Un troi­sième front contre l'Etat is­la­mique en Li­bye?

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Après l'Irak et la Sy­rie, les pays membres de la coa­li­tion contre l'EI réunis à Rome évoquent une pos­sible fu­ture in­ter­ven­tion en Li­bye, où pros­père le groupe ji­ha­diste.

L'Egypte a tou­te­fois émis des ré­serves concer­nant les plans de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale pour une in­ter­ven­tion mi­li­taire en Li­bye, se­lon ce qu'a af­fir­mé le mi­nistre des Af­faires étran­gères, Sa­meh Chou­kry lun­di, ajou­tant que "telle est la mis­sion de l'ar­mée libyenne et des peuples".

Dans une confé­rence de presse avec son ho­mo­logue tchèque, Lu­bo­mir Zao­ra­lek au Caire, Chou­kry a dé­cla­ré: «L'éra­di­ca­tion de la ter­reur en Li­bye est la mis­sion de l'ar­mée libyenne na­tio­nale et le gou­ver­ne­ment d'uni­té na­tio­nale qui prend les dé­ci­sions re­la­tives au ren­for­ce­ment de ses capacités."

Chou­kry a sug­gé­ré que la Li­bye ren­force ses capacités mi­li­taires en co­opé­ra­tion avec les pays voi­sins. "Ab­so­lu­ment, ce­la est une ques­tion libyenne qui est me­née en co­opé­ra­tion avec la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale", a ré­ité­ré Chou­kry.

"Je sup­pose que la ques­tion la plus im­por­tante est la for­ma­tion du gou­ver­ne­ment li­byen afin de prendre les dé­ci­sions ap­pro­priées en confor­mi­té avec les in­té­rêts des Li­byens eux­mêmes."

Dans ce contexte, le mi­nistre des Af­faires étran­gères Sa­meh Chou­kry a ren­con­tré, en marge de la réunion mi­nis­té­rielle de la coa­li­tion contre Daech te­nue à Rome, ses ho­mo­logues de la Jor­da­nie, l'Aus­tra­lie, la Nor­vège, l'Al­le­magne, la France et l'Ita­lie.

Le porte-pa­role du mi­nis­tère des Af­faires étran­gères Ah­med Abou Zeid a dé­cla­ré que les réunions ont por­té sur les dé­ve­lop­pe­ments ré­gio­naux en Li­bye, en Sy­rie, en Pa­les­tine et au Yé­men, ain­si que sur l'éva­lua­tion des ef- forts de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale dans la lutte contre le ter­ro­risme et les ef­forts de la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale contre Daech. Chou­kry a dé­crit les ef­forts me­nés par l'Egypte dans le cadre des groupes oeu­vrant pour la lutte contre l'idéo­lo­gie ex­tré­miste, le mou­ve­ment de com­bat­tants étran­gers et le fi­nan­ce­ment du ter­ro­risme. Il a éga­le­ment dis­cu­té de la si­tua­tion sé­cu­ri­taire et po­li­tique en Li­bye, ses ré­per­cus­sions ré­gio­nales et in­ter­na­tio­nales, et les ef­forts pour for­mer un gou­ver­ne­ment de ré­con­ci­lia­tion na­tio­nale libyenne.

D'ailleurs, les pays étran­gers l'af­firment: il n'y au­ra pas d'in­ter­ven­tion sans ac­cord po­li­tique en Li­bye, et donc sans la mise en place d'un gou­ver­ne­ment d'union na­tio­nale, qui fe­rait en­suite une de­mande d'aide.

En at­ten­dant, les ca­pi­tales éva­luent les op­tions, qui peuvent al­ler d'une cam­pagne de frappes aé­riennes en sou­tien aux forces li­byennes comme en Irak, au dé­ploie­ment d'une force ter­restre. Mais cette der­nière semble peu pro­bable. Une in­ter­ven­tion res­sem­ble­rait à celle en Sy­rie: des frappes, des drones et quelques forces spé­ciales sur le ter­rain.

Les Etats-Unis ont en­voyé ces der­niers mois des ex­perts pour éva­luer la si­tua­tion, et nouer le con­tact avec les forces lo­cales. Il s'agit no­tam­ment de s'as­su­rer du sou­tien des nom­breuses mi­lices qui se par­tagent le contrôle du ter­ri­toire. Le gou­ver­ne­ment re­con­nu, ins­tal­lé à al-Bay­da (est) sol­li­cite, en plus des raids aé­riens, la le­vée ra­pide et sans re­tar­der de l'em­bar­go sur les armes, im­po­sé par l'ONU de­puis 2011.

Les forces loyales à ces au­to­ri­tés, qui se pré­sentent comme l'ar­mée na­tio­nale libyenne (ANL), af­firment être en me­sure de ren­sei­gner les forces ex­té­rieures sur les po­si­tions de Daech, un facteur dé­ter­mi­nant pour évi­ter des vic­times par­mi les ci­vils.

Le sou­tien des au­to­ri­tés non re­con­nues in­ter­na­tio­na­le­ment, ap­puyées par Fa­jr Li­bya, une coa­li­tion de mi­lices dont cer­taines is­la­mistes, semble très in­cer­tain, sur­tout si l'ac­cord po­li­tique par­rai­né par l'ONU échoue.

Se­lon les ex­perts, les frappes étran­gères se concen­tre­raient d'abord sur la ville cô­tière de Syrte et ses alen­tours, la prin­ci­pale zone contrô­lée par Daech. Elles vi­se­raient aus­si Der­na, à 1.100 km à l'est de Tripoli, où les com­bat­tants de Daech sont po­si­tion­nés à la pé­ri­phé­rie de la ville dont ils ont été chas­sés en juillet par des forces lo­cales.

Les Etats-Unis semblent dé­ci­dés à par­ti­ci­per mais sans for­cé­ment prendre la tête d'une éven­tuelle opé­ra­tion comme ils le font en Irak et en Sy­rie.

Les res­pon­sables amé­ri­cains lorgnent du cô­té de l'Ita­lie, l'an­cienne puis­sance co­lo­niale, qui semble être prête, sous condi­tions, à di­ri­ger une opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale, avec pro­ba­ble­ment l'im­pli­ca­tion de la France et du Royaume-Uni et peut être de pays arabes.

Comme en Irak et en Sy­rie, le bien­fon­dé d'une in­ter­ven­tion fait dé­bat.

Eta­blis­sant un pa­ral­lèle avec la Sy­rie, on ne pense pas qu'une in­ter­ven­tion puisse chan­ger réel­le­ment la donne, sans la pré­sence de so­lides par­te­naires au sol. Elle pour­rait avoir un im­pact po­si­tif en li­mi­tant l'ex­pan­sion de Daech, en épui­sant ses res­sources et en ren­dant plus dif­fi­ciles ses ten­ta­tives d'in­cur­sion ou de des­truc­tion des ins­tal­la­tions pé­tro­lières à l'est de Syrte.

A no­ter qu'une opé­ra­tion à grande échelle se­rait sus­cep­tible de creu­ser les divisions po­li­tiques exis­tantes. C'est pour ce­la qu'il est im­por­tant d'ob­te­nir le sou­tien des Li­byens des dif­fé­rentes par­ties.

L’im­plan­ta­tion crois­sante de l’Etat is­la­mique (EI) en Li­bye, no­tam­ment au­tour de la ville de Syrte, à 450 ki­lo­mètres à l’est de Tripoli, in­quiète de plus en plus les pays oc­ci­den­taux. Réunis à Rome pour faire le point de la si­tua­tion en Irak et en Sy­rie, les 23 pays de la coa­li­tion contre l’EI ont évo­qué aus­si de pos­sibles fu­tures opé­ra­tions sur ce nou­veau ter­rain même si à en croire le mi­nistre fran­çais des Af­faires étran­gères, Laurent Fa­bius, «il n’est pas ques­tion que nous in­ter­ve­nions en Li­bye». En fait, la condi­tion préa­lable reste la for­ma­tion en Li­bye d’un gou­ver­ne­ment lé­gi­time d’union na­tio­nale ac­cep­té aus­si bien par le pou­voir de To­brouk que par ce­lui de Tripoli à même de de­man­der for­mel­le­ment une telle in­ter­ven­tion et de lui don­ner ain­si un cadre lé­gal. Il y a ur­gence car le pé­ril ji­ha­diste se pré­cise et de nou­veaux vo­lon­taires ar­rivent, y com­pris des pays oc­ci­den­taux, pour ren­for­cer les quelque 3 000 à 5 000 com­bat­tants de l’EI dé­jà pré­sents.

«Ils sont là sur près de 300 ki­lo­mètres de côtes et ils se ré­pandent. Ils sont à 350 ki­lo­mètres à peine de l’ile ita­lienne de Lam­pe­du­sa et lorsque le beau temps va ar­ri­ver il y a des risques réels de pas­sages de com­bat­tants», re­le­vait le mi­nistre fran­çais de la Dé­fense, Jean-Yves Le Drian. Le chaos li­byen, avec deux Par­le­ments, deux gou­ver­ne­ments et les mi­lices fai­sant ré­gner leur loi un peu par­tout dans le pays est un ter­reau fer­tile pour le mou­ve­ment ji­ha­diste.

L'EI avait ten­té dans un pre­mier temps de s’im­plan­ter à l’est, dans la ré­gion de Der­na, long­temps fief is- la­miste, avant d’en être chas­sé en juillet par les troupes du gé­né­ral Haf­tar proche du pou­voir de To­brouk. L'or­ga­ni­sa­tion a alors a je­té son dé­vo­lu sur la ville de Syrte, le der­nier bas­tion de la ré­sis­tance kadha­fiste, où les tri­bus sont avides de re­vanche aus­si bien sur les Oc­ci­den­taux que sur les mi­lices voi­sines, no­tam­ment celle de Mis­ra­ta, qui eurent un rôle clé dans l’in­sur­rec­tion de 2011. C’est un em­pla­ce­ment stra­té­gique car il me­nace les prin­ci­pales zones pé­tro­lières du pays et il contrôle une bonne por­tion de lit­to­ral. La crainte d’une «grande So­ma­lie au bord de la Mé­di­ter­ra­née» avan­cée par Rome in­quiète d’un ef­fon­dre­ment du ré­gime au mo­ment où l’Otan se dé­ci­dait à in­ter­ve­nir est en train de de­ve­nir réa­li­té. «Nous ne lais­se­rons pas la si­tua­tion se dé­gra­der comme en Sy­rie ou en Irak», as­su­rait dé­jà fin jan­vier Ash­ton Car­ter, le se­cré­taire d’Etat amé­ri­cain à la Dé­fense. Mais s’ils semblent dé­ci­dés à pous­ser pour un «troi­sième front» contre l’Etat is­la­mique, les Amé­ri­cains veulent cette fois res­ter en re­trait même si des hommes de leurs forces spé­ciales sont dé­jà en re­con­nais­sance sur le ter­rain. Il en est de même pour les Fran­çais et les Bri­tan­niques. Une fu­ture in­ter­ven­tion se­rait pro­ba­ble­ment avant tout aé­rienne, voire avec des drones, mais il de­vrait y avoir aus­si en ap­pui des com­man­dos au sol y com­pris pour ai­der les forces li­byennes. Les Ita­liens, l’an­cienne puis­sance co­lo­niale, comptent bien en re­vanche jouer un rôle clé en co­or­don­nant voire en as­su­rant le com­man­de­ment d’une opé­ra­tion en Li­bye, pays stra­té­gique au car­re­four du Magh­reb et du Sa­hel qui, en de­ve­nant un fief de l’EI, dé­sta­bi­lise en­core un peu plus une ré­gion dé­jà hau­te­ment ex­plo­sive.

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