Adieu Zo­weil, No­bel Égyp­tien de chi­mie

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Ab­del Mas­sih Fel­li

Le cher­cheur égyp­tien Ah­med Zo­weil, lau­réat du prix No­bel de chi­mie en 1999, est dé­cé­dé mar­di à 70 ans aux Etats-Unis où il en­sei­gnait.

Ah­med Zo­weil, qui pos­sé­dait éga­le­ment la na­tio­na­li­té amé­ri­caine, était pro­fes­seur à l’Ins­ti­tut de tech­no­lo­gie de Ca­li­for­nie (CalTec).

Il avait été ré­com­pen­sé en 1999 par un prix No­bel pour avoir réus­si à pho­to­gra­phier, à l'aide d'un la­ser très ra­pide, les atomes d'une mo­lé­cule en train de bou­ger du­rant une ré­ac­tion chi­mique. Pour ce faire, il avait uti­li­sé une nou­velle uni­té très ra­pide: la fem­to­se­conde.

"L'Egypte a per­du l'un de ses fils fi­dèles et un brillant sa­vant", a dé­cla­ré mar­di le pré­sident égyp­tien Ab­del Fat­tah al-Sis­si, ci­té dans un com­mu­ni­qué an­non­çant son dé­cès.

La dé­pouille d'Ah­med Zo­weil ar­ri­ve­ra en Egypte ce di­manche, se­lon son porte-pa­role Ché­rif Fouad. Le lau­réat du prix No­bel se­ra donc ra­pa­trié se­lon sa vo­lon­té.

Un en­ter­re­ment mi­li­taire au­ra lieu pour Zo­weil. Le porte-pa­role a dé­cla­ré que la san­té du scien­ti­fique était dé­té­rio­rée en rai­son de l'in­flam­ma­tion pul­mo­naire sé­vère qu'il ne pou­vait to­lé­rer comme il avait aus­si un can­cer de la moelle os­seuse. Zo­weil avait l'in­ten­tion de vi­si­ter l'Egypte à la mi-août, a dit Fouad.

Plu­sieurs or­ga­ni­sa­tions, ins­ti­tu­tions et par­ti­cu­liers ont ré­agi à la perte de l'icône égyp­tienne, y com­pris le Con­seil na­tio­nal des droits de l'Homme, le mi­nis­tère des Af­faires étran­gères, le Pre­mier mi­nistre Ché­rif Is­maïl, et le Con­seil na­tio­nal de la femme, entre autres or­ga­ni­sa­tions na­tio­nales et in­ter­na­tio­nales.

Zo­weil a com­men­cé ses études uni­ver­si­taires à l’Uni­ver­si­té d’Alexan­drie puis qui a ob­te­nu son doc­to­rat à l’Uni­ver­si­té de Penn­syl­va­nie, en 1974.

Il s'est en­suite consa­cré au tra­vail de re­cherche, étant au­teur d’en­vi­ron 500 ar­ticles et 14 ou­vrages et il a été pri­mé à plu­sieurs re­prises. Les dis­tinc­tions les plus pres­ti­gieuses lui ont en ef­fet été dé­cer­nées. Du prix Wolf au prix Rönt­gen puis au prix No­bel de chi­mie, de mul­tiples ré­com­penses ont été dé­cer­nées au Dr Zo­weil pour l’étude des ré­ac­tions mo­lé­cu­laires par un pro­cé­dé no­va­teur re­po­sant sur l’uti­li­sa­tion du la­ser dans une échelle de temps la plus ré­duite pos­sible, la fem­to se­conde, qui est le mil­lio­nième de mil­liar­dième de se­conde.

Ses tra­vaux ont per­mis d’ou­vrir de nou­velles pers­pec­tives en chi­mie, en bio­lo­gie et en phar­ma­co­lo­gie, avec des im­pli­ca­tions di­rectes en ma­tière de san­té hu­maine. Le prix No­bel était le pre­mier dé­cer­né à un scien­ti­fique égyp­tien, et le troi­sième at­tri­bué à un Egyp­tien. Ses deux pré­dé­ces­seurs n’étaient autres qu’Anouar El Sa­date en 1978 et Na­guib Mah­fouz en 1988.

Rap­pe­lons la car­rière de pro­fes­seur d’Ah­med Zo­weil au sein de plu­sieurs éta­blis­se­ments fran­çais (Col­lège de France, Uni­ver­si­té de Bor­deaux, Ecole Nor­male Su­pé­rieure,…), contri­buant à l'éta­blis­se­ment de re­la­tions pri­vi­lé­giées avec la France de­puis de nom­breuses an­nées, ce qui lui a va­lu de re­ce­voir en juin 2012 les in­signes de che­va­lier de l’Ordre de la Lé­gion d’hon­neur.

Membre élu de nombre d’aca­dé­mies et d’as­so­cia­tions in­ter­na­tio­nales, Dr Zo­weil a éga­le­ment ser­vi en qua­li­té de membre des conseils d’ad­mi­nis­tra­tion de maintes uni­ver­si­tés, ins­ti­tu­tions de re­cherche et cor­po­ra­tions ma­jeures.

Sur les rives du Nil, la branche de Ro­sette, il vi­vait une en­fance agréable dans la ville de Des­souq. Il est né le 26 fé­vrier 1946 dans les en­vi­rons de Da­man­hour, la «Ci­té d'Ho­rus", à seule­ment 60 km d'Alexan­drie. En ré­tros­pec­tive, il est re­mar­quable que ses ori­gines de l'en­fance Il était le fils unique d'une fa­mille de trois soeurs et deux pa­rents ai­mants.

Le rêve de sa fa­mille était de le voir re­ce­voir un haut titre à l'étran­ger et de re­ve­nir pour de­ve­nir un pro­fes­seur d'uni­ver­si­té.

Comme gar­çon, il était clair que ses in­cli­na­tions étaient vers les sciences phy­siques. Ma­thé­ma­tiques, mé­ca­nique et chi­mie ont été par­mi les do­maines qui lui ont don­né une sa­tis­fac­tion par­ti­cu­lière. Dans sa chambre, il a construit un pe­tit ap­pa­reil, sur le brû­leur à ma­zout de sa mère (pour faire le ca­fé arabe) et quelques tubes de verre, afin de voir com­ment le bois est trans­for­mé en un gaz de com­bus­tion et une sub­stance li­quide.

Après avoir ter­mi­né l'école se­con­daire, il a été ad­mis à la fa­cul­té des sciences d'Alexan­drie. Après avoir ob­te­nu le di­plôme de Ba­che­lot de Science, il fut nom­mé à un poste de l'Uni­ver­si­té comme ré­pé­ti­teur («Moeid»), en vue de pour­suivre la re­cherche pour ob­te­nir une maî­trise, puis un doc­to­rat, et d'en­sei­gner aux étu­diants à l'Uni­ver­si­té d'Alexan­drie.

Du cô­té de la re­cherche, il a rem­pli les condi­tions re­quises pour une maî­trise en sciences dans en­vi­ron huit mois. L'ou­til était la spec­tro­sco­pie, consis­tant à dé­ve­lop­per une com­pré­hen­sion de com­ment et pour­quoi les spectres de cer­taines mo­lé­cules changent avec des sol­vants. Ses pro­fes­seurs l'ont alors en­cou­ra­gé à al­ler à l'étran­ger pour ter­mi­ner son doc­to­rat.

Sa pré­sence, comme Egyp­tien, en Penn­syl­va­nie com­men­çait à se faire sen­tir par les pro­fes­seurs et les étu­diants, vu que ses scores étaient éle­vés, et il a éga­le­ment com­men­cé un cours réus­si de re­cherche. Il tra­vaillait presque «jour et nuit» pour faire plu­sieurs pro­jets en même temps: L'ef­fet Stark de mo­lé­cules simples; l'ef­fet Zee­man des so­lides comme NO2 et le ben­zène; la dé­tec­tion op­tique de la ré­so­nance ma­gné­tique (ODMR); les tech­niques de double ré­so­nance, etc.

Il a deux filles, Ma­ha, étu­diante de doc­to­rat à l'Uni­ver­si­té du Texas, Aus­tin, et Ama­ni, ju­nior à Ber­ke­ley. Il a éga­le­ment deux gar­çons Ha­ni et Na­bil. Lors­qu'il a re­çu en Egypte l'Ordre du mé­rite de pre­mier grade, et le Grand Col­lier du Nil ("Ki­la­date El Nil"), l'hon­neur de l'État le plus éle­vé, il s'est sou­ve­nu de ces jours d'en­fance émo­tion­nels. Il ne pen­sait pas que son por­trait, à cô­té des py­ra­mides, se­rait sur un timbre-poste ou que l'école où il était al­lé comme gar­çon se­rait nom­mée d'après lui. Certes, en tant que jeune amou­reux de la science, il n'avait pas de rêves plus grands que l'hon­neur du prix No­bel.

En 2009, il a été nom­mé au sein Con­seil d'Oba­ma des conseillers pour la science et la tech­no­lo­gie, et plus tard cette an­née, il a été nom­mé pre­mier scien­ti­fique en­voyé des États-Unis »au Moyen-Orient.

Zo­weil était aus­si de­ve­nu por­te­pa­role sur les ques­tions po­li­tiques de son pays na­tal. En 2014, il a pu­blié un ar­ticle d'opi­nion dans le Los An­geles Times ex­hor­tant le gou­ver­ne­ment des Etats-Unis à Res­ter en­ga­gé de ma­nière construc­tive en­vers l'Egypte, plu­tôt que de me­na­cer de cou­per l'aide des Etats-Unis après la Ré­vo­lu­tion du 30 Juin 2013.

Il a éta­bli la Ville Zo­weil de la science et de la tech­no­lo­gie, sur le mo­dèle de Cal­tech, à la pé­ri­phé­rie du Caire pour sti­mu­ler l'in­no­va­tion scien­ti­fique suite à la ré­vo­lu­tion égyp­tienne de 2011.

L'Egypte l'avait fait doc­teur ho­no­ris cau­sa de l'uni­ver­si­té d'Alexan­drie. Il était aus­si doc­teur ho­no­ris cau­sa de plu­sieurs uni­ver­si­tés aux Etats-Unis, en Grande Bre­tagne (Ox­ford), en suisse (Lau­sanne), en Bel­gique (Lou­vain, Liège), en Aus­tra­lie (Swin­burne), au Ca­na­da (New Bruns­wick) et en Ita­lie (La Sa­pien­za).

Il était éga­le­ment membre de nom­breuses aca­dé­mies no­tam­ment la Na­tio­nal Aca­de­my of Sciences, l'Ame­ri­can Aca­de­my of Art and Sciences, l'Aca­dé­mie royale des sciences et de Lettres du Da­ne­mark, et a été élu Fel­low de la Royal So­cie­ty.

«Nous de­vons ai­der de toute fa­çon avec la li­ber­té et la jus­tice», a dé­cla­ré Zo­weil en fé­vrier lors d'un sym­po­sium d'une jour­née pour cé­lé­brer son 70e an­ni­ver­saire, où il a sou­li­gné que les scien­ti­fiques doivent re­don­ner ce qu'ils ont ac­quis à la so­cié­té.

L'an­cien am­bas­sa­deur de France au Caire Ni­co­las Ga­ley re­met­tant les in­signes à Zo­weil

Zo­weil re­ce­vant le prix No­bel

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.