Le pre­mier smart­phone à la carte ar­rive enfin

Construire son mo­bile sur me­sure, c’est pour bien­tôt.

01net - - SOMMAIRE - AMINE MESLEM

Une mi­nute ! Il n’en faut pas plus pour dé­ta­cher la coque du smart­phone, re­ti­rer sa bat­te­rie, son écran et sé­pa­rer les prin­ci­paux com­po­sants. Mieux : ras­sem­bler les pièces de ce puzzle élec­tro­nique ne prend pas une se­conde de plus. Non, il ne s’agit pas d’un mo­bile en Le­go pour geeks en cu­lotte courte, mais d’un smart­phone der­nier cri. Dé­voi­lé à la mi-juin, le Fair­phone 2 est le pre­mier ap­pa­reil à adop­ter une ar­chi­tec­ture mo­du­laire.

Une nou­velle gé­né­ra­tion de té­lé­phones qui mo­bi­lise nombre d’in­gé­nieurs, no­tam­ment chez Google, et qui sus­cite beau­coup d’at­tentes cô­té uti­li­sa­teurs. Pour les geeks, c’est l’op­por­tu­ni­té de pou­voir un jour cus­to­mi­ser leur jou­jou. Be­soin d’une puce plus puis­sante ou d’un ap­pa­reil photo de meilleure qua­li­té ? Ils n’au­ront qu’à chan­ger la pièce cor­res­pon­dante. Et pour­ront même ajou­ter des fonc­tions ori­gi­nales : altimètre, pi­co­pro­jec­teur, mi­ni-im­pri­mante photo… tout est pos­sible ! Pour les éco­los et les grippe-sous, c’est l’as­su­rance de faire du­rer leur mo­bile, puis­qu’ils n’au­ront qu’à rem­pla­cer les pièces dé­fec­tueuses. Un bou­le­ver­se­ment dans un sec­teur où l’in- té­gra­tion tou­jours plus pous­sée des com­po­sants – même la bat­te­rie est in­amo­vible ! – in­cite les consom­ma­teurs à re­nou­ve­ler leur équi­pe­ment à un rythme tou­jours plus ra­pide (tous les dix-huit mois, en 2014). Le té­lé­phone mo­du­laire offrirait aus­si l’oc­ca­sion d’équi­per les po­pu­la­tions des pays pauvres d’ap­pa­reils low cost bien adap­tés à leurs be­soins. Té­lé­phone éco­lo. Si Fair­phone s’est lan­cé dans cet am­bi­tieux projet en 2013, c’est que la co­opé­ra­tive néer­lan­daise, dé­jà sou­cieuse de fa­bri­quer un té­lé­phone équi­table (ma­té­riaux rares non is­sus de zones de guerre, sa­la­riés bien trai­tés, etc.), y a ajou­té un vo­let en­vi­ron­ne­men­tal. “Plus un té­lé­phone dure, moins il crée de dé­chets et moins on puise dans les res­sources na­tu­relles”, ex­plique le fon­da­teur Bas Van Abel. Les prin­ci­paux élé­ments du Fair­phone 2 n’étant pas sou­dés, il est de plus très ai­sé de chan­ger une pièce en fin de vie. “Nous vou­lons que n’im­porte qui puisse ef­fec­tuer des ré­pa­ra­tions ba­siques sans l’aide de pro­fes­sion­nels”, af­firme Oli­vier He­bert, res­pon­sable tech­nique de Fair­phone.

L’ap­pa­reil peut dé­jà être pré­com­man­dé sur le site de la co­opé­ra­tive au prix de 525 eu­ros, avec une li­vrai­son pré­vue à l’au­tomne. À ce mo­ment-là, on pour­ra aus­si y ache­ter des pièces dé­ta­chées et consul­ter des tu­to­riels. On ne connaît pas en­core les ta­rifs. Dans un se­cond temps, il de­vrait même être pos­sible de faire évo­luer son smart­phone avec des com- po­sants plus per­for­mants ou of­frant d’autres fonc­tions.

Reste que ces pièces ne fonc­tion­ne­ront que sur le Fair­phone 2. Alors pour­quoi ne pas créer une pla­te­forme com­mune où les élé­ments, quels que soient leurs fa­bri­cants, se­raient in­ter­chan­geables, à l’image de nos bons vieux PC ? C’est l’am­bi­tion de la start-up fin­lan­daise Cir­cu­lar De­vices avec son Puzz­le­phone. Ce der­nier se­ra consti­tué de trois mo­dules : le cer­veau (pro­ces­seur et ca­mé­ras), le coeur (bat­te­rie et com­po­sants se­con­daires) et la co­lonne ver­té­brale (écran et haut-par­leurs). Des mo­dules qui pour­raient ser­vir à fa­bri­quer un su­per­or­di­na­teur. Mais la start-up peine à trou­ver des in­ves­tis­seurs et n’a pas en­core dé­voi­lé de pro­to­types. Le projet de smart­phone mo­du­laire

de Google nom­mé Ara est, lui, beau­coup plus avan­cé. L’idée est, là aus­si, de conce­voir une pla­te­forme ou­verte. On sait dé­jà que les dif­fé­rents mo­dules re­po­se­ront sur un sque­lette mé­tal­lique. Ce der­nier exis­te­ra en trois tailles afin d’ac­cueillir des écrans de 3, 5 ou 6 pouces. Pour évi­ter les at­taches phy­siques, trop fra­giles, les pièces se­ront main­te­nues avec des élec­troai­mants. Elles se­ront ali­men­tées en éner­gie et com­mu­ni­que­ront entre elles grâce à un sys­tème par in­duc­tion. Du coup, on pour­ra les glis­ser

d’une pi­che­nette sur l’ar­ma­ture mé­tal­lique. L’en­semble de­vant of­frir la même ro­bus­tesse qu’un ap­pa­reil mo­no­bloc. Cette ar­chi­tec­ture se paie­ra, en re­vanche, par un lé­ger em­bon­point : un cen­ti­mètre d’épais­seur contre de 7 à 8 mil­li­mètres pour la plu­part des smart­phones ac­tuels. Nouvel An­droid. Conce­voir un ap­pa­reil mo­du­laire exige aus­si un gros tra­vail cô­té lo­gi­ciel pour qu’il ne soit pas né­ces­saire de ré­ins­tal­ler le sys­tème d’ex­ploi­ta­tion dès qu’on change une pièce. Google tra- vaille donc à une mou­ture spé­ci­fique d’An­droid. Lors de la der­nière confé­rence des dé­ve­lop­peurs de la firme, fin mai, un res­pon­sable du projet Ara a ex­hi­bé un pro­to­type avec cette ver­sion d’An­droid. De­vant l’as­sis­tance mé­du­sée, il a ajou­té un mo­dule ap­pa­reil photo, qui a été im­mé­dia­te­ment re­con­nu par le sys­tème, et a aus­si­tôt pris un cli­ché du pu­blic. Bluf­fant !

Le prix de l’Ara ? Google es­père pro­po­ser le mo­dèle ba­sique à 50 dol­lars. “Pour ac­cé­lé­rer la pé­né­tra­tion des smart­phones An­droid sur

les mar­chés à faible pou­voir d’achat comme l’Afrique ou l’Inde...”, re­lève Jé­rôme Co­lin, ex­pert en tech­no­lo­gie pour le ca­bi­net Ro­land Ber­ger. L’uti­li­sa­teur pour­ra le faire évo­luer en ache­tant des mo­dules sur une place de marché en ligne. Plu­sieurs géants du (To­shi­ba, Nvi­dia ou Mar­vell) tra­vaillent sur la concep­tion de mo­dules. Google compte tes­ter la vente de son Ara en kit à Por­to Ri­co en fin d’an­née. En cas de suc­cès, un lan­ce­ment à grande échelle est en­vi­sa­geable dès 2016.

FAIR­PHONE 2

Les élé­ments es­sen­tiels de ce mo­bile, dis­po­nible en pré­com­mande, peuvent être dé­mon­tés

et re­mon­tés en un clin d’oeil. L’uti­li­sa­teur pour­ra chan­ger les pièces dé­fec­tueuses fa­ci­le­ment.

Le di­rec­teur tech­nique de Fair­phone, Oli­vier He­bert (à gauche), exa­mine le pre­mier pro­to­type de son nou­veau smart­phone.

LES TROIS PRIN­CI­PAUX SMART­PHONES MO­DU­LAIRES

L’ARA DE GOOGLE

Il est consti­tué d’un sque­lette mé­tal­lique, sur le­quel on peut glis­ser les mo­dules de son choix, et d’une ver­sion d’An­droid qui ac­cepte l’ajout de com­po­sants sans re­dé­mar­rage de l’ap­pa­reil.

PUZZ­LE­PHONE

Ce con­cept ima­gi­né par une start- up fin­lan­daise va en­core plus loin. Les mo­dules du mo­bile pour­raient éga­le­ment ser­vir, par exemple, à fa­bri­quer un su­per­or­di­na­teur.

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