La Mai­son du Caire de la Connais­sance

Les pié­tons au centre-ville du Caire ne man­que­ront pas de voir quelque chose d'une am­biance fes­tive dans la vi­trine d'une de ses grandes li­brai­ries, Dar al-Maa­ref, lit­té­ra­le­ment «Mai­son de la connais­sance». Les re­gar­dant fixe­ment dans les yeux est une fig

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Ekh­las At­tal­lah

Dar al-Maa­ref est le nom de la mai­son d'im­pres­sion et d'édi­tion qui gère la li­brai­rie, et la fi­gure et la lé­gende qui l'ac­com­pagnent ont for­mé la de­vise du Dar (Mai­son) et ont été im­pri­mées sur ses pu­bli­ca­tions. Le slo­gan a vé­cu dans la mé­moire col­lec­tive des lec­teurs égyp­tiens pour plus d'un siècle; sa re­pro­duc­tion proche de la du­rée de la vie dans la bou­tique du Dar té­moigne de la mis­sion de l'éta­blis­se­ment et le rôle qu'elle a joué dans la dif­fu­sion des connais­sances tout au long de ces longues an­nées.

Dar al-Maa­ref cé­lèbre ses 125 ans cette an­née. Elle a mar­qué son 125ème an­ni­ver­saire en Dé­cembre 2015, mais cé­lèbre sa riche his­toire tout au long de 2016. Elle a été créée en 1890 par Na­jib Mi­tri, un im­mi­grant li­ba­nais qui s'est ins­tal­lé en Egypte et a na­vi­gué sur un ma­gni­fique voyage dans le do­maine de l'im­pres­sion et de l'édi­tion. Son hé­ri­tage a été ex­ploi­té par ses deux fils Ed­ward et Sha­fiq, qui ont réus­si à étendre son ac­ti­vi­té d'édi­tion et ce en la tour­nant en phare de la culture et de la connais­sance qui est Dar al-Maa­ref.

Na­jib Mi­tri est né en 1865 dans la ville de Shouei­fat au Mont-Li­ban où sa sco­la­ri­sa­tion pré­coce a eu lieu. Il a en­suite dé­mé­na­gé à Bey­routh pour ap­prendre l'art de l'im­pres­sion et de la com­po­si­tion. Mi­tri est de­ve­nu un maître du mé­tier; sa ré­pu­ta­tion dé­pas­sait les fron­tières de son pays na­tal et est par­ve­nue à un autre im­mi­grant li­ba­nais, Aziz Zend, qui vi­vait à Alexan­drie et était un ami du frère de Mi­tri. En 1884, Zend a de­man­dé à Mi­tri de ve­nir en Egypte et lui a of­fert le poste de di­rec­teur de la mai­son d'im­pres­sion de son jour­nal Al-Mah­rous­sa. A cette époque, il y avait une re­nais­sance cultu­relle en Egypte qui a at­ti­ré de nom­breux com­mer­çants le­van­tins, ar­ti­sans, écri­vains et in­tel­lec­tuels qui étaient in­sa­tis­faits de l'op­pres­sion ot­to­mane et la conti­nuelle agi­ta­tion druze-ma­ro­nite dans leur pays.

En 1890, Mi­tri s'est dé­pla­cé au Caire avec le rêve de créer sa propre mai­son d'édi­tion et li­brai­rie. Ses res­sources fi- nan­cières, ce­pen­dant, sont tom­bées à court de réa­li­ser son rêve am­bi­tieux; donc il s'est as­so­cié avec Jur­ji Zay­dan, une autre édi­tion pion­nière li­ba­naise de pre­mier plan, et a éta­bli l'im­pri­me­rie al-Ta'lif. Mais ce par­te­na­riat n'a pas du­ré plus d'un an. Zay­dan a gar­dé l'im­pri­me­rie et l'a ap­pe­lée al-Hi­lal. Un an plus tard, Dar-al-Hi­lal s'est épa­nouie en une mai­son d'édi­tion bien connue; tan­dis que Mi­tri a conti­nué à éta­blir une nou­velle mai­son d'im­pres­sion qu'il a ap­pe­lée al-Maa­ref.

L'im­pri­me­rie a d'abord été si­tuée au rez-de-chaus­sée dans le bâ­ti­ment al-De­mer­dash à 70 rue Fag­ga­la, éga­le­ment connue sous le nom de rue des mai­sons d'im­pres­sion. Elle se com­po­sait d'une cour et trois chambres simples, et com­pre­nait une pe­tite presse d'im­pres­sion ma­nuelle, une autre pour les épreuves d'im­pres­sion, et quelques boîtes conte­nant les ca­rac­tères d'im­pres­sion. Mi­tri était ré­pu­té pour sa ri­gueur et ses ef­forts constants pour dé­ve­lop­per et amé­lio­rer l'art de l'im­pri­me­rie arabe. Dans la der­nière dé­cen­nie du 19ème siècle, il a im­pri­mé 17 livres. En 1910, il a loué un ma­ga­sin dans le même bâ­ti­ment où sa mai­son d'im­pres­sion fut fon­dée et a ajou­té une li­brai­rie qu'il ap­pe­lait al-Maa­ref.

Vingt-cinq ans après sa créa­tion, Mi­tri a ajou­té à sa mai­son d'im­pres­sion une sec­tion de re­liure qui a uti­li­sé des mé­thodes de liai­son fines pour cou­vrir les livres de belles cou­ver­tures do­rées. Avec cet ajout al-Maa­ref a ga­gné une ré­pu­ta­tion dans le monde arabe comme la plus belle mai­son d'im­pres­sion qui cor­res­ponde aux normes d'im­pres­sion eu­ro­péennes les plus éle­vées.

En 1904, la pre­mière tra­duc­tion en arabe de l'Iliade d'Ho­mère a été pu­bliée par Dar al-Hi­lal. Le poème épique grec a été tra­duit par Su­lai­man al-Bus­ta­ni, un homme d'État li­ba­nais, poète et his­to­rien, et a été ac­cueillie avec un grand suc­cès dans le do­maine de la culture arabe. Les cé­lé­bra­tions ont conti­nué pen­dant des mois au cours des­quels des écri­vains, des poètes, édi­teurs et in­tel­lec­tuels ont concou­ru par écrit avec des orai­sons à la louange du chef-d'oeuvre de Bus­ta­ni. Une cé­lé­bra­tion na­tio­nale a éga­le­ment été or­ga­ni­sée en l'hon­neur de Bus­ta­ni. Tous ces évé­ne­ments et les oeuvres d'art ont été com­pi­lés et pu­bliés par Na­jib Mi­tri en 1905 dans un livre com­mé­mo­ra­tif grand for­mat de 108 pages in­ti­tu­lé Had­diyat al-Ilia­tha (Les ca­deaux de l'Iliade). Cette pu­bli­ca­tion est tou­jours consi­dé­rée comme l'un des chefs-d'oeuvre. Les an­nées 1928 - 1963 peuvent être consi­dé­rées comme les an­nées d'or de la mai­son d'édi­tion al-Maa­ref. Une nou­velle mai­son d'im­pres­sion a été ou­verte à Alexan­drie en 1941, et en 1944 Mi­tri a chan­gé le nom de sa mai­son d'im­pres­sion à Dar al-Maa­ref en Egypte. En 1945, Dar al-Maa­ref a ré­vo­lu­tion­né le monde de l'im­pres­sion et de l'édi­tion en ac­qué­rant le pre­mier sys­tème d'im­pres­sion mo­no­type arabe (un sys­tème d'im­pres­sion en uti­li­sant la com­po­si­tion de mé­tal chaud à par­tir d'un cla­vier) en uti­li­sant de nou­veaux ca­rac­tères arabes; ce fut le pre­mier de son genre en Egypte et le monde arabe.

Le 125ème an­ni­ver­saire de la créa­tion de Dar al-Maa­ref a été cé­lé­bré dans une grande ré­cep­tion au Caire le 28 avril.

Dans nos temps mo­dernes, ce­pen­dant, il ne suf­fit pas de van­ter les gloires du pas­sé; pour réus­sir dans le monde de l'édi­tion, il faut suivre les der­nières in­no­va­tions et l'état de la tech­no­lo­gie de pointe. Pour son 125ème an­ni­ver­saire Dar al-Maa­ref a pu­blié un livre com­mé­mo­ra­tif ra­con­tant l'his­toire de la mai­son d'édi­tion, qui, à son apo­gée était la plus éle­vée dans le monde arabe et la qua­trième dans le monde en­tier, se­lon l'au­teur du livre, Ihab al-Mal­lah. Les fu­turs plans pour re­trou­ver la gloire du pas­sé et suivre les der­nières ten­dances dans le sec­teur de l'édi­tion ont éga­le­ment été ré­vé­lés.

Le pre­mier des fu­turs pro­jets est d'in­tro­duire Dar al-Maa­ref au monde de l'édi­tion nu­mé­rique. Un pro­to­cole de co­opé­ra­tion a été si­gné conjoin­te­ment avec le mi­nis­tère émi­ra­ti de la Culture avec un ac­cent sur l'édi­tion nu­mé­rique. D'au- tres ac­cords ont été si­gnés avec des mai­sons d'édi­tion arabes pour com­mer­cia­li­ser les pu­bli­ca­tions de Dar al-Maa­ref dans tout le monde arabe. En pa­ral­lèle, tous les em­ployés de dif­fé­rents ser­vices de Dar al-Maa­ref as­sistent à des cours de for­ma­tion pour leur per­mettre de se confor­mer aux der­nières ten­dances dans l'édi­tion.

En­fin, Dar al-Maa­ref tra­vaille constam­ment pour la mo­der­ni­sa­tion des prin­ci­paux dé­par­te­ments qui sont les pi­liers de toute mai­son d'édi­tion; à sa­voir l'édi­tion, le mar­ke­ting na­tio­nal et in­ter­na­tio­nal et la presse d'im­pres­sion qui est l'ar­tère prin­ci­pale de la mai­son d'édi­tion.

Saïd Ab­do, ac­tuel chef du Con­seil d'ad­mi­nis­tra­tion de Dar al-Maa­ref, a dé­cla­ré lors des cé­lé­bra­tions du 125ème an­ni­ver­saire: "Notre rêve pour l'ave­nir peut sem­bler am­bi­tieux, mais il n'est pas im­pos­sible; les rêves sont faits réa­li­té par des hommes ca­pables de dé­fier les obs­tacles ".

Livre com­mé­mo­ra­tif de Dar al-Maa­ref

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