IN­TER­NET rend in­tel­li­gent ON LE PROUVE !

01net - - LA UNE - JEAN-PHI­LIPPE PISANIAS

Comme Janus, cette di­vi­ni­té ro­maine aux deux vi­sages op­po­sés, In­ter­net fascine au­tant qu’il ef­fraie. Re­pré­sente-t-il un réel pro­grès ? Dans quelle me­sure doit-on aus­si s’en mé­fer ? Pour le sa­voir, nous avons pas­sé au crible les idées re­çues les plus cou­rantes à son su­jet.

jeunes des an­nées 60-70 abor­daient la sexua­li­té. Après “Jouis­sons sans entrave”, c’est “Ex­hi­bons-nous sans en­clave”. Théo­rie sé­dui­sante, même si cette trans­pa­rence n’est en vé­ri­té que pure fic­tion, mise en scène d’une exis­tence fan­tas­mée où l’on ne montre que ce que l’on veut bien mon­trer. Plages pa­ra­di­siaques, soi­rées en­dia­blées et com­pli­ci­té entre potes, seul le “co­ol” a droit aux ti­me­lines. Le reste, moche, triste ou in­avouable, reste pri­vé. Dans le se­cret de notre in­ti­mi­té vraie.

In­ter­net rend in­culte

“Un centre de do­cu­men­ta­tion à l’échelle de la pla­nète.” C’est par cette for­mule que les jour­naux té­lé­vi­sés pré­sen­taient dans les an­nées 90 ce drôle de nou­veau ré­seau bal­bu­tiant qu’était In­ter­net. De­puis, même si ce der­nier est de­ve­nu un big ba­zar, il ofre un ac­cès in­édit à des conte­nus de créa­tion, des plus po­pu­laires aux plus poin­tus. Ja­mais nous n’avons écou­té au­tant de mu­sique, vu de films, par­ta­gé d’ar­ticles sur les ré­seaux so­ciaux qu’au­jourd’hui. Quelques chifres donnent le tour­nis : se­lon le site amé­ri­cain Tor­rentF­reak, Game of Th­rones a été la série la plus pi­ra­tée en 2014 avec 8,1 mil­lions de té­lé­char­ge­ments au mi­ni­mum. La pla­te­forme mu­si­cale sué­doise Spo­ti­fy re­ven­dique plus de 75 mil­lions d’uti­li­sa­teurs ac­tifs dans le monde, et le nombre de conte­nus par­ta­gés chaque jour sur Fa­ce­book s’élè­ve­rait à 4,75 mil­liards.

In­ter­net pousse à la consom­ma­tion

Cé­dant aux si­rènes du mar­ke­ting com­por­te­men­tal, le­quel d’entre nous ne s’est ja­mais re­trou­vé, croyant faire une bonne afaire, avec des lu­nettes de soleil en plas­toc à la place de la ma­gnifque paire clin­quante af­fi­chée à prix cas­sé sur une pla­te­forme d’e-com­merce

? Jouant sur l’achat d’im­pul­sion, les pros du ci­blage pu­bli­ci­taire dé­ploient des tré­sors de tech­no­lo­gie pour vous adres­ser des spots per­son­na­li­sés dans le seul but de vous faire cra­quer, même pour de la ca­me­lote. “Fau­drait qu’il n’y ait plus rien à vendre/Car je veux tout avoir”, chante Jé­ré­mie Kis­ling dans son der­nier al­bum Tout m’échappe, dé­cri­vant avec poé­sie la frus­tra­tion pro­duite par cette in­jonc­tion per­ma­nente à consom­mer. Qui fonc­tionne, chifres à l’ap­pui ! Se­lon la Fé­dé­ra­tion du e-com­merce et de la vente à dis­tance (Fe­vad), les ventes sur In­ter­net ont en efet gé­né­ré en France 56,8 mil­liards d’eu­ros en 2014, en hausse de 11 % sur un an.

In­ter­net est un re­paire d’ar­na­queurs

Fausses an­nonces de vente de chiots de race… Sites de voyance qui ap­pâtent l’in­ter­naute pour mieux lui sou­ti­rer son nu­mé­ro de carte ban­caire… Ofre bi­don dif­fu­sée sur les ré­seaux so­ciaux pro­po­sant un iP­hone au prix re­cord de 1 eu­ro… Chaque quin­zaine, dans notre ru­brique C’est pas net, nous dé­cryp­tons les res­sorts d’abus et d’ar­naques re­pé­rés sur In­ter­net. En règle gé­né­rale, si vous avez un doute sur une pro­po­si­tion com­mer­ciale, ré­pé­tez ces trois man­tras pour ne pas tom­ber dans le pan­neau : ofre aguichante est sou­vent mal­séante ;

an­nonce mal or­tho­gra­phiée est mal­in­ten­tion­née ; ven­deur in­con­nu peut être source de dé­con­ve­nue.

In­ter­net aide à échap­per à la réa­li­té

Avouez que fan­tas­mer en dis­cu­tant sans fin sur un site de ren­contres pré­sente l’avan­tage de n’être confron­té à au­cune des dé­con­ve­nues d’un vrai face à face tout en éprou­vant un pe­tit fris­son po­lis­son. Pour le psy­cho­logue amé­ri­cain Ivan K. Gold­berg, rem­pla­cer ain­si le réel par du vir­tuel pro­tège efec­ti­ve­ment notre pe­tit ego douillet contre les pro­blèmes de la vie cou­rante (mau­vaise ha­leine ou QI d’en­dive de son ou sa par­te­naire, dé­sir en berne au mo­ment de pas­ser à l’acte…). Mais si le “sex­ting” – échange de mes­sages à conno­ta­tion sexuelle – est une pra­tique cou­rante, beau­coup ne s’en contentent pas. Se­lon un sondage Ifop pa­ru en mai der­nier pour le compte du site co­quin CAM4, les pla­te­formes de ren­contres contri­buent bel et bien à l’éta­blis­se­ment de re­la­tions, certes sans len­de­main, mais de re­la­tions quand même ! 57 % des Fran­çais ayant sur­fé sur une pla­te­forme de da­ting ont dé­jà cou­ché avec une per­sonne ren­con­trée via ce type de site (+ 6 % entre 2012 et 2015). À la ques­tion “On va chez moi ?”, la ré­ponse est donc “oui”, plus que ja­mais.

La plus grande ga­le­rie mar­chande du monde va au-de­vant de nos envies de consom­ma­teurs.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.