Te­mer nou­veau pré­sident du Bré­sil, Rous­seff des­ti­tuée

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Ab­del Mas­sih Fel­li

Mi­chel Te­mer est de­ve­nu mer­cre­di le nou­veau pré­sident du Bré­sil, quelques heures après la des­ti­tu­tion de Dil­ma Rous­seff pour ma­quillage des comptes pu­blics. An­cien vi­ce­pré­sident de Rous­seff dont il a pré­ci­pi­té sa chute, l'homme fort du PMDB, a prê­té ser­ment au Sé­nat et de­vra di­ri­ger un Bré­sil dans la tour­mente jus­qu'aux pro­chaines élec­tions lé­gis­la­tives et pré­si­den­tielles fin 2018.

Tout aus­si im­po­pu­laire que sa ri­vale, Mi­chel Te­mer, 75 ans, n'a pas fait de dé­cla­ra­tions après cette courte cé­ré­mo­nie, à l'is­sue de la­quelle il s'est en­vo­lé vers la Chine pour un som­met du G20, pour ten­ter de re­do­rer le bla­son ter­ni de la pre­mière éco­no­mie d'Amé­rique la­tine.

Une ma­jo­ri­té de plus des deux tiers re­quis des sé­na­teurs ont vo­té sans sur­prise pour la des­ti­tu­tion de la di­ri­geante de gauche, pre- mière femme avoir été élue à la tête du Bré­sil en 2010, puis ré­élue de jus­tesse en 2014. Sur les 81 par­le­men­taires, 61 ont vo­té pour sa des­ti­tu­tion et seule­ment 20 ont vo­té contre. "Dil­ma Rous­seff a com­mis des crimes de res­pon­sa­bi­li­té im­por­tants, elle a été condam­née et perd ain­si son man­dat de pré­si­dente de la Ré­pu­blique", a conclu le pré­sident de la Cour su­prême (STF) Ri­car­do Le­wan­dows­ki, qui di­ri­geait les dé­bats du Sé­nat trans­for­mé pour l'oc­ca­sion en tri­bu­nal.

Rous­seff a en re­vanche conser­vé ses droits ci­viques à la fa­veur d'un se­cond vote, où la ma­jo­ri­té des deux tiers re­quise pour l'en pri­ver pen­dant huit ans n'a pas été at­teinte. Seuls 42 sé­na­teurs ont vo­té pour, 36 contre et 3 se sont abs­te­nus. "Ce­la si­gni­fie qu'elle reste éli­gible. Elle pour­ra être can­di­date à des man­dats de sé­na­trice, de dé­pu­tée, mais pas à la prés- idence en 2018 puis­qu'elle a dé­jà été élue pour deux man­dats consé­cu­tifs", a ex­pli­qué un uni­ver­si­taire en droit de Rio, Ro­ge­rio Dul­tra dos San­tos. En­glué de­puis la réélection de Rous­seff fin 2014 dans une crise po­li­tique et éco­no­mique de ma­gni­tudes his­to­riques, sur fond de mé­ga-scan­dale de cor­rup­tion, le Bré­sil, éga­le­ment cin­quième pays le plus peu­plé de la pla­nète, rompt ain­si avec 13 ans de gou­ver­ne­ments du Par­ti des tra­vailleurs (PT) ini­tiée en 2003 par Lu­la. Une longue page d'his­toire mar­quée par le "mi­racle" so­cioé­co­no­mique des an­nées 2000 qui a vu sor­tir 29 mil­lions de Bré­si­liens de la mi­sère, avant les af­faires de cor­rup­tion et un bru­tal re­tour­ne­ment éco­no­mique qui ont pré­ci­pi­té le Bré­sil et Mme Rous­seff dans l'abîme. Les chiffres of­fi­ciels pu­bliés mer­cre­di ont confir­mé que la ré­ces­sion s'ins­talle au Bré­sil, avec un sixième tri­mestre consé­cu­tif de baisse du PIB.

Le ver­dict est tom­bé au sixième jour d'un pro­cès ma­ra­thon, de di­zaines d'heures de dé­bats tech­niques et pas­sion­nés où le droit de la dé­fense et la Consti­tu­tion au­ront été scru­pu­leu­se­ment res­pec­tés sur la forme, sans for­cé­ment convaincre de la culpa­bi­li­té de Mme Rous­seff au plan stric­te­ment ju­ri­dique.

Le vice-pré­sident avait por­té un coup fa­tal à l'ex-gué­rille­ra de 68 ans tor­tu­rée et em­pri­son­née sous la dic­ta­ture (1964-1985) en pous­sant en mars son grand par­ti cen­triste, le PMDB à cla­quer la porte de sa coa­li­tion. La dé­mons­tra­tion de com­ba­ti­vi­té ad­mi­nis­trée lun­di par Dil­ma Rous­seff, ré­pon­dant pen­dant plus de 14 heures au feu rou­lant de ques­tions des sé­na­teurs avec calme et fer­me­té, n'était donc qu'un ba­roud d'hon­neur pour la pos­té­ri­té.

Mi­chel Te­mer

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.