C’est les watts qu’ils pré­fèrent

Les cou­reurs du pe­lo­ton sont ob­nu­bi­lés par les cap­teurs de puis­sance

20 Minutes (Rennes) - - Sports - Ber­trand Vol­pil­hac

«La puis­sance d’un sys­tème dans le­quel une éner­gie d’un joule est trans­fé­rée uni­for­mé­ment pen­dant une se­conde. » Non, ce n’est pas du chi­nois, mais la dé­fi­ni­tion d’un watt, l’uni­té à la mode dans le pe­lo­ton qui me­sure la puis­sance d’un cou­reur. Grâce à un cap­teur pla­cé dans le pé­da­lier et re­lié à un ca­dran, qui cal­cule en temps réel les don­nées, le cy­cliste sait exac­te­ment où il en est phy­si­que­ment, sa marge d’ac­cé­lé­ra­tion, son point de sur­chauffe…

Un cyclisme scien­ti­fique

« Pour les lea­ders comme Tom Du­mou­lin [vain­queur du Gi­ro], ce sont des ou­tils in­dis­pen­sables, ex­plique Do­mi­nique Ar­nould, di­rec­teur spor­tif chez Di­rect Ener­gie. Ils gèrent leur ef­fort et l’écart avec les autres pour res­ter dans le coup, sans ex­plo­ser. » Dé­sor­mais, ces ou­tils contrôlent et font la course. C’est pour ce­la que vous êtes si sou­vent dé­çus quand Froome lâche quelques mètres après une at­taque. « Ils connaissent par­fai­te­ment leur po­ten­tiel phy­sique. For­cé­ment, il n’y a plus de sur­prise, ré­agit l’an­cien cou­reur Steve Chai­nel. Froome n’est pas fou : sur une mon­tée comme l’Alpe d’Huez, il sait très bien que, par rap­port à son poids et à sa forme, il peut être à 445 watts de moyenne. Si un mec part à 1000 watts de­vant, il ne tien­dra pas. Alors pour­quoi se cra­mer à le suivre? Il va re­ve­nir au train et ga­gner l’étape. » Bye bye l’ins­tinct, le pa­nache, le cou­rage. Bien­ve­nue dans le cyclisme scien­ti­fique. Ce­lui des mon­tées au som­met qui se ter­minent sans écart. Ce­lui où les lea­ders n’ont plus de grosses dé­faillances. Dans le pe­lo­ton et chez les sui­veurs, beau­coup sont fa­vo­rables à l’aban­don de ce « pu­tain d’ou­til de tra­vail, mais qui fausse la course », se­lon Steve Chai­nel. « Je suis contre cette mo­der­ni­té, ré­sume Do­mi­nique Ar­nould. L’UCI [Union cy­cliste in­ter­na­tio­nale] de­vrait sup­pri­mer les cap­teurs de puis­sance. On au­rait un autre dé­rou­le­ment de la course. » Même son de cloche chez Amaël Moi­nard : « Je suis pour les cap­teurs de puis­sance, mais dis­si­mu­lés sous la selle pour pro­mou­voir notre sport. On cour­rait plus à l’ins­tinct et ça dé­ca­de­nas­se­rait cer­taines courses. »

Ch­ris­to­pher Froome, le cou­reur de la Sky, a les yeux ri­vés sur son comp­teur.

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