« On souffre en­core »

« 20 Mi­nutes » a ren­con­tré les sol­dats qui pa­trouillent à Lyon

20 Minutes (Lyon) - - GRAND LYON - Ca­ro­line Gi­rar­don

Les vic­times des at­ten­tats de Pa­ris, deux ans après, res­tent mar­quées. Cer­taines ont connu des dif­fi­cul­tés à ré­in­té­grer le monde pro­fes­sion­nel.

Qu’il vente ou pleuve, que le mer­cure des­cende en des­sous de zé­ro ou que la cha­leur es­ti­vale étouffe les pas­sants, ils pa­trouillent in­las­sa­ble­ment une di­zaine d’heures par jour. A l’af­fût du moindre geste sus­pect, ils avalent les ki­lo­mètres avec 20 kg sur le dos, sans bron­cher. 20 Mi­nutes est al­lé à la ren­contre des sol­dats de l’opé­ra­tion Sen­ti­nelle pour ten­ter de cer­ner leur quo­ti­dien. Ju­lien, pre­mière classe, âgé de 20 ans, s’est en­ga­gé dans l’ar­mée à la sor­tie du ly­cée. A Lyon, il dort dé­sor­mais dans une chambre qu’il par­tage avec un autre sol­dat. Un luxe. « Lors de ma pre­mière mis­sion Sen­ti­nelle, j’étais dans un dor­toir de 22 lits. Il m’est même ar­ri­vé de dor­mir sous une tente », ra­conte-t-il. Le gar­çon est ar­ri­vé entre Rhône et Saône il y a plu­sieurs se­maines. La du­rée de sa mis­sion ? Il ne la connaît pas exac­te­ment. « On sait quand on part mais ja­mais quand on rentre », lâche avec le sou­rire, Sa­my, 23 ans. Les règles sont strictes : pen­dant plu­sieurs mois, les sol­dats n’ont pas le droit de ren­trer chez eux, même le temps d’une jour­née de re­pos. « Au dé­but, l’éloi­gne­ment avec la fa­mille est dur. Mais pe­tit à pe­tit, on se fait à l’idée. Main­te­nant, je le gère bien », pour­suit-il. « C’est un choix de vie. On le sait quand on s’en­gage. » Le ca­po­ral-chef Au­ré­lien, 27 ans, dis­cute ré­gu­liè­re­ment avec sa femme sur Skype. « On se rend compte qu’en France, on vit as­sez bien. Quand j’étais en mis­sion au Tchad, c’était com­plè­te­ment dif­fé­rent. Je ne pou­vais ap­pe­ler per­sonne », pour­suit ce jeune pa­pa qui a eu « la chance d’avoir as­sis­té à la nais­sance » de son fils le mois der­nier. L’épui­se­ment des longues jour­nées de pa­trouille n’a pour­tant pas eu rai­son de son mo­ral. « On sent le poids du ma­té­riel et une cer­taine fa­tigue psy­cho­lo­gique, car on doit res­ter hy­per­con­cen­tré en pa­trouille », ajoute Mar­jo­rie, 22 ans. La jeune femme a été af­fec­tée à la « Po­pote » (une salle de dé­tente) et à l’ar­mu­re­rie. « Etre une femme ne vous donne pas droit à un trai­te­ment de fa­veur, in­dique-t-elle. J’ai aus­si pa­trouillé comme mes col­lègues mas­cu­lins, avec les mêmes équi­pe­ments aus­si lourds à por­ter. » Dès qu’elle a du temps libre, Mar­jo­rie troque son treillis pour des ha­bits plus fé­mi­nins, se lâche les che­veux et se ma­quille pour al­ler faire les bou­tiques du centre ou vi­si­ter la ville. « Etre dans l’ar­mée n’em­pêche pas d’être co­quette dans le ci­vil », conclut-elle.

« Au dé­but, l’éloi­gne­ment avec la fa­mille est dur, mais on se fait à l’idée. »

W

De­vant le Ba­ta­clan à Pa­ris, en no­vembre 2016.

Mar­jo­rie, Vincent, Guillaume, Ju­lien, Sa­my et Au­ré­lien ont com­men­cé leur mis­sion à Lyon il y a quelques se­maines.

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