L'Egypte sur la carte mon­diale du ci­né­ma

Quelque 130000 per­sonnes ont par­ti­ci­pé jus­qu'à ce di­manche au 69e Fes­ti­val de Cannes. La ville de Cannes a vu sa po­pu­la­tion pas­ser de 74000 à 200000 âmes lors de son Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal du film. Jour­na­listes, pro­fes­sion­nels du ci­né­ma, ci­né­philes ou sim

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية -

Nul doute qu'il y a un grand re­tour du film égyp­tien sur la carte du ci­né­ma mon­dial. Ceci fut dé­mon­tré lors du 69e Fes­ti­val de Cannes.

Au cours des cinq der­nières an­nées, de nom­breux films ont dé­peint les dif­fé­rents di­lemmes aux­quels sont confron­tés la so­cié­té égyp­tienne car elle est pas­sée à tra­vers de vastes chan­ge­ments po­li­tiques, en par­ti­cu­lier après la ré­vo­lu­tion du 25 jan­vier. Ce­pen­dant, peu de films ont abor­dé les ma­ni­fes­ta­tions du 30 juin, qui ont conduit à l'évic­tion de Mo­ha­med Mor­si is­su des Frères mu­sul­mans.

Té­moi­gner les émeutes qui ont sui­vi l'évic­tion de Mor­si aux yeux d'un groupe pro-Frères, des par­ti­sans de la ré­vo­lu­tion du 30 juin, et d'un jour­na­liste qui vou­lait juste une cou­ver­ture en di­rect des ma­ni­fes­ta­tions, tous en­fer­més en­semble dans un four­gon de po­lice, est le choc des pers­pec­tives qui com­pose le der­nier film de l'écri­vain Mo­ham­med Diab, "Ech­te­bak" (clash) qui a fait l'ob­jet d'une grande ova­tion du pu­blic can­nois.

Ech­te­bak a ou­vert 'Un Cer­tain Re­gard', une sec­tion de la sé­lec­tion of­fi­cielle du fes­ti­val, au pres­ti­gieux Fes­ti­val de Cannes cette an­née. Après la pro­jec­tion, le film a sus­ci­té une gamme im­pres­sion­nante de ré­ac­tions des points de vente in­ter­na­tio­naux, des jour­naux et des ma­ga­zines comme le "tant at­ten­du sui­vi [Caire 678]" - un autre film dans le­quel Diab aborde le har­cè­le­ment sexuel, l'une des ques­tions les plus pro­blé­ma­tiques aux­quelles fait face la so­cié­té égyp­tienne.

Vivre (ou mou­rir) en­semble

Eté 2013. Deux ans après la ré­vo­lu­tion qui a se­coué les fon­da­tions les plus so­lides de l’Egypte, la rue gronde tou­jours et les ma­ni­fes­tants de tous bords battent le pa­vé. La des­ti­tu­tion de Mor­si pré­ci­pite en ef­fet la na­tion dans une confron­ta­tion car­nas­sière et vio­lente. Pour prendre le pouls de ce mo­ment de tan­gage gé­né­ral, Mo­ha­med Diab a choi­si l’op­tion du huis clos, qu’il ar­ti­cule ici dans un four­gon de po­lice où le spec­ta­teur se­ra geô­lier mal­gré lui pen­dant toute la du­rée du ré­cit.

De­dans : deux jour­na­listes, des sym­pa­thi­sants des frères mu­sul­mans, des mo­dé­rés, un chré­tien… Soit un pa­nel so­cié­tal ex­plo­sif qui cris­tal­lise ran­coeurs, griefs et di­ver­gences en cas­cade. Sans sur­prise, la ten­sion s’ins­talle vite au sein des fron­tières mé­tal­liques du vé­hi­cule à l’in­té­rieur du­quel les in­di­vi­dus, faute de places dis­po­nibles dans les pé­ni­ten­ciers alen­tour, suf­foquent d’un même souffle. Si les ins­tants d’ac­cal­mie pâ­tissent d’une écri­ture un peu af­fec­tée, voire naïve dans son hon­nête vo­lon­té de ré­ani­mer les es­poirs dé­chus, Clash fonc­tionne mer­veilleu­se­ment dans l’ac­tion.

Sa­wah

En marge du fes­ti­val la pu­bli­ci­té a été faite pour un film sur le troi­sième plus grand groupe de no­mades en Eu­rope… le peuple Yé­niche qui n'est pas par­ti­cu­liè­re­ment connu du grand pu­blic. Le Di­rec­teur Adolf El As­sal, qui est né en Egypte et vit au Luxem­bourg main­te­nant, pour­rait chan­ger ce­la avec son pro­chain film, "Sa­wah".

Il ra­conte l'his­toire se­mi-au­to­bio­gra­phique d'un DJ égyp­tien pa­ci­fiste vé­gé­ta­rien qui quitte Alexan­drie dès le dé­but de la ré­vo­lu­tion égyp­tienne pour trou­ver gloire et for­tune en Eu­rope. Il perd son pas­se­port et se re­trouve coin­cé au Luxem­bourg, où les Yé­niches sont par­mi les nom­breuses per­sonnes qu'il bou­le­verse.

El As­sal est né à Alexan­drie lui-même, et a pas­sé sa vie d'en­fance à Du­baï et Ras Al Khai­mah de­vant ses pa­rents "par er­reur" ins­tal­lés au Luxem­bourg lors d'un voyage à tra­vers l'Eu­rope.

"Ils pensaient qu'il était à Bruxelles," dit El As­sal. "Ils n'avaient ja­mais en­ten­du par­ler du Luxem­bourg, mais ma mère ai­mait tel­le­ment que nous sommes juste res­tés là où c'est un en­droit su­per agréable, donc mes pa­rents, mé­de­cin et phar­ma­cien, ont tout don­né et com­men­cé une nou­velle vie là­bas," a-t-il in­di­qué.

Avec un tel par­cours aty­pique, il est sur­pre­nant de consta­ter que le der­nier film d'El As­sal, qui est sur le point d'en­trer en pro­duc­tion et dont la pu­bli­ci­té a été faite au Fes­ti­val de Cannes, est un peu hors de l'or­di­naire aus­si.

Le film est au su­jet d'un DJ égyp­tien qui a eu la pos­si­bi­li­té de jouer à Berlin," dit-il. "C'est la ca­pi­tale de tech­no du monde, et bien sûr il veut y al­ler, mais alors que son ar­rêt de bus était au Luxem­bourg, il est al­lé à la salle de bain, manque le bus et perd tous ses biens; donc il est com­plè­te­ment blo­qué.

"Il se fait at­tra­per par la po­lice des fron­tières qui sup­posent qu'il est un ré­fu­gié, et il com­mence à par­tir de là."

El As­sal ré­vèle que, lui aus­si, DJ dans cer­tains des plus grands clubs du Luxem­bourg avant qu'il ne soit as­sez vieux pour ce­la, s'est écrou­lé quand il se las­sa de la scène.

Il est clair qu'El As­sal, comme les Yé­niches, a une ex­pé­rience de dé­pla­ce­ment.

«Per­sonne ne sait où adap­ter ces no­mades, et je trouve ce­la tel­le­ment in- té­res­sant avec mon propre ar­rière-plan. L'un des prin­ci­paux pro­blèmes dans le film est l'iden­ti­té. Le per­son­nage prin­ci­pal est égyp­tien, mais il ne sait pas comment s'in­té­grer dans son propre pays. Per­sonne n'aime sa mu­sique, il joue dans les ma­riages bi­zarres et il a ce rêve d'at­teindre les étoiles et se coince au Luxem­bourg,» a-t-il dé­taillé.

Le film met­tra en ve­dette l'ac­teur égyp­tien Ah­med Al Fi­chawy et la lé­gende mu­si­cale Mo­ha­med Mou­nir (qu'El As­sal dé­crit comme «Mi­chael Jackson l'arabe "), ain­si que Dé­si­rée Nos­busch, membre de film de la royau­té de Luxem­bourg et un an­cien pré­sen­ta­teur de l'Eu­ro­vi­sion, avec bien d'ac­teurs connus de la Chine, de la France et du Por­tu­gal.

"Je suis en train de pro­fi­ter de cette oc­ca­sion en tant que réa­li­sa­teur pour mettre le Luxem­bourg et l'Egypte à la fois sur la carte et bri­ser les sté­réo­types. Il y a des sté­réo­types dans ce film, mais je vous pro­mets que je vais les bri­ser dans ce que je sou­haite être une fa­çon très in­tel­li­gente," a-t-il conclu.

Palme d'Or

Après Agnès Var­da, Clint East­wood, Ma­noel de Oli­vei­ra, Woo­dy Al­len et Ber­nar­do Ber­to­luc­ci dans les an­nées ré­centes, c’est au co­mé­dien fran­çais Jean-Pierre Léaud que le Fes­ti­val de Cannes a dé­ci­dé de rendre hom­mage. La Palme d’or d’hon­neur de la 69e édi­tion lui a été re­mise lors de la Cé­ré­mo­nie de Clô­ture, ce di­manche 22 mai. Jean-Pierre Léaud fait par­tie de la lé­gende can­noise. Dé­cou­vert par Fran­çois Truf­faut qui en fait le jeune hé­ros de son pre­mier film, "Les 400 Coups", ce ga­min ex­tra­ver­ti et tur­bu­lent de 14 ans dé­barque sur la Croi­sette en 1959. Sa spon­ta­néi­té in­carne à elle seule le vent de li­ber­té que fait souf­fler la Nou­velle Vague sur le 7e art. Fran­çois Truf­faut conti­nue de l’ac­com­pa­gner avec "An­toine et Co­lette" (1962), "Bai­sers vo­lés" (1968), "Do­mi­cile conju­gal" (1970) ou "L'Amour en fuite" (1979). Dès 1965, il en­tame avec Jean-Luc Go­dard une longue col­la­bo­ra­tion dont "Mas­cu­lin fé­mi­nin" (1966) et "La Chi­noise" (1967) font fi­gure de points d’orgue en­ga­gés et avant-gar­distes.

L'équipe du film "Ech­te­bak"

Mo­ha­med Diab

Ha­ny Adel et Nel­ly Ka­rim sur le ta­pis rouge

Sé­quencn du film "Ech­te­bak"

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