Adieu Charles Az­na­vour

Il rê­vait de chan­ter jus­qu'à cent ans la vie, l'amour, la nos­tal­gie, le temps qui passe. Charles Az­na­vour, le der­nier des géants de la chan­son fran­çaise et son in­las­sable am­bas­sa­deur à tra­vers le monde, s'est éteint dans la nuit de di­manche à lun­di à l'âg

Watani Francophone - - الصفحة الأمامية - Mi­chael Victor

"C'est avec une pro­fonde tris­tesse que la fa­mille Az­na­vour in­forme du dé­cès de Charles Az­na­vour. Son nom est gra­vé dans l'éter­ni­té, et sa mé­moire est tou­jours vi­vante !", a an­non­cé sa fa­mille sur son compte Fa­ce­book.

C'est dans les Al­pilles, en Pro­vence, dans le sud-est de la France où il ai­mait tant se re­po­ser, que Charles Az­na­vour s'est éteint, sus­ci­tant une vague de tris­tesse chez ses ad­mi­ra­teurs de toutes gé­né­ra­tions.

"Pro­fon­dé­ment français, at­ta­ché vis­cé­ra­le­ment à ses ra­cines ar­mé­niennes, re­con­nu dans le monde en­tier, Charles Az­na­vour au­ra ac­com­pa­gné les joies et les peines de trois gé­né­ra­tions. Ses chefs-d’oeuvre, son timbre, son rayon­ne­ment unique lui sur­vi­vront long­temps", a twit­té Em­ma­nuel Ma­cron.

"Je l'avais convié à mon dé­pla­ce­ment à Ere­van (10-11 oc­tobre) pour le som­met de la fran­co­pho­nie, où il de­vait chan­ter", a ajou­té le pré­sident français.

Le Pre­mier mi­nistre ar­mé­nien Ni­kolPa­chi­nian a dé­plo­ré "une perte énorme pour le monde en­tier", ren­dant hom­mage à "un fils ex­cep­tion­nel du peuple ar­mé­nien".

"L'Eu­rope a per­du au­jourd'hui l'une de ses plus belles voix", a dé­cla­ré le chef de la Com­mis­sion eu­ro­péenne Jean-Claude Jun­cker, sa­luant "un grand ar­tiste" qui a "ins­pi­ré toute une gé­né­ra­tion, don­nant une ma­gni­fique image de la France terre d'ac­cueil au rayon­ne­ment cultu­rel in­ter­na­tio­nal".

Pour la maire de Mon­tréal Valérie Plante, Charles Az­na­vour, "ci­toyen d'hon­neur de la Ville de Mon­tréal, nous a fait voya­ger au son de sa poé­sie et de sa mu­sique".

Un hom­mage na­tio­nal à Charles Az­na­vour a été or­ga­ni­sé ven­dre­di aux In­va­lides, à Pa­ris, en pré­sence d'Em­ma­nuel Ma­cron.

La tour Eif­fel s'est pa­rée d'or, lun­di soir, en hom­mage à Charles Az­na­vour.

Pa­ris a ren­du hom­mage au dé­funt chan­teur, en dif­fu­sant sur le pont d'Ié­na ses plus belles chan­sons et ses por­traits sur écran géant.

Par ailleurs, Anne Hi­dal­go a pro­po­sé qu'un lieu de Pa­ris soit bap­ti­sé du nom du chan­teur dis­pa­ru.

In­épui­sable, le chan­teur aux plus de 70 ans de car­rière avait re­pris la scène en sep­tembre avec deux concerts au Ja­pon et s'ap­prê­tait à re­par­tir en tour­née cet au­tomne avec plu­sieurs dates en France.

Charles Az­na­vour est né le 22 mai 1924 à Pa­ris dans une fa­mille d'ar­tistes d'ori­gine ar­mé­nienne. Son père, Mi­schaAz­na­vou­rian, baryton, sa mère, KnarBagh­das­sa­rian, co­mé­dienne, ont fui le gé­no­cide des au­to­ri­tés turques dé­clen­ché en 1915. Après la Grèce où Ai­da, leur fille aî­née, voit le jour, ils sont de pas­sage en France dans l'at­tente d'un vi­sa pour les Etats-Unis. Le couple voit sa vie bou­le­ver­sée avec l'ar­ri­vée du pe­tit Charles. Ils dé­cident de s'ins­tal­ler dé­fi­ni­ti­ve­ment à Pa­ris et ouvrent un pe­tit res­tau­rant rue Mr Le Prince. Cer­tains soirs, Mi­schaAz­na­vou­rian pousse la chan­son­nette au mi­lieu de ses clients, qui comptent beau­coup d'ar­tistes. Le pe­tit Charles voit dé­fi­ler des chan­teurs, des poètes, des co­mé­diens et sa vo­ca­tion pré­coce le conduit à pas­ser ses pre­mières au­di­tions à l'âge de 9 ans. Il entre au Théâtre du Pe­tit Monde et fait ses pre­mières ap­pa­ri­tions sur scène dans des pe­tits rôles. En 1942, c'est la ren­contre avec Pierre Roche, au­teur­com­po­si­teur, qui va don­ner une nou­velle di­rec­tion à sa car­rière. Le duo se pro­duit sur scène pen­dant huit ans et com­pose éga­le­ment pour d'autres ar­tistes.

En 1946, le tandem est re­mar­qué par Edith Piaf. Sé­duite par la per­son­na­li­té des deux com­plices, la chan­teuse leur pro­pose de l'ac­com­pa­gner pour une tour­née en France et aux Etats-Unis (1947–1948). En 1948, le duo pu­blie plu­sieurs titres (J'ai bu,Dé­part Ex­press…)puis écrit des chan­sons pour Gil­bert Bé­caud. La consé­cra­tion ar­rive en 1956 lors d'un ré­ci­tal à Ca­sa­blan­ca de­vant un pu­blic conquis. Charles Az­na­vour donne son pre­mier concert à l'Olym­pia l'an­née sui­vante et écrit Sur ma vie, son pre­mier suc­cès. En 1960, c'est avec le titre Je m'voyais dé­jà qu'il connaît son pre­mier triomphe. Il a alors 36 ans et son sta­tut de star ne se­ra ja­mais re­mis en cause. Les titres s'en­chaînent alors: Tu t'laisses al­ler (1960), Les co­mé­diens (1962), La Mam­ma (1963), Et pour­tant (1963), For Me For­mi­dable (1964), La Bo­hème (1965),Comme ils disent (1972)…

Ar­tiste in­ter­na­tio­nal de­puis son pre­mier concert au Car­ne­gie Hall à New York en 1963, il s'est pro­duit sur les scènes du monde en­tier. Très ap­pré­cié outre-At­lan­tique, il fut l'in­vi­té d'un épi­sode du Mup­pet show en 1976. Charles Az­na­vour a écrit plus de 1000 chan­sons, dans cinq langues, et ven­du plus de 100 mil­lions de disques à tra­vers le monde. Pour­voyeur de tubes, il a écrit pour de nom­breux ar­tistes; dont John­ny Hal­ly­day (Re­tiens la nuit) et Syl­vie Var­tan (La plus belle pour al­ler dan­ser), Ed­dy Mit­chell, mais aus­si Do­ro­thée (Cha­grin d'ami­tié)_! En 1995, il achète les édi­tions mu­si­cales Raoul Bre­ton ain­si que son propre ca­ta­logue de chan­sons. En 2010, il re­çoit une Vic­toire d'hon­neur aux Vic­toires de la Mu­sique. A 90 ans, il re­prend le che­min des tour­nées qui le mène en mai 2014 sur la scène de l'opé­ra d'Ar­mé­nie à Ere­van.

Au ci­né­ma, Charles Az­na­vour fait éga­le­ment une belle car­rière; Un taxi pour To­brouk(1960), Pa­ris au mois d'août (1695), Le tam­bour (1979), Vi­va la vie (1983), Em­me­nez-moi(2005)… Sa longue fil­mo­gra­phie, qui to­ta­lise plus d'une soixan­taine de films, a conduit l'ar­tiste à col­la­bo­rer avec de pres­ti­gieux réa­li­sa­teurs, Pierre Gra­nier-De­ferre, Claude Cha­brol ou en­core Claude Le­louch.

Charles Az­na­vour se rend pour la pre­mière fois en Ar­mé­nie en 1963. Puis en 1988 lors du trem­ble­ment de terre du pays, l'ar­tiste se mo­bi­lise alors et ap­porte son sou­tien à l'Ar­mé­nie. En 2009, il pu­blie son au­to­bio­gra­phie, A voix basse, qui re­trace les grandes étapes de sa car­rière et de sa vie pri­vée.

Cô­té vie pri­vée, l'ar­tiste était ma­rié en troi­sièmes noces à Ul­la Thor­sell, d'ori­gine sué­doise. Charles Az­na­vour est père de six en­fants; Se­da (1947), Charles (1952), Pa­trick (dé­cé­dé à l'âge de 25 ans), Ka­tia (1969), Mi­sha (1971) et Nicolas (1977).

Où qu'il fut, cet ar­tiste concer­né par le drame des mi­grants rap­pe­lait tou­jours son at­ta­che­ment à ses deux pays. "Je suis Français et Ar­mé­nien, les deux sont in­sé­pa­rables comme le lait et le ca­fé", ré­su­mait-il l'an pas­sé en re­ce­vant son étoile sur le "Walk of fame" à Hol­ly­wood.

Au­jourd’hui, au­cun doute que son étoile conti­nue de briller… du ciel.

Adieu, tout ce qui fut nous ce qui fut notre vie adieu, ce monde un peu fou que le bon­heur nous avait bâ­ti adieu, il me faut par­tir le des­tin sé­pare les êtres que dieu vou­lait réunir mais on se re­ver­ra peut-être ici ou ailleurs de­main ou ja­mais avec dans nos coeoeoeoeurs des re­mords, des re­grets tu veux re­te­nir le temps mais il est plus fort que tout plus fort que nos coeoeoeoeurs d´en­fant le temps, ché­rie, est contre nous adieu, ils étaient trop beaux les prin­temps de nos rires adieu, tout ce qui bien­tôt ne se­ra plus que sou­ve­nirs adieu... (Pa­roles de la chan­son Adieu par Charles Az­na­vour)

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