Dis­pa­ri­tion du pion­nier du dia­logue in­ter­con­fes­sion­nel

Le monde dé­plore la perte d'Ali el-Sam­man, dé­cé­dé à l'âge de 88 ans à Pa­ris. In­tel­lec­tuel et homme de culture, amou­reux de la France et de l’Égypte, sa voix nous manque dé­jà. Avec la mort de M. Sam­man, l'Égypte a per­du un homme vrai­ment grand, d'une im­por

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية -

M.Sam­man est né en 1929. Il a ob­te­nu un di­plôme en droit de l'Uni­ver­si­té d'Alexan­drie en 1953 et un di­plôme d'études su­pé­rieures en re­la­tions in­ter­na­tio­nales et en sciences po­li­tiques de l'Uni­ver­si­té de Gre­noble en France, en 1956. Il a aus­si ob­te­nu un doc­to­rat en sciences po­li­tiques de l'Uni­ver­si­té de Pa­ris en 1966. En 1967, il est de­ve­nu Di­rec­teur de l'Agence de presse du Moyen-Orient (MENA) pour l'Eu­rope oc­ci­den­tale, ba­sée à Pa­ris, et est res­té dans cette pu­bli­ca­tion jus­qu'en 1974.

De 2000 à 2006, il a été conseiller du Grand imam d'al-Az­har pour le dia­logue in­ter­re­li­gieux et de 1996 à 2011, il a été pré­sident du Co­mi­té pour le dia­logue in­ter­re­li­gieux au Conseil su­prême pour les af­faires is­la­miques d'Egypte.

Jus­qu'à sa mort, il a été pré­sident de l'Union in­ter­na­tio­nale pour le dia­logue in­ter­cul­tu­rel et in­ter­con­fes­sion­nel et l'édu­ca­tion pour la paix pour l'Eu­rope et l'Egypte.

Au cours de sa car­rière de 60 ans, il a tra­vaillé avec les jour­naux fran­çais "La Vie Afri­caine", "Le Monde Di­plo­ma­tique" et "La Tri­bune des Na­tions". Au nom du dé­funt pré­sident égyp­tien Anouar El-Sa­date, il a di­ri­gé le «Dé­par­te­ment de l'in­for­ma­tion étran­gère pour la pré­si­dence de la Ré­pu­blique» et a été conseiller aux mé­dias étran­gers de Sa­date per­son­nel­le­ment entre 1972 et 1974. Il a conti­nué à oc­cu­per des postes su­pé­rieurs dans d'autres do­maines, y com­pris le dé­ve­lop­pe­ment de l'in­fra­struc­ture na­tio­nale égyp­tienne.

Par­mi ses nom­breux livres, Sam­man s'est as­so­cié avec le rab­bin Da­vid Ro­sen, an­cien rab­bin en chef de l'Ir­lande, pour pro­duire "Trois Fe­nêtres sur le Pa­ra­dis". Il ras­semble les en­sei­gne­ments mu­sul­mans, chré­tiens et juifs en fa­veur de la to­lé­rance. En plus d'écrire de ma­nière pro­li­fique en arabe, en fran­çais et en an­glais, Sam­man est ap­pa­ru ré­gu­liè­re­ment à la té­lé­vi­sion et a par­lé lors de confé­rences in­ter­re­li­gieuses à tra­vers le monde.

En 2004, il a re­çu une mé­daille de l'ar­che­vêque de Can­ter­bu­ry pour "ses ef­forts réus­sis pour pro­mou­voir la paix et le dia­logue entre les re­li­gions mo­no­théistes". En 2012, il a re­çu l'in­signe de l'Of­fi­cier de l'Ordre Na­tio­nal de la Lé­gion d'Hon­neur en re­con­nais­sance de ses ef­forts vi­sant à amé­lio­rer les re­la­tions égyp­to-fran­çaises et à pro­mou­voir le dia­logue in­ter­cul­tu­rel tout au long de sa vie.

Char­gé par Ga­mal Ab­del Nas­ser de la tâche d'ame­ner Jean-Paul Sartre au Caire, Ali El-Sam­man a une connais­sance per­son­nelle de l'his­toire tur­bu­lente de l'Egypte entre les ré­vo­lu­tions. Ce fait, en tant que né­go­cia­teur clé dans des évé­ne­ments tels que Camp Da­vid, fai­sait de lui une ré­fé­rence es­sen­tielle pour tous ceux qui cherchent à com­prendre l'Égypte au­jourd'hui.

De­puis qu'il a été choi­si comme pré­sident de l'Union in­ter­na­tio­nale pour le dia­logue in­ter­cul­tu­rel et in­ter­con­fes­sion­nel et l'édu­ca­tion pour la paix pour l'Eu­rope et l'Egypte, il n'a ja­mais uti­li­sé le terme dia­logue in­ter­re­li­gieux entre coptes et mu­sul­mans en Egypte. Il a tou­jours vu le dia­logue in­ter­re­li­gieux comme ce­lui qui est fait avec l'autre où l'autre est étran­ger. Mais les coptes et les mu­sul­mans par­tagent la même pa­trie; Le dia­logue entre eux est fon­da­men­ta­le­ment lié à leur vie quo­ti­dienne, traite d'in­té­rêts com­muns et vise à réa­li­ser la paix et la co­exis­tence. Ce­la, à son avis, est beau­coup plus pro­fond que les ac­cords et la co­opé­ra­tion éta­blis avec les ca­tho­liques au Va­ti­can, par exemple.

Il a par­lé sou­vent de la res­pon­sa­bi­li­té de la co­exis­tence entre les mu­sul­mans et les coptes en Egypte. C'est un rôle qu'il a per­son­nel­le­ment connu pen­dant toute sa vie, au mi­lieu de ses voi­sins coptes, ses amis et ses col­lègues. Il a connu d'ex­cel­lentes re­la­tions avec le re­gret­té Pape Che­nou­da III et beau­coup d'autres clercs chré­tiens de­puis plus de 20 ans.

Chaque fois que des at­taques sec­taires ont eu lieu contre les coptes, il fal­lait qu'il joue deux rôles im­por­tants. En rai­son du rôle im­por­tant des mé­dias, il di­sait tou­jours son avis har­di­ment et sans crainte dans la presse. En­suite, il y a le rôle qu'il a joué au ni­veau per­son­nel et ins­ti­tu­tion­nel.

Un exemple est le rap­pro­che­ment qu'il a réus­si à réa­li­ser entre le Pape Che­nou­da et le Cheikh Mo­ha­med Met­wal­li al-Chaa­ra­wi dans les an­nées 1980. Cheikh Chaa­ra­wi était un pré­di­ca­teur mu­sul­man très ai­mé et res­pec­té avec un large sui­vi, mais il avait fait plu­sieurs com­men­taires sur la re­li­gion chré­tienne qui of­fen­saient les coptes. Sam­man a in­for­mé le Pape Che­nou­da que Cheikh Chaa­ra­wi était al­lé à Londres pour un trai­te­ment mé­di­cal. Par son amour et sa to­lé­rance lé­gen­daire, le Pape Che­nou­da a de­man­dé aux membres du cler­gé copte à Londres de rendre vi­site au cheikh à l'hô­pi­tal plus d'une fois et de prier pour son ré­ta­blis­se­ment. Une fois que Cheikh Chaa­ra­wi est re­tour­né au Caire, une réunion his­to­rique entre les deux per­son­nages a eu lieu et a abou­ti à une ami­tié et une com­pré­hen­sion tout au long de la vie.

Un autre exemple a été la dé­cla­ra­tion conjointe en 2010 par le Pape Che­nou­da et Cheikh Ah­med Al-Tayeb, le Grand Imam d'al-Az­har, qui a eu un grand im­pact sur la di­lu­tion des conflits sec­taires. Pour ré­di­ger la ver­sion fi­nale de la dé­cla­ra­tion, Ali El-Sam­man de­vait ren­con­trer le Pape Che­nou­da à la ca­thé­drale Saint-Marc au Caire. Il était 8 heures du ma­tin, juste avant de com­men­cer le trai­te­ment de dia­lyse. C'est à ce mo­ment-là qu'il a com­pris com­bien le Pape était dé­voué à la cause de la paix et de la co­exis­tence, en dé­pit de sa san­té dé­faillante et de la dou­leur qu'il conti­nuait de sou­te­nir.

Le re­gret­té Ali El-Sam­man sou­hai­tait que les adeptes de toutes les confes­sions res­pectent les pa­roles de sa­gesse dans leurs livres sa­crés. Il sou­hai­tait éga­le­ment qu'ils se rendent compte que leur mau­vais choix de mots et d'idées re­flète le plus sou­vent non seule­ment l'igno­rance ré­pan­due, mais aus­si la haine. C'est l'en­ne­mi ma­jeur de la paix et de la co­exis­tence.

Adieu pion­nier du monde au­quel nous as­pi­rons

Ren­contre his­to­rique entre le Pape Che­nou­da et le Cheikh el-Chaa­ra­wi

El-Sam­man re­ce­vant sa dé­co­ra­tion des mains de l'ex-am­bas­sa­deur de France

Newspapers in French

Newspapers from Egypt

© PressReader. All rights reserved.