Vieux frères

IAM fête les 20 ans de son cé­lèbre al­bum avec une tour­née

20 Minutes (Marseille) - - 13-novembre - Ben­ja­min Cha­pon

Pour les 20 ans de l’al­bum « L’Ecole du mi­cro d’ar­gent », et ses tubes « Pe­tit Frère » ou « De­main, c’est loin », le groupe IAM re­part pour une grande tour­née.

Il y a vingt ans sor­tait L’Ecole du mi­cro d’ar­gent, troi­sième al­bum d’IAM. Et le monde du rap fran­çais al­lait s’en trou­ver bou­le­ver­sé. « Nés sous la même étoile », « L’Em­pire du cô­té obs­cur », « Pe­tit Frère » ou en­core, et sur­tout, « De­main, c’est loin », consi­dé­ré par cer­tains comme le meilleur titre de rap fran­çais. Outre ces tubes, l’al­bum est de­ve­nu em­blé­ma­tique de la per­cée du rap. « On s’est ren­du compte après coup que cet al­bum a mar­qué les gens, ra­conte au­jourd’hui Shu­rik’n. Il y avait toute une ef­fer­ves­cence à cette époque à Mar­seille, une créa­ti­vi­té et les moyens de tra­vailler, une fa­ci­li­té à sor­tir des disques. Cet an­ni­ver­saire, c’est aus­si l’an­ni­ver­saire d’une époque bé­nie. » Pour mar­quer le coup, le groupe a res­sor­ti l’al­bum, il y a quelques mois, agré­men­té d’in­édits. Et les com­pères re­partent dans une grande tour­née des Zé­nith (jus­qu’au 5 dé­cembre) avec ces chan­sons de 1997. « On avait vite swit­ché sur autre chose à l’époque, ra­conte Shu­rik’n. Au vu de la po­pu­la­ri­té de l’al­bum et du ca­rac­tère in­ache­vé de la tour­née de l’époque, on s’est dit qu’il fal­lait faire quelque chose. » Akhe­na­ton pointe le pa­ra­doxe : « C’est l’al­bum qu’on a le plus ven­du et avec le­quel on a le moins tour­né. Au­jourd’hui, la mu­sique vit plus sur scène qu’à l’époque. » Au temps de L’Ecole du mi­cro d’ar­gent, IAM ne se po­sait pas de ques­tions. « C’était une époque gé­niale pour le rap, se sou­vient Akhe­na­ton. C’est à ce mo­ment-là que ça a bas­cu­lé pour nous. Avant la sor­tie de l’al­bum, on avait ré­ser­vé des salles comme l’Ely­sée-Mont­martre [à Pa­ris] ou le théâtre Bar­bey à Bor­deaux. Fi­na­le­ment, face à la de­mande, on n’a fait que des Zé­nith. » IAM re­fuse pour au­tant de ver­ser dans la nos­tal­gie de vieux gro­gnons. « Le rap d’au­jourd’hui, ça res­semble à de la pub, dit en ri­go­lant Shu­rik’n. Les cou­plets sont plus courts que le re­frain ! Il y a une phrase forte, un gim­mick, et c’est tout. Ce­la dit, ce n’est pas nou­veau. La “trap mu­sic” est née dans les clubs du sud des EtatsU­nis. La phrase au­tour de la­quelle tourne le mor­ceau fait tout. Ça res­semble plus à de la house que du rap. Mais, à nos dé­buts, on était très mar­qué par la mu­sique new-yor­kaise des an­nées 1970, qui était aus­si dans cet es­prit très dansant. »

« En­core de bons groupes » Par ailleurs, Akhe­na­ton re­con­naît aux jeunes rap­peurs de 2017 leur ca­pa­ci­té à avoir em­me­né le rap dans tous les mé­nages fran­çais. « Ils ont mis le sys­tème à l’amende, ils ont été vi­rés par la porte et sont re­ve­nus par la fe­nêtre. Ils pro­duisent eux-mêmes, ils n’ont plus be­soin de per­sonne. Nous, on de­vait faire du très bon son parce qu’on de­vait son­ner sur CD et dans les salles. Eux, ils pro­duisent pour être écou­tés en strea­ming sur des té­lé­phones. » Bien qu’ils ne se re­con­naissent pas dans les pro­duc­tions rap ac­tuelles, les membres d’IAM notent qu’il y a tou­jours de nou­velles choses à dé­cou­vrir. « Je ne com­prends pas les gens qui nous disent : “Ha pé­tard, c’était bien avant !” Il y a tou­jours de bons groupes. Mais ce n’est pas en écou­tant NRJ que vous al­lez les dé­cou­vrir. Il faut fouiller, il faut “dig­ger”, si vous ai­mez vrai­ment le rap. »

« C’est l’al­bum qu’on a le plus ven­du et avec le­quel on a le moins tour­né. »

Akhe­na­ton

Shu­rik’n (à gauche) et Akhe­na­ton (à droite) d’IAM à Nice, en 2013.

Shu­rik’n (à g.) et Akhe­na­ton, les chan­teurs du groupe mar­seillais, en concert au Théâtre de ver­dure de Nice, en 2013.

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