se joindre. A la ma­noeuvre dans le dos­sier sy­rien, Vla­di­mir Pou­tine s'est im­po­sé en quelques se­maines comme un ac­teur in­con­tour­nable face à Ba­rack Oba­ma. Washington a d'abord été pris de court par le coup de po­ker de Mos­cou qui a so­li­de­ment ren­for­cé en sep­tembre sa pré­sence mi­li­taire dans le nord-ouest de la Sy­rie, bas­tion du ré­gime, en dé­ployant de l'équi­pe­ment mi­li­taire et en construi­sant une base dans l'aé­ro­port de Lat­ta­quié. La Rus­sie a éga­le­ment in­ten­si­fié ses li­vrai­sons d'armes à l'ar­mée ré­gu­lière sy­rienne.

Puis lun­di à l'ONU, le pré­sident russe a ap­pe­lé à la for­ma­tion d'une "large coa­li­tion an­ti­ter­ro­riste" contre l'EI, in­cluant Da­mas et Té­hé­ran. Ba­rack Oba­ma, qui mène sans grand suc­cès de­puis un an une vaste campagne contre le groupe ji­ha­diste, ain­si que le pré­sident fran­çais Fran­çois Hol­lande re­jettent tou­te­fois cette idée et in­sistent sur la né­ces­si­té d'un "nou­veau di­ri­geant" à Da­mas.

Po­si­tion égyp­tienne

Le pré­sident Ab­del Fat­tah El-Sis­si avait dé­cla­ré mar­di soir à l'Ame­ri­can Pu­blic Ser­vice de ra­dio­dif­fu­sion (PBS) à New York, que le ter­ro­risme n'est pas un phé­no­mène fa­cile à contrer, en di­sant que, bien que les États-Unis aient de l'ex­pé­rience dans la lutte contre le ter­ro­risme, il a fal­lu beau­coup de temps pour éli­mi­ner la me­nace ter­ro­riste.

Par­lant de la force crois­sante de l'EI, El-Sis­si a dé­cla­ré que la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale - dont l'Egypte est membre - est ca­pable de le vaincre mi­li­tai­re­ment.

Il a ce­pen­dant sou­li­gné que cette ap­proche est in­com­plète, re­le­vant la né­ces­si­té d'une ap­proche glo­bale qui com­prenne les di­men­sions éco­no­miques, so­ciales et cultu­relles.

En ce qui concerne la si­tua­tion en Sy­rie, El-Sis­si a dit qu'il sou­tient une so­lu­tion po­li­tique, pas à ca­rac­tère pu­re­ment mi­li­taire.

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