Avec lui, les ma­chines de­viennent phy­sio­no­mistes

Ce tren­te­naire, pas­sion­né de nature et de bri­co­lage, a dé­ve­lop­pé un lo­gi­ciel de pointe qui ana­lyse nos vi­sages en temps réel.

01net - - ACTEURS - CHAR­LOTTE LAURENT

vous faites vos courses, des pubs adap­tées à votre hu­meur du mo­ment. Quel est le se­cret de Loïc Le­cerf pour rendre les ma­chines in­tel­li­gentes ? Il leur ap­prend… à ap­prendre. Son al­go­rithme s’en­ri­chit en per­ma­nence et s’adapte aux nou­velles don­nées aux­quelles il est confron­té. “Plus le temps passe, plus il peut re­con­naître d’élé­ments”, ex­plique Loïc Le­cerf. Il faut pré­ci­ser que ce père de quatre en­fants est doc­teur en in­tel­li­gence ar­tif­cielle et qu’il est dé­ten­teur de six bre­vets.

Pour­tant, c’est “un peu par ha­sard” que ce Drô­mois en est ar­ri­vé là. Alors étu­diant à Gre­noble en sciences cog­ni­tives et in­for­ma­tique, il tra­vaille sur l’ana­lyse in­tel­li­gente de do­cu­ments au cours d’un stage au Centre de re­cherche eu­ro­péen de Xe­rox. Il dé­cide de consa­crer sa car­rière à do­ter les ob­jets d’un “cer­veau”. Il res­te­ra quatre ans chez le lea­der de la fa­bri­ca­tion d’im­pri­mantes avant de se lan­cer dans l’aven­ture en­tre­pre­neu­riale.

Bien que fou de tech­no, ce tren­te­naire n’a rien d’un geek. “C’est la créa­tion et la mise en oeuvre de la tech­no­lo­gie qui m’in­té­resse, pas son uti­li­sa­tion.” Pas ques­tion d’ins­tal­ler le moindre gad­get connec­té dans la vieille grange de la ban­lieue gre­nod’am­bi­tion. bloise qu’il a re­ta­pée de ses mains. “J’aime faire les choses moi-même”, énonce ce bri­co­leur dans l’âme. En 2004, pen­dant ses études, il avait même créé un site d’échanges de sa­voir-faire en cou­ture, cui­sine, au­to­mo­bile ou bri­co­lage, bap­ti­sé Sa­voir­tout­faire ! Le re­vendre au groupe Bench­mark l’ai­de­ra à créer Smart me up sur ses fonds propres, en 2012. Loïc Le­cerf n’est pas à court

Lui qui n’hé­site pas à ci­ter le fon­da­teur de Tes­la, l’au­da­cieux Elon Musk, comme son mo­dèle a un ob­jec­tif ul­time : “Don­ner à la ma­chine les mêmes ca­pa­ci­tés d’ana­lyse des vi­sages que l’être hu­main.” Certes, il reste à son lo­gi­ciel en­core un peu de che­min à par­cou­rir. Sa marge d’er­reur, lors­qu’il éva­lue l’âge d’un hu­main, est de sept ans alors que nous nous trom­pons d’en­vi­ron cinq ans. Et il se montre en­core in­ca­pable de dé­ce­ler la peur chez un in­ter­lo­cu­teur. Pour al­ler au bout de son projet, notre homme compte bien mettre à proft les contacts éta­blis lors du der­nier CES de Las Ve­gas et le­ver quelque 1,5 mil­lion d’eu­ros d’ici à la fn de l’an­née. De quoi ins­tal­ler Smart me up aux États-Unis et en Asie et s’im­po­ser comme le lea­der du sec­teur de l’ana­lyse de vi­sages en temps réel. Rien que ça ! Pro­jets am­bi­tieux. En at­ten­dant, son en­tre­prise compte huit em­ployés dont sa com­pagne, pro­fes­seur des écoles re­con­ver­tie en res­pon­sable ad­mi­nis­tra­tive. Et a réa­li­sé un chifre d’afaires de 250 000 eu­ros en 2014. En pour­par­lers avec de grands groupes qui tra­vaillent à connec­ter nos villes et nos mai­sons, notre cher­cheur en in­tel­li­gence ar­tif­cielle planche par ailleurs sur un projet qui lui tient à coeur : la créa­tion d’un sys­tème de dé­tec­tion de la som­no­lence au vo­lant. Voi­là qui colle à ses convic­tions pro­fondes, lui qui a vo­ca­tion à amé­lio­rer le confort de tous dans la vie quo­ti­dienne. “Per­sonne n’a en­vie d’un monde di­ri­gé par des ro­bots, non ?” Même par des ro­bots très in­tel­li­gents…

Com­ment rendre une chau­dière in­tel­li­gente ? À cette ques­tion in­at­ten­due, Loïc Le­cerf a une ré­ponse toute trou­vée : en la do­tant de la tech­no­lo­gie qu’il a mise au point. Ima­gi­nez-vous en train de ren­trer à la mai­son un soir d’hi­ver. Vous pas­sez de­vant le ther­mo­stat. Équi­pé d’une ca­mé­ra, ce­lui-ci vous re­con­naît et adapte im­mé­dia­te­ment la tem­pé­ra­ture à vos pré­fé­rences. Le fon­da­teur de la jeune en­tre­prise Smart me up a en efet créé un sys­tème de re­con­nais­sance fa­ciale qui va plus loin que ja­mais. Il est, bien sûr, ca­pable de re­con­naître ins­tan­ta­né­ment qui vous êtes, votre âge et votre sexe. Mais il fait aus­si preuve d’em­pa­thie et sait même dé­co­der vos émo­tions. “Notre lo­gi­ciel fait la dif­fé­rence entre l’es­quisse d’un sou­rire et un rire”, ex­plique Loïc Le­cerf. Photos conformes. Un de­gré de pré­ci­sion qui a sé­duit le lea­der fran­çais de la photo d’iden­ti­té, Pho­to­ma­ton. Le groupe est en train d’équi­per ses 26 000 ca­bines dans le monde de la tech­no­lo­gie Smart me up, afin qu’elles réa­lisent, à tous les coups, des cli­chés conformes aux lé­gis­la­tions en vi­gueur. Un vi­sage pen­ché, des yeux fer­més, une gri­mace ? Plus au­cun risque de payer pour une image ra­tée, la photo ne se dé­clen­che­ra que si tout est conforme.

Mais la start-up gre­no­bloise a aus­si fait son en­trée dans le monde des ob­jets connec­tés en in­té­grant la der­nière-née de la col­lec­tion Ne­tat­mo, la ca­mé­ra de sur­veillance Welcome qui re­con­naît les membres de votre fa­mille. Des pre­mières ap­pli­ca­tions qui laissent en­tre­voir un po­ten­tiel en­thou­sias­mant – chaque ob­jet pour­ra de­main s’adap­ter au­to­ma­ti­que­ment aux be­soins de son uti­li­sa­teur –, ou in­quié­tant – ima­gi­nez re­ce­voir lorsque

Loïc Le­cerf peau­fine l’al­go­rithme de son lo­gi­ciel. Et veut créer un sys­tème de dé­tec­tion de la som­no­lence au vo­lant.

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