L’in­vi­sible émo­tion

Lors des quarts de fi­nale de la Coupe de la Ligue, l’as­sis­tance vi­déo est ex­pé­ri­men­tée. Un dis­po­si­tif tech­no­lo­gique qui pour­rait at­té­nuer la pas­sion des joueurs et des fans.

20 Minutes (Paris) - - La Une - Ay­me­ric Le Gall

«Il est dif­fi­cile de mettre des mots sur les émo­tions res­sen­ties au mo­ment d’un but. On ex­plose, on serre un pote dans ses bras, on chiale même. Quand ce pu­tain de bal­lon fran­chit cette ligne, c’est l’ex­tase. » Comme Jé­rôme Rei­jasse, au­teur de Parc, tri­bune K-bleu bas, si on aime tant le foot, c’est parce qu’il nous per­met de nous ex­ta­sier sur un but de notre équipe fa­vo­rite. Sauf que tout ça peut être re­mis en cause par l’as­sis­tance vi­déo (VAR), qui fait son ap­pa­ri­tion en France à l’oc­ca­sion des quarts de Coupe de la Ligue et qui pour­rait tuer cette émo­tion pure. Le pu­blic exul­te­rat-il de la même fa­çon après un but quand, ha­bi­tué à voir l’ar­bitre faire ap­pel à la vi­déo, il sait que sa joie peut être tuée dans l’oeuf ? « Les se­condes de fo­lie quand un but est mar­qué, ne vont pas s’ar­rê­ter parce qu’il y a la VAR, avance Ro­bert Zui­li, coach et psy­cho­logue cli­ni­cien. Les gens ne vont pas es­sayer d’an­ti­ci­per et de rai­son­ner leur ex­plo­sion émo­tion­nelle. »

« De nou­velles sen­sa­tions »

On peut aus­si se dire, comme le fait Ro­bert Zui­li, que la vi­déo va « ajou­ter des émo­tions nou­velles plu­tôt que d’en re­ti­rer. Le but qui a été an­nu­lé va gé­né­rer la même joie chez les fans à qui pro­fite cette an­nu­la­tion, que chez ceux qui, au début, ont pen­sé voir leur équipe ins­crire le but. » Exac­te­ment ce qu’il s’est pas­sé dans le derby de Mi­lan, le 27 dé­cembre. Alors que l’In­ter pen­sait avoir ou­vert le score, l’ar­bitre a de­man­dé l’in­ter­ven­tion de la vi­déo et a re­fu­sé le but. Ré­sul­tat, un im­mense cri de joie qui s’est éle­vé de la Cur­va Sud, le vi­rage des ul­tras du Mi­lan AC, tan­dis que les sup­por­ters in­té­ristes hur­laient leur co­lère. « La vi­déo crée de nou­velles sen­sa­tions, la frus­tra­tion d’un but [jus­te­ment] an­nu­lé ou l’ex­plo­sion de joie après quelques se­condes de stress, as­sure Ro­main, fan des ros­so­ne­ri. C’est pas­sion­nant. » L’état de transe n’est donc pas près de dis­pa­raître.

L’ar­bitre lors de Her­tha Ber­linBayern Mu­nich, le 1er oc­tobre.

Pen­dant que l’ar­bitre de Juve-Fio­ren­ti­na consulte la vi­déo, les joueurs (Ma­tui­di et Thé­réau) et le pu­blic pa­tientent.

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