Sy­rian Ex­pat Phil­har­mo­nic Or­ches­tra pour la pre­mière fois en France

De­puis main­te­nant six ans, la guerre en Syrie plonge le pays dans le chaos. Des cen­taines de mil­liers d’hommes et de femmes ont quitté le pays, et par­mi eux des mu­si­ciens des plus ta­len­tueux. Grâce à l’ini­tia­tive d’un homme, ils unissent leurs ta­lents et

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Les mu­si­ciens ont pré­sen­té en­semble les oeuvres clas­siques de­vant le pu­blic : une sé­rie d'oeuvres clas­siques de Ri­chard Strauss, Claude De­bus­sy ou Ga­briel Fau­ré, mais aus­si de la mu­sique sy­rienne contem­po­raine, no­tam­ment deux mor­ceaux si­gnés Suad Bu­sh­naq, com­po­si­trice de 35 ans, dont "Road to Je­nin".

La jeune femme a fait le dé­pla­ce­ment de­puis To­ron­to (Ca­na­da), où elle vit.

Elle se rap­pelle avec émo­tion de ses quatre an­nées pas­sées au Con­ser­va­toire de Da­mas, la ca­pi­tale sy­rienne, au dé­but des an­nées 2000. Il y avait no­tam­ment un fes­ti­val de jazz sur les rem­parts de la ci­ta­delle. Cet or­chestre d'ex­pa­triés, c'est leur Syrie.

Tout ce qu’on voit dans les mé­dias, ce sont des gens qui meurent, du sang, des pro­blèmes et pour eux, ce n’est pas la Syrie qu’ils ont vé­cue.

Suad Bu­sh­naq tient à se rap­pe­ler de la Syrie d'avant-guerre, sa Syrie. L’or­chestre est to­ta­le­ment apo­li­tique. C’est comme de l’air frais.

Cet or­chestre est comme une res­pi­ra­tion et quelque part une fa­çon de re­fu­ser l'hor­reur. Faire de la mu­sique, c’est un genre de ré­sis­tance.

Se­lon France in­fo, quand on fait la beau­té, c’est un genre de ré­sis­tance contre tout ce qui n’est pas beau, tout ce qui va dé­truire la vie. C’est une fa­çon de dire : 'nous sommes vi­vants, on va conti­nuer".'

Raed Jaz­beh, joueur de contre­basse, ap­prouve. Avant, il vi­vait à Alep dans le nord de la Syrie. Il ha­bite dé­sor­mais à Brême, en Al­le­magne, et c'est lui qui a eu l'idée, il y a deux ans, de for­mer cet or­chestre. Se­lon lui, il faut "conti­nuer" pour les Sy­riens qui vivent en­core dans des ruines ou dans des camps, ceux qui n'ont pas eu de chance. Il a d'ailleurs des re­tours en­cou­ra­geants de ses com­pa­triotes.

"Ils leur disent : 'conti­nuez, on ne peut pas al­ler à vos concerts, mais s’il vous plaît conti­nuez, on est fiers de vous'. C’est pour eux qu’ils doivent faire ça, même s'ils n’ont pas le bud­get, même s'ils ne jouent pas tou­jours dans les meilleures condi­tions...

Le contre­bas­siste Raed Jaz­beh est le fon­da­teur de l’or­chestre, pour lui cet or­chestre re­pré­sente beau­coup. Ils ont tous per­du beau­coup, fa­mille, amis, mai­son et ins­tru­ments ! Cet or­chestre leur rend de l’es­poir. Ils peuvent conti­nuer leur vie et ac­com­plir leur travail au sein de l’or­chestre sym­pho­nique. Le pro­fil de Raed Jaz­beh est un peu dif­fé­rent des autres ré­fu­giés. Il est ori­gi­naire d’Alep, en août 2013, il est ve­nu en Al­le­magne. Il a re­çu un vi­sa de voyage pour jouer à l’or­chestre de Berlin. Main­te­nant, il vit à Berlin et a dé­ci­dé d'y res­ter.

Pour lui, l’or­chestre tend à don­ner une autre image du ré­fu­gié. "Il a créé cet or­chestre pour plu­sieurs rai­sons. Il a con­tac­té par Fa­ce­book les mu­si­ciens sy­riens. Ils ont choi­si le terme d’ex­pa­triés et non de ré­fu­giés. Les mé­dias ne montrent que le sang, le conflit et la guerre. Ils vou­laient ex­po­ser une autre image de la Syrie. Une image de mu­sique, d’art et d’amour. Ils sont l’in­verse de ce qu’on le pense d'eux. Ils ne sont pas des hommes dan­ge­reux, seule­ment des mu­si­ciens. Ils sont comme chaque hu­main et veulent trans­mettre ce mes­sage à tra­vers le monde.

Par ailleurs, la so­pra­no Ra­sha Rizk est l'une des chan­teuses d'opé­ra les plus connues de Syrie. Comme des mil­lions d'autres Sy­riens, elle a fui la guerre dans son pays d'ori­gine. Elle fait par­tie des di­zaines de mil­liers de Sy­riens qui ont trou­vé une nou­velle vie en Al­le­magne, où l'or­chestre phil­har­mo­nique Ex­pat sy­rien est né.

Tous les membres ont une for­ma­tion clas­sique, la plu­part à l'Ins­ti­tut Su­pé­rieur de Mu­sique de Da­mas.

Ce groupe de mu­si­ciens ve­nu de Syrie a tra­ver­sé l’Eu­rope. Après Bruxelles, ils sont par­tis pour la Grèce, et ont tour­né dans toute l’Al­le­magne. Ils vou­laient sur­tout af­fir­mer que la mu­sique peut faire ou­blier les images atroces de la guerre. Ils ont be­soin d’uni­té après les dif­fi­cul­tés tra­ver­sées. Ils avancent pe­tit à pe­tit, c’est tout ce qu'ils peuvent faire, mais c’est dé­jà pas mal.

Pour leur concert à Bruxelles, les mu­si­ciens sy­riens étaient ac­com­pa­gnés de mu­si­ciens belges. Hans Waege, in­ten­dant de l’or­chestre Na­tio­nal de Bel­gique a dit que c’est très im­por­tant ! On vit dans une so­cié­té avec dif­fé­rentes com­mu­nau­tés. Après un tel drame, il fal­lait nouer des liens. D’une cer­taine fa­çon, on parle la même langue, la langue uni­ver­selle de la mu­sique. La culture montre qu’il y a un hu­ma­nisme uni­ver­sel.

SEPO es­saye de ras­sem­bler les mu­si­ciens sy­riens en­semble, quelles que soient les dif­fé­rences idéo­lo­giques pour es­sayer de sau­ver la mu­sique sy­rienne face à la grande des­truc­tion cultu­relle et ci­vi­li­sa­tion­nelle en Syrie main­te­nant, c'est ce qu'ils peuvent faire à cette phase, unir leurs ef­forts pour don­ner es­poir, amour et le mes­sage de paix, pour faire une grande mu­sique et quelque chose de beau dans cette vie.

SEPO in­ter­prète la mu­sique sym­pho­nique des com­po­si­teurs sy­riens à cô­té de la mu­sique clas­sique, SEPO est éga­le­ment in­té­res­sé à in­ter­pré­ter la mu­sique sy­rienne, arabe et orien­tale sous des formes sym­pho­niques avec la mu­sique contem­po­raine.

Elle com­prend tous les ins­tru­ments d'or­chestre: cordes, bois, cuivres et per­cus­sions. En plus des ins­tru­ments tra­di­tion­nels orien­taux sy­riens par­fois. Les membres de SEPO sont en­vi­ron 75 mu­si­ciens.

Is­su du SEPO se trouve "Da­mas String Quin­tet", c'est le pre­mier quin­tette à cordes sy­rien au monde, il a joué et re­pré­sen­té SEPO dans plu­sieurs fo­rums in­ter­na­tio­naux, évé­ne­ments po­li­tiques, éco­no­miques, cultu­rels et confé­rences dans toute l'Eu­rope, no­tam­ment: Ber­li­nale "Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal du film de Berlin", le Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal de mu­sique de Sankt Goar, le 5ème Fo­rum eu­ro­péen de l'his­toire, Sy­ria­nale "Fes­ti­val cultu­rel in­ter­na­tio­nal sy­rien", le Fes­ti­val "Ce­le­brate Life", la Com­mis­sion eu­ro­péenne "le Co­mi­té éco­no­mique et so­cial eu­ro­péen (CESE) Bruxelles", ONU Ge­nève, Gö­te­borg, Malmö, Bu­ca­rest, Co­logne, Berlin et autres.

Les mu­si­ciens ont tous le rêve de voir re­ve­nir la paix dans leur pa­trie et dans toute la ré­gion. Ils es­pèrent un jour, pou­voir ren­trer chez eux pour jouer de­vant leurs pa­rents et leurs com­pa­triotes.

Quoi­qu’il ar­rive, le SEPO est au­jourd’hui un sym­bole d’es­poir ma­gni­fique.

Raed Jaz­beh , le fon­da­teur de l’or­chestre

La so­pra­no Ra­sha Rizk

La com­po­si­trice Suad Bu­sh­naq

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