Un nou­veau port de classe mon­diale

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Ra­fik Ba­ra­cat

Le ca­nal de l'Est de Port-Saïd a été inau­gu­ré of­fi­ciel­le­ment mer­cre­di. Ce ca­nal s'étend de l'en­trée nord du ca­nal de Suez à la mer Mé­di­ter­ra­née sur 9,5 km et une pro­fon­deur de 18,5 mètres après le dra­gage de près de 12,5 mil­lions de mètres cubes de sol à un coût 37 mil­lions de $.

Le nou­veau ca­nal a pour but de fa­ci­li­ter le pas­sage des na­vires qui ar­rivent à des­ti­na­tion et à par­tir du port Est de Port-Saïd sans en­tra­ver les convois du ca­nal de Suez.

En outre, le ca­nal est des­ti­né à per­mettre aux pe­tits na­vires en Mé­di­ter­ra­née un ac­cès 24 heures sur 24 au port au lieu de l'ac­cès de huit heures au­pa­ra­vant.

Ra­pi­di­té

Pour les ba­teaux à va­peur de la fin du 19e siècle, le port avait la ré­pu­ta­tion d'être le plus ra­pide pour le ra­vi­taille­ment du monde. Port-Saïd, avec ses mil­liers de tra­vailleurs égyp­tiens su­pé­rieurs ro­bustes "grouillant comme des four­mis" sur des pas­se­relles avec le bas­cu­le­ment du char­bon dans les bun­kers, le res­pon­sable bri­tan­nique de longue date Rus­sell Pa­cha a écrit dans ses mé­moires.

Qu'est-il ar­ri­vé qui ait cau­sé la chute de la pro­duc­ti­vi­té? Lors de l'ou­ver­ture du pre­mier bar­rage d'As­souan en 1902, les ca­naux d'eau ayant contri­bué à l'ir­ri­ga­tion ont per­mis au pa­ra­site du foie qui a cau­sé la bil­har­ziose de se ré­pandre dans la Haute-Egypte. En quelques an­nées, la pro­duc­ti­vi­té du tra­vail a chu­té de près de moi­tié.

Comme il se met une fois de plus dans un port de classe mon­diale, Port-Saïd a tout le po­ten­tiel pour le suc­cès - à condi­tion qu'il na­vigue ha­bi­le­ment.

Mer­cre­di, le Pre­mier mi­nistre égyp­tien avait inau­gu­ré un ca­nal clé de 8,5 km de large en Mé­di­ter­ra­née qui mène au grand nou­veau com­plexe de l'Est de Port-Saïd, sur le ca­nal de Suez près du vieux port. Le nou­veau port est en cours de construc­tion pour ex­ploi­ter la grande quan­ti­té de com­merce mon­dial qui passe par le ca­nal de Suez, un pro­jet qui est une tache lu­mi­neuse ma­jeure dans une éco­no­mie par ailleurs en proie à une ca­tas­trophe après ca­tas­trophe.

Jus­qu'à pré­sent, les na­vires qui veulent en­trer ou sor­tir du nou­veau port par mer ont dû uti­li­ser le même ca­nal uti­li­sé par les na­vires tran­si­tant par le ca­nal de Suez, ce qui si­gni­fie qu'ils ne pou­vaient pas en­trer ni sor­tir du port en convois de na­vires tran­si­tant. La fe­nêtre d'op­por­tu­ni­té pour l'ac­cès au port était seule­ment six à huit heures par jour - ce qui le rend beau­coup moins at­trayant pour les na­vires qui veulent char­ger ou dé­char­ger des mar­chan­dises ou uti­li­ser d'autres ser­vices.

La construc­tion du ca­nal, qui a pris trois mois et a coû­té en­vi­ron 40 mil­lions de $, a im­pli­qué le dra­gage jus­qu'à 18 mètres. L'Egypte a éco­no­mi­sé de l'ar­gent en uti­li­sant des équi­pe­ments dé­jà à por­tée de main du pro­jet d'ex­pan­sion du ca­nal de Suez inau­gu­ré par le pré­sident Ab­del Fat­tah al-Sis­si en août 2015.

Ur­gence

Il y a une cer­taine ur­gence pour l'Est de Port-Saïd à mettre en place ra­pide- ment un centre de tran­sit ré­gio­nal. La concur­rence entre les ri­vaux de l'Egypte dans la Mé­di­ter­ra­née orien­tale se chauffe, avec des ex­pan­sions ma­jeures por­tuaires éga­le­ment en cours à Iz­mir en Tur­quie, la Pi­rée en Grèce et Haï­fa en Israël. En outre, l'avan­tage d'être as­sis di­rec­te­ment sur le ca­nal de Suez a été ré­duite par la chute ré­cente des prix du car­bu­rant - un long dé­tour à un autre port ne coûte pas à un na­vire au­tant qu'il y a deux ans.

L'Est de Port-Saïd ne fonc­tion­ne­ra que s'il est connec­té à l'autre cô­té du ca­nal. Les ca­mions qui cherchent à ob­te­nir leurs conte­neurs du port sur le ca­nal sont main­te­nant obli­gés de faire la queue pen­dant quatre ou cinq jours à bord des fer­ries.

Le tra­fic de conte­neurs au ter­mi­nal du ca­nal de Suez de l'Est de PortSaïd fonc­tionne à en­vi­ron 60 pour cent de la ca­pa­ci­té, prin­ci­pa­le­ment parce que les na­vires cherchent d'autres ports à l'in­té­rieur et en de­hors de l'Egypte pour char­ger et dé­char­ger, ex­plique le ges­tion­naire du ter­mi­nal Jan Bui­jze. Les mar­chan­dises ré­fri­gé­rées ont su­bi le pire, car elles ne peuvent pas to­lé­rer l'at­tente.

Il y a quatre mois, le gou­ver­ne­ment a com­men­cé la construc­tion de trois tun­nels de 19,5 km sous le Ca­nal de Suez au sud de Port-Saïd, deux pour les vé­hi­cules et le troi­sième pour les trains. Les tun­nels sont au coût de 10 mil­liards de livres égyp­tiennes et de­vraient s'ou­vrir en 18 mois.

Le gou­ver­ne­ment, en at­ten­dant, a l'in­ten­tion d'éri­ger un pont flot­tant qui puisse s'ou­vrir pour per­mettre le pas­sage de convois en tran­sit dans le ca­nal. Ce­la si­gni­fie qu'il se­ra dis­po­nible pour les vé­hi­cules de sur­face seule­ment quelques heures chaque jour. Le pont de­vrait être sur place dans un mois.

L'autre pro­blème est le ta­rif sup­plé­men­taire de 8 pour cent que les na­vires en­trant dans le ca­nal la­té­ral doivent payer au-de­là de l'or­di­naire dans le ca­nal de Suez. Le supplément peut sem­bler une fa­çon in­tel­li­gente de ga­gner des dol­lars sup­plé­men­taires pour un gou­ver­ne­ment souf­frant d'une crise de change, mais il risque de chas­ser les clients po­ten­tiels au mo­ment où le port tente de se mettre en place.

À l'heure ac­tuelle, la voie ex­ploi­tée par les APM Ter­mi­nals des Pays-Bas, est le seul opé­ra­teur à l'Est de PortSaïd, mais le gou­ver­ne­ment égyp­tien, di­ri­gé par l'ar­mée, doit construire plu­sieurs autres ter­mi­naux à cô­té d'elle. Der­rière le port lui-même, le gou­ver­ne­ment pré­voit une ville in­dus­trielle géante et le dé­ve­lop­pe­ment du lo­ge­ment.

Une fois que les dif­fé­rents pro­blèmes se­ront ré­so­lus, le port se­ra si­tué plu­tôt dans l'un des meilleurs en­droits dans le monde en­tier. Mis à part l'em­pla­ce­ment, l'un de ses grands avan­tages est qu'il a beau­coup d'es­pace pour l'ex­pan­sion, non seule­ment pour ses ports, mais aus­si pour sou­te­nir les in­fra­struc­tures et l'in­dus­trie.

Par ailleurs, la so­cié­té Sin­ga­pou­rienne Hy­flux, Mit­su­bi­shi Ma­to­to et Toyo­ta Tsu­sho ont com­men­cé à ef­fec­tuer des études de fai­sa­bi­li­té pour la mise en place de cen­trales élec­triques et les sta­tions de des­sa­le­ment de l'eau de l'Est de Port-Saïd après avoir si­gné des mé­mo­ran­dums d'en­tente avec la zone éco­no­mique du ca­nal de Suez.

Lan­ce­ment du ca­nal de l'Est de Port-Saïd avec le pas­sage de deux grands na­vires

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