L’Egypte sur le che­min des ré­formes pour re­lan­cer l’éco­no­mie

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Ab­del Mas­sih Fel­li

Le pré­sident Ab­del Fat­tah Al-Sis­si s'est dit prêt à mettre en oeuvre des ré­formes dras­tiques et "dou­lou­reuses" pour re­lan­cer l'éco­no­mie de son pays. "Toutes les dé­ci­sions dif­fi­ciles que beau­coup ont eu peur de prendre au fil des der­nières an­nées, je n'hé­si­te­rai pas une se­conde à les prendre", a lan­cé Al-Sis­si à l'oc­ca­sion du lan­ce­ment du plus grand groupe de pé­tro­chi­mie en Alexan­drie en Egypte. "Les ré­formes éco­no­miques ont été re­por­tées de­puis 1977 par crainte des ré­ac­tions des po­pu­la­tions. Les ca­pa­ci­tés éco­no­miques sont épui­sées de fa­çon ex­trême en rai­son des guerres (1956, 1967, 1973 et celle du Yé­men)", a ajou­té le chef de l'Etat, sou­li­gnant l'im­por­tance de la par­ti­ci­pa­tion de l'en­semble du peuple dans cette opé­ra­tion éco­no­mique.

Dans ce contexte, l’Egypte et le FMI (Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal) ont conve­nu d’un prêt de 12 mil­liards de dol­lars afin de sti­mu­ler l’éco­no­mie na­tio­nale et apai­ser la grave crise des changes au cours des trois pro­chaines an­nées. "L’Egypte est un pays fort avec un grand po­ten­tiel, mais il a quelques pro­blèmes qui doivent être ré­glés de toute ur­gence", a dé­cla­ré Ch­ris Jar­vis, chef de la mis­sion du FMI pour l'Egypte. Ces pro­blèmes sont plu­tôt sé­rieux en ef­fet avec le tou­risme à nou­veau du­re­ment tou­ché sur­tout après le crash du vol Egypt-Air 804 le 19 mai 2016, le saut de 14% en juillet 2016 de l'in­fla­tion se­lon les chiffres of­fi­ciels et la perte de presque 40% de la va­leur de la livre égyp­tienne (EGP) par rap­port au dol­lar amé­ri­cain (USD) de­puis 2012.

A court terme, le prêt du FMI va "com­bler le grand be­soin d'oxy­gène in­dis­pen­sable pour main­te­nir l'éco­no­mie égyp­tienne en vie", ex­plique Hussein Ke­shk, cadre dans le sec­teur des té­lé­coms vi­vant au Caire et di­plô­mé de l'Uni­ver­si­té amé­ri­caine du Caire (AUC). Le plus im­por­tant se­ra main­te­nant comment l'Egypte dé­pense cet ar­gent parce que "si elle n'in­ves­tit pas de fa­çon ra­tion­nelle alors le pro­blème s’ap­pro­fon­di­ra", ajoute Ke­shk. En­fin, la si­tua­tion sé­cu­ri­taire "qui s’est amé­lio­rée de ma­nière si­gni­fi­ca­tive, sauf pour une pe­tite part du Si­naï" se­lon Ke­shk reste le cri­tère le plus im­por­tant pour le tou­risme et les in­ves­tis­se­ments étran­gers.

Ce prêt de 12 mil­liards de dol­lars per­met­tra à l’Égypte de re­lan­cer son éco­no­mie en lam­beaux, mais en échange les au­to­ri­tés de­vront adop­ter des ré­formes dras­tiques igno­rées du­rant des dé­cen­nies pour évi­ter la grogne so­ciale. Le con­seil d'ad­mi­nis­tra­tion du Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal (FMI) doit en­core ava­li­ser "dans les pro­chaines se­maines" un ac­cord pré­li­mi­naire an­non­cé au Caire, pour un prêt s'éta­lant sur trois ans. En contre­par­tie, les au­to­ri­tés de­vront tou­te­fois dé­va­luer la livre et ré­duire les coû­teuses sub­ven­tions pu­bliques des dé­penses du gou­ver­ne­ment se­lon le mi­nis­tère des Fi­nances - al­louées entre autres à l'élec­tri­ci­té et à l'es­sence.

Dans un pays où une grande par­tie de la po­pu­la­tion dé­pend du pain sub­ven­tion­né et où même les biens de pre­mière né­ces­si­té comme le blé sont im­por­tés, la pé­nu­rie de de­vises étran­gères a fait ex­plo­ser les prix, en­traî­nant une chute du pou­voir d'achat.

Les au­to­ri­tés ont dé­jà pré­sen­té un am­bi­tieux pro­gramme de ré­formes éco­no­miques. L'ob­jec­tif est de ré­duire le dé­fi­cit bud­gé­taire (près de 13% du Pro­duit in­té­rieur brut), en aug­men­tant les re­ve­nus de l'Etat en ins­tau­rant la TVA. Le pro­gramme pré­voit une po­li­tique de change "plus flexible", se­lon la Banque cen­trale, alors que le gou­ver­ne­ment main­tient le taux de change à 8,8 livres pour un dol­lar, un ni­veau bien in­fé­rieur au prix du mar­ché noir.

Le prêt du FMI de­vrait per­mettre aux au­to­ri­tés de cou­vrir une par­tie des 21 mil­liards de dol­lars dont le gou­ver­ne­ment a be­soin pour ses dé­penses des trois an­nées à ve­nir, se­lon le mi­nistre des Fi­nances Amr Al-Ga­rhi. Le reste de cette somme de­vrait être com­blé par des prêts contrac­tés au­près d'autres ins­ti­tu­tions fi­nan­cières ou des obli­ga­tions in­ter­na­tio­nales.

Le pré­sident Al-Sis­si n'a pas hé­si­té à cri­ti­quer ce far­deau. "Si je nomme 900.000 fonc­tion­naires en rai­son des pres­sions sur le mar­ché de l'em­ploi alors que je n'ai pas be­soin d'eux, quel se­rait l'im­pact?". "Se­lon des sta­tis­tiques of­fi­cielles, 27% de la po­pu­la­tion vit sous le seuil de la pau­vre­té, et 20% est me­na­cée de pau­vre­té: pour qu'ils sup­portent une nou­velle in­fla­tion, il faut les convaincre que les riches payent plus", met en garde Ché­rine Al-Cha­war­bi, éco­no­miste de l'Uni­ver­si­té du Caire. "Des me­sures doivent être prises pour mettre les riches à contri­bu­tion".

Le prêt du FMI per­met­tra aux au­to­ri­tés de mieux gé­rer la chute des ré­serves de change, tom­bées à 15,5 mil­liards de dol­lars fin juillet. Cette chute in­quiète Le Caire qui doit ver­ser 4,4 mil­liards de dol­lars (3,9 mil­liards d'eu­ros) en in­té­rêts sur sa dette d'ici à juillet 2017, se­lon une étude de Prime Hol­ding, une banque d'in­ves­tis­se­ment égyp­tienne. L'an­cien mi­nistre des Fi­nances égyp­tien Sa­mir Rad­wan juge "né­ces­saire" le prêt du FMI: "On ne pour­ra pas payer les in­té­rêts sur la dette ex­té­rieure si on ne l'ob­tient pas". "Mais il faut pla­cer une par­tie de cet em­prunt dans des in­ves­tis­se­ments qui se­ront ra­pi­de­ment ren­tables", sou­ligne-t-il alors que le gou­ver­ne­ment a d'autres en­ga­ge­ments fi­nan­ciers. L'Égypte compte une ad­mi­nis­tra­tion plé­tho­rique: 5,8 mil­lions de fonc­tion­naires et quelque 800.000 em­ployés tra­vaillant dans des en­tre­prises pu­bliques sur un to­tal de 26 mil­lions de sa­la­riés.

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