Ter­rains mi­nés

Hooliganisme, racisme, ho­mo­pho­bie, vio­lences... De nom­breuses me­naces pèsent sur le Mon­dial en Rus­sie. Mais le pays hôte se veut ras­su­rant.

20 Minutes (Montpellier) - - GRAND MONTPELLIER - A Mos­cou, Ju­lien La­loye

Une Coupe du monde donne tou­jours en­vie. Mais celle qui com­mence jeu­di en Rus­sie peut-être un peu moins. Ce­la tient au contexte et aux mau­vais sou­ve­nirs : ce­lui des hoo­li­gans russes en opé­ra­tion mi­li­taire à Mar­seille lors de l’Eu­ro 2016, ce­lui de cer­tains cris de singe en­ten­dus à Saint-Pé­ters­bourg lors de Rus­sieF­rance, aus­si. 20 Mi­nutes fait le point sur les craintes lé­gi­times, mais pas for­cé­ment avé­rées, sur l’hôte du 21e Mon­dial de l’his­toire.

> Les membres de la com­mu­nau­té LGBT de­vront-ils res­ter dis­crets?

La dé­mo­cra­tie russe dis­pose dans son ar­se­nal d’une loi ou­ver­te­ment ho­mo­phobe, qui in­ter­dit « la pro­pa­gande ho­mo­sexuelle au­près des mi­neurs». En 2017, sept per­sonnes ont été ar­rê­tées pour ce mo­tif, dont trois condam­nées à des amendes, toutes vi­sant des ac­ti­vistes de la cause LGBT. « Les or­ga­ni­sa­teurs du Mon­dial ont as­su­ré que les per­sonnes is­sues d’une mi­no­ri­té sexuelle se­raient bien trai­tées », ex­plique Alexan­der Aga­pov, pré­sident de la fé­dé­ra­tion des sports LGBT à Mos­cou. Mais la per­cep­tion mo­rale de l’ho­mo­sexua­li­té en Rus­sie est dif­fé­rente. «Il y a des villes et des en­droits dans les villes qui sont plus re­com­man­dables que d’autres, juge Aga­pov. Il faut se pré­pa­rer à l’ho­mo­pho­bie et la xé­no­pho­bie or­di­naires de cer­tains ci­toyens.»

> Les cris de singe en tri­bunes son­tils mon­naie cou­rante?

C’est l’autre an­goisse des au­to­ri­tés russes. Fare, l’ONG de ré­fé­rence contre le racisme et les dis­cri­mi­na­tions dans le foot, a re­cen­sé 89 in­ci­dents ra­cistes au­tour des matchs en Rus­sie sur la sai­son 2016-2017. Le der­nier, lors de Rus­sieF­rance en mars, a eu une ré­so­nance in­ter­na­tio­nale : des pho­to­graphes ont as­su­ré avoir en­ten­du des cris ra­cistes quand Ous­mane Dem­bé­lé tou­chait le bal­lon. Ilia Ar­te­miev, spé­cia­liste des ques­tions liées aux dis­cri­mi­na­tions ra­ciales dans le foot au sein de l’ONG So­va, es­time qu’un tel com­por­te­ment ne de­vrait pas se re­pro­duire pen­dant le Mon­dial : « Le pu­blic des matchs de l’équipe na­tio­nale n’est pas le même que ce­lui des clubs et ses sup­por­ters les plus durs.» En­core une fois, c’est la dif­fé­rence cultu­relle qu’il faut avoir en tête. Plu­sieurs joueurs et sup­por­ters ayant mis les pieds en Rus­sie ont dé­jà té­moi­gné d’une cu­rio­si­té mal­adroite à l’égard des per­sonnes de cou­leur. Ce­la risque de faire un choc quand des mil­liers de sup­por­ters des équipes afri­caines vont dé­bar­quer dans des pe­tites villes jusque-là her­mé­tiques au mul­ti­cul­tu­ra­lisme.

> Les hoo­li­gans russes vont-ils re­faire par­ler d’eux ?

« Les au­to­ri­tés font tout pour gar­der les hoo­li­gans les plus durs à la mai­son», juge Ilia Ar­te­miev. La po­lice a com­men­cé à faire le mé­nage, ren­for­cée dans cer­taines lo­ca­li­tés par les co­saques, ces ex-guer­riers du tsar trans­for­més en sorte de mi­lice d’ex­trême droite à la solde du pou­voir. Dans le Guar­dian, Ser­gei Gor­ba­chev, lea­der d’un groupe de sup­por­ters de l’Ar­se­nal Tu­la em­pri­son­né après les in­ci­dents à Mar­seille, ré­sume cette per­es­troï­ka sou­daine du hooliganisme : «La po­lice cherche des noises à tous les sup­por­ters qu’ils ont iden­ti­fiés. Le mes­sage est clair, c’est : “Res­tez chez vous pen­dant le Mon­dial ou vous au­rez des en­nuis.”» Ce­la n’a pas suf­fi à ras­su­rer les sup­por­ters an­glais, qui ont un peu bou­dé les de­mandes de billets. Mark Ro­berts, le boss de la lutte an­ti-hooliganisme outre-Manche, a don­né quelques conseils aux 30000 qui fe­ront le dé­pla­ce­ment à Vol­go­grad, l’an­cienne Sta­lin­grad : « Je de­mande aux fans de se ren­sei­gner sur la culture lo­cale. La ba­taille de Sta­lin­grad a fait des cen­taines de mil­liers de vic­times chez les Russes. Ce se­rait mal vu de re­cou­vrir les mo­nu­ments aux morts de dra­peaux, juste pour mar­quer notre pré­sence. »

Une cu­rio­si­té mal­adroite à l’égard des per­sonnes de cou­leur.

« La po­lice cherche des noises aux sup­por­ters qu’ils ont iden­ti­fiés. » Un hoo­li­gan russe

Un exer­cice de la po­lice à Saint-Pé­ters­bourg, le 20 avril.

Les au­to­ri­tés russes sont sur les dents avant le dé­but du Mon­dial.

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