En­jeux et cartes de pres­sions

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Ab­del Mas­sih Fel­li

Quelques jours après l’an­nonce par le pré­sident russe Vla­di­mir Pou­tine, à la sur­prise gé­né­rale, d’un ra­pa­trie­ment du gros de ses forces de Sy­rie, les Etats-Unis ont af­fir­mé que le re­trait res­tait pour l'ins­tant «très li­mi­té». Un porte-pa­role mi­li­taire amé­ri­cain ba­sé à Bag­dad a es­ti­mé que seule­ment «huit à dix avions de com­bat russes ont re­ga­gné la Rus­sie». Le co­lo­nel Steve War­ren a aus­si fait état de «quelques in­di­ca­tions» que des «pe­tites» uni­tés ter­restres russes sont en train de «faire leurs ba­gages». Se­lon le co­lo­nel Steve War­ren, «la ca­pa­ci­té de com­bat des forces russes au sol reste sta­tique, alors que leur ca­pa­ci­té aé­rienne a été lé­gè­re­ment ré­duite». Ces pré­ci­sions amé­ri­caines in­ter­viennent alors que l’avia­tion russe est en­trée en ac­tion à plu­sieurs re­prises sur divers fronts pour sou­te­nir l’ar­mée sy­rienne contre le groupe Etat is­la­mique.

Après l’an­nonce du Krem­lin d’un ac­cord entre le pré­sident Pou­tine et son ho­mo­logue sy­rien sur les mo­da­li­tés de ce re­trait, le ré­gime a af­fir­mé dans la soi­rée que la Rus­sie conti­nue­ra à le sou­te­nir dans sa lutte contre le "ter­ro­risme". Da­mas a fait cette dé­cla­ra­tion alors que Mos­cou, par le biais de son am­bas­sa­deur à l’Onu, a in­sis­té sur le fait qu’il était dé­sor­mais pas­sé en "mode po­li­tique, en mode de ces­sa­tion des hos­ti­li­tés", et que la di­plo­ma­tie russe avait re­çu l’ordre "d’in­ten­si­fier ses ef­forts pour abou­tir à un rè­gle­ment po­li­tique en Sy­rie".

Qu’est-ce qui mo­tive alors la dé­ci­sion de Pou­tine de re­ti­rer les forces russes? La pre­mière in­ter­ro­ga­tion peut concer­ner la réa­li­té de ce re­trait dans le sens où le Krem­lin a pré­ci­sé que "la par­tie russe conser­ve­ra sur le ter­ri­toire sy­rien un site de main­te­nance de vols", sû­re­ment la base aé­rienne de Hmeï­mim, dans la pro­vince de Lat­ta­quié. Ce­la de­vrait lui per­mettre de conti­nuer de bom­bar­der l’op­po­si­tion ar­mée à Al-As­sad, sous pré­texte de lutte contre le ter­ro­risme. Avec cette dé­cla­ra­tion, Pou­tine réa­lise en fait un triple coup : Un : c’est un moyen d’évi­ter l’en­li­se­ment alors que l’opé­ra­tion sy­rienne a un prix exor­bi­tant pour une éco­no­mie russe as­phyxiée par les sanc­tions in­ter­na­tio­nales et la baisse des prix du pé­trole. Deux : c’est un gage de bonne vo­lon­té adres­sé aux Oc­ci­den­taux à la veille des né­go­cia­tions sy­riennes. Mos­cou veut mon­trer qu’il n’est pas in­flexible et en­vi­sage peut-être de co­opé­rer avec les Oc­ci­den­taux pour pré­pa­rer la re­prise des ter­ri­toires de l’Est sy­rien, sous le joug de l’EI. Trois : c’est en­fin un moyen de mettre le pré­sident As­sad sous pres­sion, en lui mon­trant que les Russes ne lui sont pas dé­fi­ni­ti­ve­ment ac­quis. Les Russes ne semblent pas fa­vo­rables, contrai­re­ment au pré­sident sy­rien, à une opé­ra­tion vi­sant à re­con­qué­rir l’Est sy­rien. Cer­taines ru­meurs font éga­le­ment écho d’un cer­tain aga­ce­ment des Russes vis-à-vis du manque de co­opé­ra­tion d’AlAs­sad.

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