Le règne de la vé­tus­té

L’ef­fon­dre­ment de trois im­meubles dans le quar­tier po­pu­laire de Noailles, lun­di, ré­vèle des dys­fonc­tion­ne­ments dans la sé­cu­ri­té et la ges­tion de l’ha­bi­tat.

20 Minutes (Marseille) - - NEWS - Ma­thilde Ceilles Lire aus­si 7

Des im­meubles en pi­teux état, au­jourd’hui ré­duits à l’état de pous­sière, des morts, vic­times de ce tra­gique ac­ci­dent, et une ques­tion : pour­quoi ? Pour­quoi, à Mar­seille, se­lon le rap­port Ni­col de 2015 sur le su­jet, un ha­bi­tant sur huit vit dans un lo­ge­ment qui re­pré­sente un dan­ger pour sa san­té ou sa sé­cu­ri­té ?

› Un parc so­cial in­suf­fi­sant. En 2015, se­lon l’In­see, 26,1% des Mar­seillais vi­vaient en des­sous du seuil de pau­vre­té, soit plus d’un quart de la po­pu­la­tion. Or, se­lon Florent Houd­mon, di­rec­teur de l’agence ré­gio­nale Pa­ca de la Fon­da­tion Ab­bé-Pierre, « sur 57 000 de­mandes ac­tives de lo­ge­ments so­ciaux l’an­née der­nière à la mé­tro­pole d’Aix-Mar­seille, il y a eu moins de 8 500 at­tri­bu­tions. Il y a une grosse ten­sion, les gens ne trouvent pas de place. »

› Le fléau des mar­chands de som­meil. Se­lon Florent Houd­mon, le dé­fi­cit de lo­ge­ments so­ciaux ou­vri­rait une brèche aux mar­chands de som­meil, qui pro­fitent de cette ca­rence pour louer cher leurs ap­par­te­ments vé­tustes à des lo­ca­taires sans autre so­lu­tion. «L’ha­bi­tat in­digne se trouve es­sen­tiel­le­ment dans le parc pri­vé vers le­quel les plus pauvres se tournent, faute d’al­ter­na­tives, ana­lyse-t-il. Dans le contexte du mar­ché ac­tuel, leur dos­sier ne se­ra pas for­cé­ment étu­dié. » De­vant les dé­pu­tés, le mi­nistre de l’In­té­rieur Ch­ris­tophe Cas­ta­ner a af­fir­mé que « Mar­seille est par­ti­cu­liè­re­ment tou­chée » par les mar­chands de som­meil.

› Une ques­tion po­li­tique. « La si­tua­tion à Mar­seille est la consé­quence d’an­nées d’in­ac­tion qui ont créé d’énormes dif­fi­cul­tés, s’agace Florent Houd­mon. La si­tua­tion est connue de­puis long­temps, et n’a pas été af­fron­tée en temps et en heure. Tous les pou­voirs po­li­tiques, de la ville à l’Etat, ne sont pas as­sez mo­bi­li­sés. » « Les pauvres ne sont pas dé­si­rés par les élus à Mar­seille, ac­cuse Pa­trick La­coste, de l’as­so­cia­tion Un centre-ville pour tous. On est dans une stra­té­gie de l’aban­don : 45 % des lo­ge­ments so­ciaux sont dans les quar­tiers Nord, contre seule­ment 8 % dans le 8e ar­ron­dis­se­ment. L’idée est de lais­ser pour­rir les im­meubles. »

« Mar­seille est tou­chée par les mar­chands de som­meil. » Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, mi­nistre de l’In­té­rieur

Rue d’Au­bagne, lun­di.

L’ef­fon­dre­ment de trois im­meubles vé­tustes rue d’Au­bagne a re­lan­cé le dé­bat sur l’ha­bi­tat in­sa­lubre et ses causes.

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