Nau­kra­tis, ci­té an­tique re­dé­cou­verte dans le del­ta du Nil

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L'im­por­tance de Nau­kra­tis, co­lo­nie por­tuaire grecque fon­dée au VIIe siècle avant Jé­sus- Ch­rist, n'était guère do­cu­men­tée que par des écrits de l'his­to­rien an­tique Hé­ro­dote: c'est d'ailleurs lar­ge­ment grâce à ces textes vieux de 2500 ans que la ci­té a pu être re­trou­vée par une équipe de cher­cheurs du Bri­tish Mu­seum.

De­puis 1884 et la dé­cou­verte d'une pe­tite par­tie de la ville par un égyp­to­logue bri­tan­nique, ce site dans le del­ta du Nil, à 70 km au sud-est d'Alexan­drie, fait l'ob­jet d'un in­té­rêt crois­sant. La plu­part des spé­cia­listes pen­saient jus­qu'à au­jourd'hui qu'il s'agis­sait d'une ci­té de faible im­por­tance. Mais sur place, les cher­cheurs ont mis au jour plus de 10.000 ob­jets, dont des mor­ceaux de na­vires grecs qui té­moignent de l'im­por­tance de ce port pour le ré­seau com­mer­cial de l'époque.

C'est une sorte de "Man­hat­tan cos­mo­po­lite avec de hautes mai­sons de briques crues" qu'évoque Ross Tho­mas, cu­ra­teur au Bri­tish Mu­seum pour dé­crire Nau­cra­tis, ci­té an­tique dont on avait per­du la trace de­puis la fin du 19e siècle. "En réa­li­té, cette ci­té se si­tue dans le del­ta du Nil, sur la branche du ca­no­pique, à 72 ki­lo­mètres au sud-est d'Alexan­drie", ex­plique la jour­na­liste et égyp­to­logue Flo­rence Quen­tin.

On avait com­plè­te­ment per­du sa trace, elle a été re­dé­cou­verte en 1884 par un égyp­to­logue bri­tan­nique, Flin­ders Pe­trie. Mais on n'avait dé­cou­vert qu'une seule par­tie de cette grande ci­té qu'on pen­sait beau­coup plus mo­deste que ce que le Bri­tish Mu­seum tend à nous prou­ver au­jourd'hui puis­qu'il sem­ble­rait qu'avec 10.000 pièces d'époque dé­cou­vertes, ce se­rait l'une des villes com­mer­çantes les plus im­por­tantes du monde an­tique en mé­di­ter­ra­née." La sur­face à fouiller, de 30 hec­tares es­ti­més au dé­part, se­rait en réa­li­té du double, et les son­dages des scien­ti­fiques du Bri­tish Mu­seum se­raient très pro­met­teurs, d'après Flo­rence Quen­tin.

"Maî­tresse des na­vires"

10.000 ob­jets qui ré­vèlent une ville cos­mo­po­lite, d'une ex­tra­or­di­naire ri­chesse. Avec quelques sur­prises, à l'ins­tar de la dé­cou­verte de mor­ceaux de bois de na­vire, qui ten­draient à prou­ver que cette branche du ca­no­pique était na­vi­gable, contrai­re­ment à ce que les his­to­riens pen­saient jus- qu'à pré­sent. "On pen­sait avant que les com­mer­çants ac­cos­taient sur les ports en Mé­di­ter­ra­née et qu'on ame­nait par barges les ob­jets de né­goce jus­qu'à Nau­cra­tis, on sait au­jourd'hui que cer­tai­ne­ment on pou­vait al­ler en ba­teau jus­qu'à Nau­cra­tis," ra­conte Flo­rence Quen­tin. Après tout, Nau­cra­tis si­gni­fie bien "la maî­tresse des na­vires".

Ville cos­mo­po­lite et ou­verte

La ma­jo­ri­té de la ville était consti­tuée de mai­sons de trois à six ét- ages. Il faut ima­gi­ner un genre de Man­hat­tan fait de hautes mai­sons en brick de terre et de grands temples grecs cô­toyant des temples égyp­tiens, ce qui est le signe d'une so­cié­té ou­verte, avec un syn­cré­tisme re­li­gieux tout à fait in­té­res­sant digne d'une po­pu­la­tion nom­breuse et cos­mo­po­lite .

Autre dé­cou­verte ex­cep­tion­nelle, qui lève le voile sur un pan de la vie des femmes de cette ville. "On a des ins­crip­tions qu'on ne connais­sait pas qui nous montrent que cer­taines d'entre elles étaient des né­go­ciantes." Or "pour les Grecs, les femmes étaient d'éter­nelles mi­neures, et les femmes grecques en Egypte avaient presque un sta­tut équi­valent aux femmes égyp­tiennes, qui étaient consi­dé­rées comme les égales des hommes."

Nau­cra­tis était un lieu d'échange stra­té­gique. C'est là que les Grecs ache­taient du blé, du pa­py­rus et du lin à l'Egypte. C'est aus­si là qu'ils ven­daient de la cé­ra­mique, du vin, de l'huile et de l'ar­gent. Du­rant la pé­riode saïte (-664 à -525 en Egypte an­tique), c’était même le plus vaste port égyp­tien libre d’ac­cès aux étran­gers. Mais la ville était sous le contrôle di­rect du pha­raon qui sur­veillait ain­si tout les échanges entre le monde grec et l'Egypte.

Le dé­clin de Nau­cra­tis com­men­ça peu après la fon­da­tion d'Alexan­drie en -331. A cette époque, la ville re­çut d’Alexandre le Grand le sta­tut de ci­té grecque. Vers 330-610 après Jé­sus-Ch­rist, à la suite de plu­sieurs tsu­na­mis, elle dis­pa­rut com­plè­te­ment.

Carte du Del­ta

Nau­kra­tis, porte pour les biens grecs et égyp­tiens

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