Saints sont les Mar­tin

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Mi­chael Vic­tor

Pour la pre­mière fois, un couple est ca­no­ni­sé. La cé­ré­mo­nie, cé­lé­brée au Va­ti­can le di­manche 18 oc­tobre cou­rant, est dou­ble­ment his­to­rique : Louis et Zé­lie sont les pa­rents d'une sainte, Thé­rèse de Li­sieux.

La Sain­te­té est une his­toire de fa­mille chez les Mar­tin. Quatre-vingt-dix ans après la ca­no­ni­sa­tion de sainte Thé­rèse de Li­sieux, c'est au tour de ses pa­rents, Louis et Zé­lie Mar­tin, dé­cé­dés en 1894 et 1877, de re­joindre la com­mu­nau­té des saints. Ils furent so­len­nel­le­ment pro­cla­més lors d'une messe place Saint-Pierre à Rome cé­lé­brée par le pape Fran­çois qui les a ho­no­rés à l'oc­ca­sion du sy­node sur la fa­mille. C'est his­to­rique. Pour la pre­mière fois dans la sa­ga millé­naire de la chré­tien­té, un couple a, en ef­fet, été éle­vé en tant que tel à ce rang spi­ri­tuel, consi­dé­ré comme un «mo­dèle exem­plaire de vie» pour les fi­dèles ca­tho­liques.

Et dire que la ren­contre entre mon­sieur et ma­dame a failli ne ja­mais avoir lieu !

Lui, fils d'un mi­li­taire, se voyait cha­noine mais ses la­cunes en la­tin l'ont contraint à re­non­cer. Elle, fille d'un gen­darme, s'ima­gi­nait nonne mais la su­pé­rieure du couvent l'en dis­sua­da. Elle dé­crit son en­fance et sa jeu­nesse «tristes comme un lin­ceul», ayant «beau­coup souf­fert du coeur» en rai­son d'une mère «trop sé­vère».

Econ­duits, cha­cun, dans leurs dé­si­rs de se consa­crer à Dieu, Louis l'hor­lo­ger et Zé­lie la den­tel­lière croisent leurs re­gards pour la pre­mière fois sur le pont SaintLéo­nard à Alen­çon. Un ren­dez-vous sa­vam­ment or­ches­tré par la mère de Louis qui craint que son pro­té­gé — il a alors 35 ans — de­meure un vieux gar­çon. Elle connaît Zé­lie avec qui elle a ap­pris l'art du cé­lèbre point d'Alen­çon.

Les deux Nor­mands s'unissent en 1858. Ils au­ront neuf en­fants, dont quatre mour­ront en bas âge. Les cinq autres, des filles, de­vien­dront re­li­gieuses. Les époux Mar­tin sont très amou­reux. «Ta femme qui t'aime plus que sa vie», conclut Zé­lie dans ses mots doux à son ma­ri. Ils sont aus­si très pieux, priant quo­ti­dien­ne­ment à la messe de 5 h 30. Ils s'en­gagent dans des as­so­cia­tions de pié­té, in­vitent à leur table des va­ga­bonds, rendent vi­site à des vieillards sans le sou. Ils ap­par­tiennent à la bour­geoi­sie. «Ils ga­gnaient bien leur vie mais ne me­naient pas grand train. Louis et Zé­lie, ce sont les saints de l'or­di­naire. Ils vou­laient la sim­pli­ci­té. Ils avaient la foi che­villée au corps», ré­sume Lau­rence Pa­non­tin, res­pon­sable du ser­vice d'ac­cueil du sanc­tuaire de Li­sieux.

Zé­lie fait tra­vailler une ving­taine d'ou­vrières qu'elle consi­dère comme des membres de sa propre fa­mille. «Une femme chef d'en­tre­prise au XIXe siècle, c'était très rare. Elle était fé­mi­niste avant l'heure. Même quand elle n'avait pas de li­qui­di­tés, elle payait ses sa­la­riées. Elle avait mis en place une sorte d'as­su­rance chô­mage», ad­mire Guy, 75 ans, pa­rois­sien as­si­du de Li­sieux.

La ma­la­die vien­dra mettre fin à dix-neuf ans de vie com­mune, de beau­coup de bon­heurs et quelques mal­heurs. A 46 ans, Zé­lie est em­por­tée par un can­cer du sein qui s'est gé­né­ra­li­sé. Louis re­joint alors son beau-frère à Li­sieux, «dans le sou­ve­nir de l'épouse re­gret­tée». Ses en­fants ré­pondent à leur vo­ca­tion re­li­gieuse. Il les ac­com­pagne dans leurs voeux. «Il al­lait au par­loir ren­con­trer ses filles cloî­trées», ex­plique Lau­rence Pa­non­tin. Dès 1888, il souffre d'une dé­gé­né­res­cence des ar­tères en­traî­nant une dé­mence sé­nile qui conduit à son in­ter­ne­ment à l'hô­pi­tal psy­chia­trique du BonSau­veur de Caen. Du­rant les pé­riodes de ré­mis­sion, on le voit, se­lon le mythe, prendre soin des pa­tients qui l'en­tourent. Pa­ra­ly­sé, il est «ren­du» à sa fa­mille et meurt à 71 ans. Trois ans plus tard, la pe­tite der­nière, Thé­rèse, fou­droyée par une tu­ber­cu­lose à 24 ans, re­trou­ve­ra au pa­ra­dis son pa­pa, ce­lui qu'elle sur­nom­mait son «Roi ché­ri».

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