Cour­tage en ligne : les re­com­man­da­tions des pro­fes­sion­nels

Action Future - - Interview Croisée - Pierre-An­toine Du­sou­lier Pré­sident de Saxo Banque France Ar­naud Pou­tier Di­rec­teur gé­né­ral d’IG Guilhem Tran­chant Head of France de CMC Mar­kets

AC­TION FU­TURE : Quelles sont vos parts de mar­ché du cour­tage en ligne en 2015 ?

Pierre-An­toine Du­sou­lier : Le nombre de clients de la banque en 2015 n’est pas com­mu­ni­qué mais Saxo Banque dis­pose d’une part de mar­ché très si­gni­fi­ca­tive sur le tra­ding en ligne, et no­tam­ment sur le mar­ché des de­vises, dans la me­sure où cam­biste.com (ra­che­té en 2008 par Saxo Bank pour créer Saxo Banque) est le pion­nier de l’ou­ver­ture du mar­ché des de­vises aux par­ti­cu­liers, au­tre­fois ré­ser­vé aux ins­ti­tu­tions fi­nan­cières. Cette part de mar­ché est d’au­tant plus im­por­tante que Saxo Banque pro­pose une plate-forme de tra­ding unique mul­ti­pro­duits per­met­tant l’ac­cès au Fo­rex et aux CFDs (Contract for dif­fe­rence) mais éga­le­ment aux ac­tions, tra­ckers (fonds in­di­ciel co­té), fu­tures (contrats à terme), op­tions, obli­ga­tions, etc. Ar­naud Pou­tier : IG reste cette an­née en­core le lea­der mon­dial des CFD en termes de re­ve­nus. Sur le mar­ché fran­çais, nous sommes en très forte pro­gres­sion (+ 10 points) à la fois sur le cour­tage de CFD et du Fo­rex, avec 35 % de parts de mar­ché. Guilhem Tran­chant : Se­lon l’étude In­vest­ment Trends [Agence d’étude sur les mar­chés fi­nan­ciers, le Fo­rex et le mar­ché des CFD, NDLR], seule fa­çon concrète d’ob­te­nir la part de mar­ché des dif­fé­rents ac­teurs, nous dé­te­nions en 2014 entre 3 % et 4 % des parts de mar­ché au sein du sec­teur. Au vu des ac­tions me­nées de­puis mai 2014 et du nombre crois­sant de clients dé­te­nant un compte chez CMC Mar­kets en France, nous at­ten­dons avec im­pa­tience le rap­port sur l’an­née 2015 et es­pé­rons une hausse de notre part de mar­ché. Nous dis­po­sons au­jourd’hui d’une des plates-formes les plus avan­cées tech­no­lo­gi­que­ment, d’une ta­ri­fi­ca­tion ul­tra­com­pé­ti­tive, d’un ser­vice com­plet et pro­fes­sion­nel et nous avons re­cru­té de nou­veaux col­la­bo­ra­teurs à Pa­ris. La seule chose dont nous man­quons ac­tuel­le­ment est notre vi­si­bi­li­té sur le mar­ché. C’est pour­quoi nous concen­trons nos ef­forts sur le mar­ke­ting et je pense réel­le­ment que tous ces élé­ments conju­gués nous per­met­tront d’aug­men-

ter si­gni­fi­ca­ti­ve­ment nos parts de mar­ché dans les mois à ve­nir.

Qu’est- ce qui vous pa­raît le plus im­por­tant dans le choix d’un cour­tier en ligne ?

Pierre-An­toine Du­sou­lier : Plu­sieurs cri­tères, fa­ci­le­ment vé­ri­fiables, doivent être pris en consi­dé­ra­tion concer­nant le choix du cour­tier en ligne : sa so­li­di­té fi­nan­cière, le choix du pays dans le­quel il est ba­sé et la ré­gu­la­tion du pays en ques­tion (no­tam­ment concer­nant sa res­pon­sa­bi­li­té), la di­ver­si­té des pro­duits, la trans­pa­rence des prix af­fi­chés et la pré­sence d’un ser­vice client en fran­çais. En­fin, un cour­tier qui pro­pose de l’ac­com­pa­gne­ment et de la for­ma­tion pour vous ac­com­pa­gner sur le mar­ché. Si votre cour­tier dé­tient l’agré­ment ban­caire, c’est un plus, car vous dis­po­sez de la ga­ran­tie des dé­pôts à hau­teur de 100.000 eu­ros, comme le pré­voit la ré­gle­men­ta­tion ban­caire fran­çaise.

Ar­naud Pou­tier : Ce­la pa­raît évident à dire, mais, dans un pre­mier ni­veau de prio­ri­té – vi­tal dans la pro­tec­tion de votre ca­pi­tal –, votre cour­tier en ligne doit être ré­gu­lé ! Pri­vi­lé­giez éga­le­ment la proxi­mi­té géo­gra­phique et la qua­li­té de vos in­ter­lo­cu­teurs. Dans un se­cond temps, une étude ap­pro­fon­die de l’offre de ces cour­tiers ré­gu­lés doit vous per­mettre d’iso­ler un cer­tain nombre de fac­teurs : ca­pa­ci­té d’exé­cu­tion, ro­bus­tesse et di­ver­si­té des ou­tils, dis­po­ni­bi­li­té du ser­vice clients, spreads pra­ti­qués sur les sous-ja­cents qui vous in­té­ressent plus par­ti­cu­liè­re­ment, offre de for­ma­tion et d’ana­lyse mar­ché.

Guilhem Tran­chant : Il faut ab­so­lu­ment se ren­sei­gner au préa­lable sur l’éta­blis­se­ment avec le­quel on sou­haite tra­vailler via son site In­ter­net, les dis­cus­sions sur les fo­rums, la ré­gu­la­tion qui ré­git son ac­ti­vi­té, et ce, afin d’évi­ter d’in­ves­tir à tra­vers un éta­blis­se­ment peu re­com­man­dable. Une fois cette sé­lec­tion opé­rée, la qua­li­té d’une plate- forme peut être très sub­jec­tive, j’en­cou­rage for­te­ment les in­ves­tis­seurs po­ten­tiels à ou­vrir un compte de dé­mons­tra­tion. Ce­la leur per­met­tra de jau­ger la qua­li­té de l’ou­til, de l’exé­cu­tion, du ser­vice com­mer­cial, etc. En­fin, je pense qu’il est im­por­tant de se po­si­tion­ner avec un éta­blis­se­ment qui se­rait phy­si­que­ment ba­sé dans le pays dans le­quel on ré­side. Ce­la est plus ras­su­rant et per­met éga­le­ment d’al­ler ren­con­trer les in­ter­lo­cu­teurs avec qui vous êtes ame­né à échan­ger sur une base ré­gu­lière. Vous pour­rez ain­si ins­tau­rer une re­la­tion de confiance, si im­por­tante dans notre ac­ti­vi­té.

Pour un in­ves­tis­seur sou­hai­tant consa­crer une par­tie de son por­te­feuille à des pro­duits à ef­fet de le­vier, quels sup­ports lui conseille­riez-vous pour dé­bu­ter ?

Pierre-An­toine Du­sou­lier : Il existe plu­sieurs pro­duits à ef­fet de le­vier : Fo­rex, CFD, fu­tures. Il est très im­por­tant de se di­ver­si­fier en termes de sup­ports et de sous-ja­cents pour li­mi­ter le risque. Les CFD in­dices ou ac­tions per­mettent de dy­na­mi­ser le por­te­feuille. Faire du hed­ging est aus­si in­té­res­sant pour un in­ves­tis­seur. Par exemple, dans le cas d’un in­ves­tis­seur ha­bi­tué au mar­ché ac­tions, les CFD sur ac­tions sont par­mi les pro­duits les plus ac­ces­sibles et qui per­mettent de dis­po­ser d’ef­fet de le­vier (le­vier 10 chez Saxo) et de faire de la vente à dé­cou­vert. Une fois la mé­ca­nique des CFD maî­tri­sée, les CFD sur in­dices per­mettent en outre de bé­né­fi­cier des op­por­tu­ni­tés liées à leur vo­la­ti­li­té. Par ailleurs, le Fo­rex et les fu­tures donnent ac­cès à d’autres mar­chés (de­vises, ma­tières pre­mières,

etc.) per­met­tant ain­si de di­ver­si­fier les risques et d’avoir un por­te­feuille équi­li­bré et non dé­pen­dant des va­ria­tions d’un seul mar­ché.

Guilhem Tran­chant : Les vé­hi­cules per­met­tant d’in­ves­tir sur les mar­chés fi­nan­ciers avec ef­fet de le­vier sont nom­breux, war­rants, tur­bos et cer­ti­fi­cats, pro­duits pro­po­sés par les grandes banques fran­çaises. Viennent en­suite les contrats à terme, pro­duits ma­jo­ri­tai­re­ment des­ti­nés aux in­ves­tis­seurs avi­sés, dont les op­tions et les CFD. Ces pro­duits dé­ri­vés com­plexes per­mettent d’in­ves­tir sur de nom­breux sous- ja­cents par­mi in­dices, ac­tions, ma­tières pre­mières, de­vises et obli­ga­tions. Il n’y a pas une classe de pro­duit plus in­té­res­sante qu’une autre, cha­cune dis­pose de ses ca­rac­té­ris­tiques propres et il est im­por­tant de pas­ser par une phase d’étude afin de dé­ter­mi­ner le type de pro­duits le plus adap­té à son pro­fil d’in­ves­tis­seur. Pour notre part, nous sommes là pour ac­com­pa­gner ceux qui sont dé­si­reux de dé­cou­vrir ce type d’in­ves­tis­se­ment. Nous pro­po­sons éga­le­ment des for­ma­tions pour ex­pli­quer le fonc­tion­ne­ment du pro­duit, ses ca­rac­té­ris­tiques et les risques as­so­ciés.

Quels conseils don­ne­riez-vous à un in­ves­tis­seur par­ti­cu­lier sou­hai­tant se lan­cer sur le mar­ché des de­vises ?

Pierre- An­toine Du­sou­lier : Pour se lan­cer sur le mar­ché des de­vises, il est d’abord né­ces­saire de connaître et com­prendre pré­ci­sé­ment le fonc­tion­ne­ment du mar­ché des de­vises et les no­tions de base. Il est in­té­res­sant de « tra­der » sur une plate-forme en si­mu­la­tion pour maî­tri­ser les mé­ca­niques de tra­ding sur ce mar­ché avant de se « lan­cer ». Des vi­déos et des conte­nus pé­da­go­giques sont dis­po­nibles sur In­ter­net. Saxo Banque pro­pose no­tam­ment des vi­déos di­dac­tiques sur le site for­ma­tion-tra­ding.com/. Il est éga­le­ment né­ces­saire de prendre un risque conte­nu au dé­mar­rage sur le mar­ché des de­vises : uti­li­ser un ef­fet de le­vier li­mi­té et tou­jours prendre des po­si­tions en fonc­tion du dé­pôt in­ves­ti sur son compte. On li­mite ain­si l’ef­fet de le­vier et le risque pris. En­fin, il faut être ex­trê­me­ment vi­gi­lant au ni­veau de son mo­ney ma­na­ge­ment et éga­le­ment sys­té­ma­ti­que­ment po­ser des stops afin de maî­tri­ser les mou­ve­ments du compte en cas de forte vo­la­ti­li­té.

L’en­quête que nous avons réa­li­sée ( lire plus loin notre Dos­sier spé­cial Bro­kers en ligne) a ré­vé­lé un re­port de l’at­trac­ti­vi­té du mar­ché des de­vises vers les CFD. Com­ment peut-on ex­pli­quer cette évo­lu­tion ?

Ar­naud Pou­tier : Le Fo­rex reste un mar­ché de pro­fes­sion­nels, mal­gré les al­lé­chantes pro­po­si­tions des ac­teurs non ré­gu­lés. Les par­ti­cu­liers en ont pris conscience. Une des rai­sons de ce re­cul du Fo­rex tient pro­ba­ble­ment au dés­in­té­rêt de plus en plus mar­qué des in­ves­tis­seurs pour les forts le­viers, comme ils ont pu être pra­ti­qués par les cour­tiers spé­cia­listes du Fo­rex. Au­jourd’hui, l’in­ves­tis­seur par­ti­cu­lier moyen re­cherche une di­ver­si­té de sous-ja­cents sur les­quels in­ves­tir, avec un ef­fet de le­vier rai­son­nable, sus­cep­tible de trans­for­mer la vo­la­ti­li­té en op­por­tu­ni­té. Le CFD, tout en de­meu­rant un pro­duit à risque, ré­pond à cette de­mande.

Que peut-on conseiller à un par­ti­cu­lier qui veut dé­bu­ter sur les CFD ?

Ar­naud Pou­tier: Faire preuve de pa­tience et de bon sens à chaque étape de son pro­jet ! Dans la sé­lec­tion de son cour­tier tout d’abord, éloi­gnez-vous des pro­messes al­lé­chantes pour vous adres­ser à un cour­tier ré­gu­lé, sé­rieux, ro­buste fi­nan­ciè­re­ment et dont l’exis­tence ne re­monte pas à la der­nière pluie ! Dans votre ap­pren­tis­sage du tra­ding en­suite, profitez des for­ma­tions gra­tuites et des vi­déos pé­da­go­giques avant de vous lan­cer. Pour fi­nir, sa­chez construire votre plan de tra­ding sur des no­tions simples et pour­tant sou­vent igno­rées, comme un mo­ney ma­na­ge­ment ef­fi­cace, pour du­rer dans le temps.

Guilhem Tran­chant : Le tra­ding en gé­né­ral et la né­go­cia­tion sur CFD en par­ti­cu­lier consti­tuent une ac­ti­vi­té beau­coup plus dy­na­mique que les pla­ce­ments his­to­riques sur ac­tions ou obli­ga­tions, voire d’autres types de pro­duits dé­ri­vés, avec des pro­fits po­ten­tiels plus im­por­tants, mais aus­si des pertes po­ten­tielles am­pli­fiées. C’est pour­quoi j’in­vite tous les in­ves­tis­seurs dé­si­rant dé­bu­ter sur ce mar­ché à se for­mer au préa­lable. Les éta­blis­se­ments, via leurs plates-formes de tra­ding, four­nissent de nom­breux conte­nus édu­ca­tifs (tu­to­riels vi­déo, PDF, « we­bi­naires », etc.) qui per­mettent d’ac­qué­rir les connais­sances de base avant de com­men­cer. Sur l’ana­lyse tech­nique, les stra­té­gies de tra­ding, tra­ding sur an­nonces, etc., il existe nombre de sites et ou­vrages spé­cia­li­sés, afin de mon­ter en gamme, mais une fois seule­ment les bases théo­riques ac­quises et mises en ap­pli­ca­tion. Il y a deux étapes pour cette mise en ap­pli­ca­tion. L’étape in­dis­pen­sable est de s’en­traî­ner sur un compte de si­mu­la­tion. Ce der­nier re­flète gé­né­ra­le­ment des condi­tions iden­tiques au compte réel. Le but est de tes­ter toutes les fonc­tion­na­li­tés de l’ou­til sans te­nir compte des po­si­tions vir­tuelles que l’on prend, et de maî­tri­ser ain­si in­té­gra­le­ment la plate-forme. Puis vient une phase où il faut « tra­der » en pre­nant po­si­tion comme on le fe­rait sur un compte réel, sur­veiller son compte et ses po­si­tions, mettre en place ses ou­tils de ges­tion du risque, etc. Cette phase est im­por­tante : elle cor­res­pond à un « test en condi­tions réelles » avant de com­men­cer à in­ves­tir réel­le­ment. La se­conde étape, une fois le compte réel ou­vert, consiste à prendre de pe­tites po­si­tions au dé­part, puis à mon­ter en gamme en se ren­for­çant pro­gres­si­ve­ment. En ef­fet, nous ne ré­agis­sons pas de la même fa­çon avec des fonds réels, car l’as­pect psy­cho­lo­gique rentre en compte. Si cette étape est concluante, libre à l’in­ves­tis­seur d’aug­men­ter pro­gres­si­ve­ment son ex­po­si­tion. Pour fi­nir, il est pos­sible de prendre des cours dans une école de tra­ding. Mais at­ten­tion, là en­core, au sé­rieux de l’éta­blis­se­ment et elles sont des­ti­nées à des in­ves­tis­seurs et tra­ders avec un peu plus d’ex­pé­rience : un coût y est as­so­cié et il est sou­vent as­sez im­por­tant.

Pierre-An­toine Du­sou­lier

Guilhem Tran­chant

Ar­naud Pou­tier

La Nuit du Tra­ding

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