Alain Ca­ri­gnon peut-il ga­gner Gre­noble?

Mu­ni­ci­pales L’an­cien maire tente un re­tour en po­li­tique de­puis plu­sieurs an­nées

20 Minutes (Lyon) - - GRAND LYON - Ca­ro­line Gi­rar­don

Il avance dou­ce­ment ses pions, ten­tant une nou­velle fois de re­ve­nir sur le de­vant de la scène et d’ac­cé­der à la mai­rie de Gre­noble, qu’il a di­ri­gée de 1983 à 1995. De­puis quelques mois, Alain Ca­ri­gnon étrille ou­ver­te­ment et sans re­lâche le bi­lan d’Eric Piolle et de sa ma­jo­ri­té. A coup de posts sur les ré­seaux so­ciaux et no­tam­ment par le biais du site In­ter­net qu’il pi­lote : Gre­noble, le chan­ge­ment. Sa mé­thode : dé­sta­bi­li­ser l’ad­ver­saire, sou­vent de fa­çon vi­ru­lente. Comme en té­moigne la cam­pagne me­née en août 2016. Au to­tal, 80 000 tracts dis­tri­bués et 3 500 avis de re­cherche pla­car­dés sur les murs de la ville avec le mes­sage « Wan­ted ». A la une, le vi­sage de 25 élus de gauche, ac­cu­sés d’avoir « rui­né Gre­noble ». Alain Ca­ri­gnon a fait de la com­mu­ni­ca­tion sa prin­ci­pale arme. Mais ce­la suf­fi­ra-t-il pour s’as­seoir dans le fau­teuil de maire ? Se­lon les ob­ser­va­teurs de la vie po­li­tique lo­cale, le pa­ri est loin d’être ga­gné. « Il faut sur­tout re­gar­der avant tout la so­cio­lo­gie de la ville qui s’est pro­fon­dé­ment trans­for­mée de­puis les an­nées 1990, ré­pond Si­mon La­bou­ret, po­li­to­logue. On a as­sis­té à une mon­tée en puis­sance des di­plô­més et d’une po­pu­la­tion is­sue de l’im­mi­gra­tion, qui peut dé­sor­mais vo­ter. On a des pro­fils très proches de la gauche et, par dé­fi­ni­tion, très éloi­gnés d’Alain Ca­ri­gnon. A l’in­verse, l’élec­to­rat de droite s’est dis­per­sé. Beau­coup ont quit­té la ville. » Il ajoute qu’il pa­raît ac­tuel­le­ment « com­pli­qué pour n’im­porte quel can­di­dat de droite de ra­vir la mai­rie de Gre­noble. Il fau­drait pour ce­la une di­vi­sion très im­por­tante des autres forces po­li­tiques. » De­puis vingt ans, la ville semble en­ra­ci­née à gauche. Et l’an­cien maire a brillé par ses échecs, man­quant plu­sieurs fois son re­tour. No­tam­ment en 2007, lors­qu’il a été bat­tu par la so­cia­liste Ge­ne­viève Fio­ra­so pour les lé­gis­la­tives. Mais aus­si en 2014, quand il n’a pas réus­si à ob­te­nir l’in­ves­ti­ture UMP. « Son ré­seau clien­té­liste ne lui suf­fi­ra pas à l’em­por­ter », pré­dit Si­mon Per­si­co, pro­fes­seur de sciences po­li­tiques à Sciences Po Gre­noble et cher­cheur au la­bo­ra­toire Pacte. « Il ne pour­ra pas non plus jouer la carte cen­triste car on le sait proche des idées de Ni­co­las Sar­ko­zy », pour­suit-il, per­sua­dé que « les élec­teurs ne sont pas prêts à re­don­ner carte blanche à quel­qu’un qui est al­lé en pri­son ». Condam­né en 1996 pour cor­rup­tion, abus de biens so­ciaux, l’an­cien mi­nistre de Jacques Chi­rac a pas­sé 29 mois der­rière les bar­reaux. Un re­cord pour un homme po­li­tique en France.

« La so­cio­lo­gie de la ville s’est pro­fon­dé­ment trans­for­mée de­puis les an­nées 1990. »

Si­mon La­bou­ret, po­li­to­logue

L’homme a di­ri­gé la ville de Gre­noble de 1983 à 1995 avant d’al­ler en pri­son.

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