Le Qa­tar iso­lé pour son im­pli­ca­tion dans le ter­ro­risme

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L’Ara­bie saou­dite, l’Égypte, Bah­reïn et les Émi­rats arabes unis ont tour à tour an­non­cé lun­di 5 juin la rup­ture de leurs re­la­tions di­plo­ma­tiques avec le Qa­tar, ac­cu­sé de «sou­tien au ter­ro­risme», y com­pris al-Qaï­da, le groupe État is­la­mique et les Frères mu­sul­mans.

Cette rup­ture des re­la­tions di­plo­ma­tiques isole le Qa­tar non seule­ment di­plo­ma­ti­que­ment, mais aus­si géo­gra­phi­que­ment. Le Qa­tar est une pé­nin­sule dont la seule fron­tière ter­restre est avec l’Ara­bie saou­dite. Mais, à plus long terme, c’est la grande base amé­ri­caine im­plan­tée au Qa­tar qui pour­rait être concer­née. Les Emi­rats qui ac­cueillent dé­jà une base fran­çaise ne se­raient pas mé­con­tents de voir la base amé­ri­caine dé­mé­na­ger chez eux.

Le Qa­tar ac­cueille tou­jours des di­ri­geants de pre­mier plan des Frères mu­sul­mans, confré­rie clas­sée «ter­ro­riste» en Ara­bie Saou­dite et aux Émi­rats arabes unis, comme Yous­sef al-Qa­ra­daoui, consi­dé­ré comme l’un de ses chefs spi­ri­tuels. L’an­cien di­ri­geant du Ha­mas pa­les­ti­nien, Kha­led Me­chaal, est éga­le­ment ba­sé au Qa­tar, et les ta­li­bans af­ghans y dis­posent d’un bu­reau.

En 2010, une note di­plo­ma­tique amé­ri­caine, dé­voi­lée par Wi­ki­leaks, qua­li­fie le Qa­tar de «pire dans la ré­gion» en ce qui concerne la co­opé­ra­tion avec Wa­shing­ton pour ta­rir le fi­nan­ce­ment des groupes ex­tré­mistes. Ce pays a une ap­proche «lar­ge­ment pas­sive» et ses ser­vices de sé­cu­ri­té «ont été hé­si­tants à agir contre des ter­ro­ristes connus», de peur d’ap­pa­raître trop proches des États-Unis, pour­suit cette note da­tant de 2009. Après l’at­ten­tat contre Char­lie Heb­do à Pa­ris en jan­vier 2015, plu­sieurs res­pon­sables po­li­tiques fran­çais pointent du doigt la di­plo­ma­tie de ce grand al­lié.

Fon­dée, il y a plus de 20 ans par le gou­ver­ne­ment du Qa­tar, la chaîne de té­lé­vi­sion Al-Ja­zee­ra, qui dis­pose de près de 80 bu­reaux à tra­vers le monde et dif­fuse dans plu- sieurs langues, a été la caisse de ré­so­nance des mou­ve­ments du Prin­temps arabe.

Mais ses dé­trac­teurs jugent sa ligne édi­to­riale trop fa­vo­rable aux is­la­mistes, y voyant par­fois un ou­til au ser­vice de la di­plo­ma­tie du Qa­tar. En 2014, trois de ses jour­na­listes en Égypte sont condam­nés à de lourdes peines de pri­son pour avoir «fal­si­fié des in­for­ma­tions» en sou­tien aux par­ti­sans du pré­sident is­la­miste Mor­si.

En avril 2016, les au­to­ri­tés ira­kiennes ferment le bu­reau d’Al-Ja­zee­ra à Bag­dad en rai­son d’une cou­ver­ture ju­gée fa­vo­rable au groupe dji­ha­diste sun­nite État is­la­mique (EI) et hos­tile à la ma­jo­ri­té chiite d’Irak.

Dans le pas­sé, la chaîne avait dé­jà eu des dé­mê­lés avec les ré­gimes arabes qu’elle ir­ri­tait par sa cou­ver­ture sou­vent ju­gée im­per­ti­nente ou orien­tée, et Wa­shing­ton l’avait pré­sen­tée comme un porte-pa­role des groupes ex­tré­mistes. D’au­tant que l’an­cien chef d’Al-Qaï­da, Ous­sa­ma ben La­den, lui ré­ser­vait l’es­sen­tiel de ses messages.

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