« L’uni­forme ne per­met pas plus d’éga­li­té »

Pour l’his­to­rien Claude Le­lièvre, la te­nue unique ne ga­ran­tit pas plus d’éga­li­té

20 Minutes (Lyon) - - LA UNE - Pro­pos re­cueillis par Ni­co­las Raf­fin Etes-vous fa­vo­rable à l’ex­ten­sion du port de l’uni­forme à l’école ? Réa­gis­sez en écri­vant à contri­bu­tion@20mi­nutes.fr

Le dé­bat sur l’uni­forme à l’école semble in­dé­mo­dable. Après Xa­vier Dar­cos en 2003 puis 2009, Fran­çois Fillon en 2016, c’est au tour de JeanMi­chel Blan­quer de s’ex­pri­mer sur le su­jet. In­vi­té à com­men­ter l’initiative de la ville de Pro­vins (Seine-etMarne), qui va ex­pé­ri­men­ter l’uni­forme dans le pu­blic dès la Tous­saint, le mi­nistre de l’Edu­ca­tion a ju­gé que « dans cer­tains cas, ça peut être utile, mais ça ne peut mar­cher que s’il y a un cer­tain consen­sus lo­cal ». L’his­to­rien de l’édu­ca­tion Claude Le­lièvre pré­vient qu’il n’est pas fa­cile d’im­po­ser une telle me­sure et que la croyance en un vê­te­ment éga­li­taire ne re­pose sur au­cune réa­li­té his­to­rique.

Peut-on vrai­ment par­ler d’un « re­tour » de l’uni­forme ?

Sur ce su­jet, il faut dis­tin­guer le pri­vé du pu­blic. Dans le pri­vé, il y a tou­jours eu des uni­formes. Il s’agit sou­vent d’éta­blis­se­ments hup­pés, qui veulent se dis­tin­guer des autres. Dans le pu­blic, il n’y a ja­mais eu de vê­te­ment obli­ga­toire. Ce qui exis­tait, c’était un usage de blouses dis­pa­rates pour se pro­té­ger des taches d’encre. Ce­la per­met­tait de faire des éco­no­mies sur le bud­get ha­bille­ment.

Se­lon vous, l’uni­forme per­met-il plus d’« éga­li­té », comme le laisse en­tendre Jean-Mi­chel Blan­quer ?

C’est ab­so­lu­ment faux. Der­rière cette idée d’éga­li­té, il y a en fait le rêve que l’uni­forme va per­mettre de re­ve­nir à une école sanc­tuaire, qui échappe aux sé­duc­tions du monde. Tout ça, c’est du mythe, et les mythes pros­pèrent quand on veut se ras­su­rer, quand on veut se rac­cro­cher à des élé­ments d’un pas­sé pour se pro­té­ger des an­goisses du temps pré­sent. C’est un symp­tôme de ma­la­die so­ciale. Et ce n’est pas l’uni­forme qui va gué­rir cette ma­la­die. Ce n’est pas parce qu’on est vê­tu de la même ma­nière que les dif­fé­rences so­ciales dis­pa- raissent.

Pour­quoi le port de l’uni­forme n’a-t-il ja­mais été im­po­sé ?

Parce qu’au mo­ment où il faut fran­chir le pas, il y a des dif­fi­cul­tés nou­velles qui ap­pa­raissent. Quel type de vê­te­ment choi­sit-on ? Est-ce le même pour les gar­çons et pour les filles ? Qui doit le payer ? Ne rien tran­cher per­met de ne pas en­dos­ser la res­pon­sa­bi­li­té d’im­po­ser une me­sure.

« Ce n’est pas parce qu’on est vê­tu de la même ma­nière que les dif­fé­rences so­ciales dis­pa­raissent. »

Les élèves de l’in­ter­nat d’ex­cel­lence de Sour­dun, ou­vert en 2009, portent tous la même te­nue de­puis 2012.

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