Fran­çois Fillon à conqué­rir l'Ély­sée

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Ab­del Mas­sih Fel­li

Ar­ri­vé en tête du pre­mier tour de la pri­maire, Fran­çois Fillon a pu comp­ter sur une partie de l’élec­to­rat ca­tho­lique, mais ce­la n’ex­plique pas sa per­cée. Le pri­maire de la droite et du centre, se livrent à un drôle de jeu pour sé­duire l’élec­to­rat ca­tho­lique. Il est vrai que les per­sonnes de confes­sion ca­tho­lique qui ont vo­té di­manche 20 no­vembre ont sur­tout choi­si Fran­çois Fillon. Ce qui ne veut pas dire que «les ca­tho­liques» ont fait ga­gner l’an­cien Pre­mier mi­nistre de Ni­co­las Sar­ko­zy. Le len­de­main du pre­mier tour, lun­di, l’ins­ti­tut de son­dages Opi­nionWay a pu­blié une étude so­cio­lo­gique des élec­teurs. Pre­mier point, les per­sonnes son­dées se dé­cla­rant ca­tho­liques (pra­ti­quants ou pas) ont vo­té qua­si­ment dans les mêmes pro­por­tions pour cha­cun des trois pre­miers can­di­dats que l’en­semble des élec­teurs du scru­tin : 45 % pour Fillon (44,1 % en tout), 28,9 % pour Jup­pé (28,6 % en tout), 21,3 % pour Sar­ko­zy (20,7 % en tout).

Deux cent quinze par­le­men­taires de la droite et du centre dé­plorent les cri­tiques d’Alain Jup­pé contre Fran­çois Fillon et ap­pellent à sou­te­nir l’an­cien Pre­mier mi­nistre de Ni­co­las Sar­ko­zy au se­cond tour de la pri­maire qui les op­pose ce di­manche.

Dé­fi­ni comme «pro-russe» par une partie de la classe po­li­ti­co-mé­dia­tique, le vain­queur de la pri­maire de la droite et du centre au­rait bé­né­fi­cié de l’ap­pui du Krem­lin. Ou plu­tôt de son ar­mée de «trolls» dont l’exis­tence n’a ja­mais été prou­vée. A chaque élec­tion dans un pays oc­ci­den­tal son lot de po­lé­miques au­tour des «trolls russes» ? A peine élu can­di­dat de la droite et du centre à l’élec­tion pré­si­den­tielle que dé­jà Fran­çois Fillon est la cible de cer­tains ob­ser­va­teurs mé­dia­tiques et po­li­tiques. En cause ? Sa soi-di­sant «rus­so­phi­lie» que lais­se­rait de­vi­ner son pro­gramme en matière de po­li­tique étran­gère.

Pour rap­pel, l’an­cien Pre­mier mi­nistre plaide pour un ré­équi­li­brage des re­la­tions avec Mos­cou et n’en­vi­sage pas for­cé­ment une sor­tie de crise en Sy­rie qui pas­se­rait par un dé­part de Ba­char Al-As­sad. Il n’en fal­lait pas plus pour que cer­tains ac­cusent Fran­çois Fillon d’avoir bé­né­fi­cié de l’ap­pui sur les ré­seaux so­ciaux d’une ar­mée de trolls à la solde du Krem­lin. Les mêmes at­taques ont frap­pé Do­nald Trump ou le camp des pro-Brexit.

Le jour­na­liste de "L’Ob­ser­va­teur" Jean-Baptiste Nau­det ne s’em­bar­rasse pas de condi­tion­nel au mo­ment d’écrire sur cette po­lé­mique: «Et de deux ? Après avoir don­né un coup de main au très rus­so­phile Do­nald Trump pour s'ins­tal­ler à la Mai­son Blanche, le Krem­lin va-t-il réus­sir un coup double en ai­dant un autre pro-russe, Fran­çois Fillon, à conqué­rir l'Ely­sée ?», peut-on lire en at­taque de son pa­pier. Dans ce même ar­ticle, on peut lire l’ana­lyse de l’en­sei­gnante et his­to­rienne Marie Pel­tier, au­teur de l'Ere du com­plo­tisme (Edi­tions Les Pe­tits Ma­tins). Et elle est af­fir­ma­tive: «Les ré­seaux d'ex­trême droite fran­çaise, liés et fi­nan­cés par la Rus­sie, ont lan­cé, quelques jours avant le pre­mier tour de la pri­maire de droite, une vio­lente cam­pagne sur les ré­seaux so­ciaux, et no­tam­ment sur Twit­ter, pour sou­te­nir Fillon et cas­ser Jup­pé, en l'at­ta­quant par­ti­cu­liè­re­ment sur le thème de l'is­lam.»

Lors de la cam­pagne pour la pré­si­dence des Etats-Unis, un des angles d’at­taque pré­fé­rés d’Hilla­ry Clin­ton contre Do­nald Trump était sa soi-di­sant proxi­mi­té avec le Krem­lin et son lo­ca­taire. De quoi faire dire aux re­pré­sen­tants po­li­ti­co-mé­dia­tiques en fa­veur de l’ex-can­di­date dé­mo­crate que le mil­liar­daire avait bé­né­fi­cié du tra­vail des «trolls» de Pou­tine et autres ha­ckers russes tout au long de la cam­pagne. Si Trump n’a ja­mais ca­ché son res­pect pour son bien­tôt ho­mo­logue, au­cune preuve de quel­conques liens plus pro­fonds n’a été mise à jour. S’il y en a un que l’on ne peut pas taxer de rus­so­phi­lie, c’est bien Ni­co­las Hé­nin. Le jour­na­liste et au­teur des Ré­seaux russes en France in­siste, lui aussi dans L’Obs, sur l’«ami­tié» qu’en­tre­tien­drait Fran­çois Fillon et le pré­sident russe. «Il a noué une au­then­tique ami­tié avec Pou­tine. Il n'est pas rus­so­phile mais pou­ti­no­phile», af­firme-t-il.

Dé­jouant tous les pro­nos­tics, Fran­çois Fillon a rem­por­té le pre­mier tour de la pri­maire de la droite à la­quelle des élec­teurs de cou­rants dif­fé­rents ont par­ti­ci­pé. Au soir du pre­mier tour de la pri­maire de la droite et du centre, Fran­çois Fillon a ré­col­té le fruit d’un long tra­vail de cam­pagne qui a com­men­cé le 8 mai 2013 pour en goû­ter la sa­veur di­manche 20 no­vembre. Trois ans à ar­pen­ter la France et ré­pandre son li­bé­ra­lisme éco­no­mique tein­té de conser­va­tisme so­cial sur les terres fran­çaises.

Du grand ouest ca­tho­lique au sud-est ré­ac­tion­naire, en pas­sant par les dia­go­nales des contrées ou­vrières et ru­rales, les élec­teurs fran­çais ont vu dans la can­di­da­ture de ce pro­vin­cial tou­jours "droit dans ses bottes" comme il aime le rap­pe­ler, l’homme pro­vi­den­tiel. De­vant ses ri­vaux dans 87 dé­par­te­ments, le be­so­gneux, ju­gé trop aus­tère et pas as­sez cha­ris­ma­tique, a réus­si l’ex­ploit de ga­gner le coeur de plu­sieurs droites qui n’ont pas grand chose en com­mun. Un élec­to­rat ca­tho­lique donc, mais pas seule­ment. Cu­rieu­se­ment, Fran­çois Fillon a su com­bi­ner le vote de la droite ca­tho­lique tra­di­tion­nelle tout en sé­dui­sant la droite de la droite, celle des sar­ko­zystes, flir­tant avec le FN, sen­sibles aux ques­tions iden­ti­taires. Il a su in­car­ner le vi­sage de l’au­to­ri­té en prô­nant le ré­ta­blis­se­ment de l’ordre, le contrôle aux fron­tières, la ré­gu­la­tion de l'im­mi­gra­tion, l’iden­ti­té na­tio­nale.

Une bien mau­vaise nou­velle pour le Front na­tio­nal qui au­rait cer­tai­ne­ment pré­fé­ré voir Alain Jup­pé rem­por­ter cette pri­maire. Très clai­re­ment, la can­di­da­ture de Fran­çois Fillon met Ma­rine Le Pen en dif­fi­cul­té. Le Front na­tio­nal ne va cer­tai­ne­ment pas avoir du mal à se qua­li­fier au se­cond tour de la pré­si­den­tielle. Mais il lui se­ra com­pli­qué de ra­vir la vic­toire fi­nale face à un Fran­çois Fillon qui bé­né­fi­cie­ra d’un so­lide sou­tien du camp de la droite. Car il ne va pas y avoir d’épar­pille­ment des voix. Iro­nie du sort, l'out­si­der qui a tant dé­ni­gré les son­dages lors de sa cam­pagne, se re­trouve au­jourd’hui en po­si­tion de grand fa­vo­ri de tous les ins­ti­tuts. Reste donc à sa­voir si les élec­teurs conser­ve­ront la même tac­tique au se­cond tour.

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