Mort de l'écri­vain égyp­tien Ga­mal al-Ghi­ta­ni

Le cé­lèbre écri­vain égyp­tien Ga­mal al- Ghi­ta­ni, au­teur d'une oeuvre pro­li­fique et dis­ciple du prix No­bel de Lit­té­ra­ture Na­guib Mah­fouz, est mort le di­manche 18 oc­tobre à l'âge de 70 ans après un long com­bat avec la ma­la­die, a an­non­cé son épouse. Tour à to

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Né le 9 mai 1945 au sein d'une fa­mille pauvre dans le vil­lage de Ju­hay­na, à So­hag, du sud de l'Égypte, Ga­mal al-Ghi­ta­ni a pas­sé son en­fance dans le quar­tier his­to­rique du vieux Caire is­la­mique. Des­si­na­teur de ta­pis à 17 ans, il se lance dans une car­rière lit­té­raire, en­cou­ra­gé par le maître du ro­man arabe mo­derne Na­guib Mah­fouz, qui le prend sous son aile.

Pa­ral­lè­le­ment, il pour­suit une car­rière de jour­na­lisme. Re­por­ter de guerre, il couvre la guerre is­raé­loa­rabe de 1973 de­puis le front. En 1993, il prend la tête de la nais­sante re­vue lit­té­raire Akh­bar al-Adab, qui, sous sa di­rec­tion jus­qu'en 2011, de­vien­dra l'une des plus pres­ti­gieuses du pays.

Nom­mé en 1987 che­va­lier de l'Ordre des Arts et des Lettres par la France, Ga­mal al-Ghi­ta­ni est l'au­teur d'une oeuvre pro­li­fique, tra­duite en plu­sieurs langues, no­tam­ment en fran­çais, an­glais et al­le­mand. En 2015, il est lau­réat du prix du Nil pour la lit­té­ra­ture, la plus im­por­tante ré­com­pense lit­té­raire dé­cer­née par le gou­ver­ne­ment égyp­tien. Em­pri­son­né du­rant quelques mois sous le pré­sident Ga­mal Ab­del Nas­ser, il écri­ra par la suite son ro­man le plus cé­lèbre, "Zay­ni Ba­ra­kat", une cri­tique vi­ru­lente de l'au­to­ri­ta­risme. Une autre de ses oeuvres, "Le livre des illu­mi­na­tions", est dé­crite comme une "au­to­bio­gra­phie poi­gnante", un "conte po­ly­pho­nique ex­plo­rant les méandres de l'âme égyp­tienne" par la mai­son d'édi­tion fran­çaise du Seuil.

Op­po­sant fa­rouche aux mou­ve­ments is­la­mistes, Ga­mal al-Ghi­ta­ni n'a ja­mais ca­ché son sou­tien à l'ar­mée, qui joue de­puis des dé­cen­nies un rôle-clé dans la vie po­li­tique du pays. Dans un com­mu­ni­qué, le Pre­mier mi­nistre Ché­rif Is­maïl a sa­lué "son style lit­té­raire unique", sou­li­gnant que l'écri­vain avait contri­bué à "faire re­vivre les his­toires du pa­tri­moine arabe".

Son ro­man clas­sique "Zay­ni Ba­ra­kat" est une cri­tique cin­glante du to­ta­li­ta­risme à l'époque ma­me­louke. Il est le pion­nier d'un style "qui était une sorte de réa­lisme ma­gique, mais une sorte in­ten­sé­ment égyp­tienne, avec des ra­cines à la fois dans l'his­toire de la lit­té­ra­ture arabe, mais aus­si des do­maines tels que le sou­fisme et la ma­gie, et il a réus­si à com­bi­ner ceux-ci d'une ma­nière très convain­cante", a dé­cla­ré Hum­phrey Da­vies, qui a tra­duit «Les Textes des Py­ra­mides" et "Les Dia­logues de Mah­fouz," une sé­rie de conver­sa­tions avec le No­bel de la lit­té­ra­ture.

Ga­mal al-Ghi­ta­ni est sur­tout l'au­teur d'une oeuvre pro­li­fique qui ex­plore, avec cha­leur et hu­mour, les méandres de l'âme égyp­tienne prise entre la ri­chesse de son pas­sé et les agres­sions de la mo­der­ni­té. Plu­sieurs oeuvres mar­quantes sont à mettre à l’ac­tif de Ghi­ta­ny : son pre­mier ro­man Zay­ni Ba­ra­kat qui, bien que si­tué dans l'Égypte ma­me­louke du dé­but du XVIe siècle, est une dé­non­cia­tion uni­ver­selle de l'op­pres­sion et de la ty­ran­nie ; Le Livre des Illu­mi­na­tions, son chef-d'oeuvre où il re­court à la mys­tique pour dé­cor­ti­quer un évé­ne­ment per­son­nel tra­gique, la mort de son père, alors que lui-même se trouve ab­sent pour cause de voyage à l'étran­ger ; ain­si que d’autres ro­mans tels: "La mys­té­rieuse af­faire de l'im­passe Zaa­fa­râ­ni", "Py­ra­mides" ou "Épître des des­ti­nées". Le point com­mun de toutes ces oeuvres est qu’elles sol­li­citent toutes, à un de­gré ou à un autre, le pa­tri­moine nar­ra­tif arabe.

«La cul­ture, comme nous l'avons vu, ne por­tait pas sur les mou­ve­ments d'in­tel­lec­tuels et les ac­ti­vi­tés des or­ganes du mi­nis­tère de la Cul­ture, mais sur la so­cié­té en gé­né­ral. Nous avons été en me­sure de pu­blier ce qu'au­cun des jour­naux ap­par­te­nant à l'Etat n'a pu le faire, " avait dé­cla­ré alG­hi­ta­ni dans une in­ter­view vi­déo en 2012.

Il était un cri­tique vi­ru­lent des Frères mu­sul­mans et a sou­te­nu l'évic­tion du pré­sident is­la­miste Mo­ha­med Mor­si en 2013.

La pré­si­dence de l'Égypte a fait des dé­cla­ra­tions louant al-Ghi­ta­ni après sa mort, le qua­li­fiant de "sym­bole d'écri­vains arabes qui mo­bi­lisent leurs plumes pour le ser­vice de leur pa­trie et de leur peuple."

"Nous pleu­rons le pion­nier des pion­niers du ro­man arabe, la garde des gar­diens de la cul­ture na­tio­na­liste, un guer­rier dans le do­maine de la lit­té­ra­ture de guerre, un cor­res­pon­dant et un sol­dat sur le front bran­dis­sant sa plume comme une arme, et l'un des pre­miers cor­res­pon­dants mi­li­taires, "a ci­té un com­mu­ni­qué des forces ar­mées.

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