Ré­ou­ver­ture du Musée de Kom Ou­chim

Le mi­nistre des An­ti­qui­tés, Kha­led El-Ana­ni a inau­gu­ré le 10 no­vembre le Musée de Kom Ou­chim dans le gou­ver­no­rat de Fayoum après sa res­tau­ra­tion, dans le cadre du plan du mi­nis­tère vi­sant à ré­no­ver tous les mu­sées afin de contri­buer à l’aug­men­ta­tion des z

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Le musée de Kom Ou­chim (Ka­ra­nis) est si­tué à 30 km au nord de la ville d'El-Fayoum. Il donne au vi­si­teur un aper­çu de la vie quo­ti­dienne gré­co-ro­maine. Le pe­tit musée abrite quelques-uns des ob­jets trou­vés dans les ruines de l'an­cienne Ka­ra­nis. Y sont ex­po­sés des bi­joux, des po­te­ries, des têtes de femmes (d'Alexan­drie) et des vases en verre fin par­mi d'autres ob­jets ap­par­te­nant à dif­fé­rentes époques. Une grande partie des mo­mies dé­cou­vertes dans la riche zone ar­chéo­lo­gique de Ka­ra­nis avaient le por­trait du dé­funt peint sur elles. Kom Ou­chim est fière de son pe­tit musée. Y sont ex­po­sées de su­perbes ver­re­ries et po­te­ries ain­si que des têtes de femmes ayant été uti­li­sées pour créer des coif­fures.

Outre 23 pièces pro­ve­nant du Musée égyp­tien de Tah­rir, les 320 pièces ex­po­sées pro­viennent toutes des en­tre­pôts de Kom Ou­chim. A l’en­trée du musée, une grande sta­tue re­pré­sen­tant la déesse Se­kh­met, consti­tuée d’un corps de femme et d’une tête de lionne cou­ron­née d’un disque so­laire, ac­cueille les vi­si­teurs. Se­kh­met: déesse-lionne dont le nom si­gni­fie "la Puis­sante", com­pagne de Ptah, elle in­carne la re­dou­table puis­sance du so­leil et c'est l'une des ma­ni­fes­ta­tions de la déesse dan­ge­reuse liée au monde du dé­sert. Dans la vaste ga­le­rie du rez-de-chaus­sée, plu­sieurs vi­trines pré­sentent sta­tues, ou­tils an­ciens, bustes di­vers et images mon­trant les vi­sages des ha­bi­tants de la ré­gion au- pa­ra­vant.

Au deuxième étage, d’autres sta­tues, stèles, sar­co­phages, ca­nopes ou ob­jets ri­tuels at­tendent les vi­si­teurs.

Dans ce musée, on peut éga­le­ment voir deux des cé­lèbres "Por­traits du Fayoum". Vers la fin de l'époque gré­co-ro­maine, ces por­traits per­son­nels furent peints sur du bois ou du lin afin de re­cou­vrir le vi­sage des mo­mies. Re­pré­sen­tant par­fois la per­sonne dans la fleur de l'âge, ces por­traits sont tou­jours sé­rieux et ont de très grands yeux noirs fixes.

Ayant for­te­ment in­fluen­cé l'art copte en Egypte, ces por­traits forment un lien entre l'art des an­ciens Egyp­tiens et les por­traits réa­li­sés au cours du Moyen ge. Ils sont des plus an­ciens por­traits peints qui sub­sistent, ayant été peints par des Grecs éta­blis en Egypte, alors sous do­mi­na­tion ro­maine. Ils ont été dé­cou­verts par Pie­tro del­la Valle, un voya­geur ita­lien du dix-sep­tième siècle lorsque à Sa­q­qa­rah, un jeune homme lui pré­sen­ta deux mo­mies or­nées de ces por­traits qui de­vien­dront cé­lèbres. En 1888, W. M. Flin­ders Pe­trie, ar­chéo­logue an­glais, dé­couvre à Ar­si­noe, ville du Fayoum, un ci­me­tière romain et de nom­breux por­traits peints. De 1896 à 1911, le Fran­çais Al­bert Jean Gayet ex­hume à son tour de nom­breux por­traits peints du site d'An­ti­no­po­lis dont un double por­trait de deux frères fi­gu­re­ra à l'Ex­po­si- tion Uni­ver­selle de 1900. En France, Le Louvre pos­sède une ving­taine de ces por­traits. Le musée des Beaux-arts de Di­jon en ex­pose cinq autres. Ces ef­fi­gies sont des por­traits au­then­tiques de membres des classes de la bour­geoi­sie ur­baine, ori­gi­naires de Grèce, de Rome et tous les pays mé­di­ter­ra­néens: mar­chands, mi­li­taires, en­sei­gnants, prêtres, ath­lètes, jeunes femmes et en­fants. La confec­tion de ces por­traits s’étale entre le 1er siècle après Jé­sus-Ch­rist et la fin du IVème siècle de notre ère.

Le type de ces por­traits du Fayoum se­ra em­prun­té par les Chré­tiens d’Egypte, si l'on en juge par la toile peinte d'An­ti­noé qui est ex­po­sée au Musée du Louvre re­pré­sen­tant une femme qui tient à hau­teur de la poi­trine une croix an­sée. Tou­te­fois il faut rap­pe­ler que cette croix an­sée n’a ja­mais été adop­tée dans la sym­bo­lique chré­tienne en Egypte.

Les pre­miers ar­tistes coptes qui pei­gnirent des icônes se se­raient ins­pi­rés des por­traits du Fayoum avec le vi­sage tou­jours de face. Dans l’art copte même les ca­va­liers ont le vi­sage de face comme dans les re­pré­sen­ta­tions du voyage de la Sainte Fa­mille en Egypte. Par­fois le corps est de pro­fil, mais le vi­sage se­ra de face.

Comme dans les por­traits du Fayoum cette re­pré­sen­ta­tion du vi­sage de face sym­bo­lise le re­gard fixé vers la béa­ti­tude di­vine et c’est une in­vi­ta­tion aux croyants de faire de même.

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