Sans odo­rat, pas de cui­sine

Les pro­prié­taires de l’Ao­zeñ vendent leur res­tau­rant étoilé

20 Minutes (Rennes) - - Grand Rennes - Ca­mille Al­lain

«Je l’ai ap­pris au mo­ment où l’on a re­çu l’étoile. C’est un cu­rieux ha­sard. » Pro­prié­taires du res­tau­rant L’Ao­zeñ, seule table étoi­lée de Rennes, Ca­ro­line Le­grand et son ma­ri Pierre viennent de vendre leur af­faire. La som­me­lière, pas­sée par de très grands éta­blis­se­ments, est vic­time de pro­blèmes de san­té qui l’em­pêchent de tra­vailler. « J’ai per­du l’odo­rat après un vi­rus per­sis­tant. Ça s’est fait pro­gres­si­ve­ment, mais j’ai aus­si per­du le goût », té­moigne la jeune femme.

« Je n’étais plus sin­cère »

Som­me­lière re­con­nue, elle a tra­vaillé pen­dant deux ans « de mé­moire » pour réa­li­ser les ac­cords mets et vins qui ont fait le suc­cès de leur res­tau­rant. « J’avais l’ha­bi­tude de me po­ser chaque se­maine pour goû­ter les plats de mon ma­ri et choi­sir les vins, mais ça m’était de­ve­nu im­pos­sible. On a dû ar­rê­ter d’in­no­ver. Je ne pou­vais plus te­nir car je n’étais plus sin­cère avec nos clients », té­moigne Ca­ro­line Le­grand. Mère de deux gar­çons, elle s’était for­mée au Pla­za-Athé­née d’Alain Du­casse, trois étoiles au Mi­che­lin. « Ce n’était pas évident en tant que femme. A mon ar­ri­vée, j’ai pas­sé trois mois à ser­vir de l’eau avant qu’on ne m’au­to­rise à ou­vrir une bou­teille », glisse-t-elle. Avec son ma­ri, elle est ar­ri­vée à Rennes en 2009, quand Pierre Le­grand a re­pris la cui­sine de Le­coq-Gad­by pen­dant trois ans, avant d’ou­vrir l’Ao­zeñ en 2012 et d’ob­te­nir l’étoile en 2015. « C’est un sou­la­ge­ment pour moi, comme une page qui se tourne. Nous sommes très fiers de ce que nous avons fait. » Le res­tau­rant a été ra­che­té par un jeune couple, qui l’a re­nom­mé « Ra­cines ».

Ca­ro­line et Pierre Le­grand ser­vi­ront leur der­nier re­pas ce ven­dre­di à l’Ao­zeñ.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.