UN LA­BO­RA­TOIRE À CIEL OU­VERT

AD - - LA DÉCOUVERTE -

L’échelle est mo­nu­men­tale, et les tech­niques de pré­fa­bri­ca­tion lourdes en­traînent d’in­évi­tables ré­pé­ti­tions. Peu im­porte, ces contraintes vont de­ve­nir le ter­rain de tous les pos­sibles pour Georges Maillols. Elles vont lui per­mettre d’in­ven­ter un vo­ca­bu­laire gra­phique en fa­çade. Ain­si, de­puis les el­lipses des Ho­ri­zons ap­pa­raît une ligne per­pen­di­cu­laire. Elle tra­verse la dalle sur sa lon­gueur et sé­pare l’es­pace pay­sa­ger de la dalle com­mer­çante. C’est La Ca­ra­velle. Sur sa fa­çade, les bal­cons s’étirent à l’in­fi­ni, ryth­més de rec­tangles que l’on re­trouve à quelques mètres de là, lon­geant les courbes du Tré­gor. Plus loin, on re­trouve les pointes de dia­mant des bal­cons du square des Hautes Ourmes, les ronds abri­tant les log­gias du square de Terre-Neuve, les tri­angles du Tri­ma­ran et ain­si de suite.

Entre 1969 et 1973, l’ar­chi­tecte fait de Rennes une vi­trine contem­po­raine, un la­bo­ra­toire ar­chi­tec­tu­ral à ciel ou­vert jus­qu’en son centre his­to­rique, avec la Barre Saint-Just, ce pa­que­bot amar­ré entre des mai­sons bour­geoises, et consti­tué de lo­ge­ments de luxe. Li­vré en 1969, soit qua­si­ment en même temps que l’îlot du Bourg L’Évêque, le pro­jet confirme l’in­fluence de Georges Maillols sur la ville et ses élus, qui lui per­mirent de bâ­tir là un vaste plan en croix, dont le centre s’élève de ma­nière py­ra­mi­dale. À chaque étage, les ter­rasses sont mar­quées par des au­vents qui, outre leurs qua­li­tés gra­phiques, per­mettent de dis­si­mu­ler les gaines tech­niques de l’édi­fice. À l’in­té­rieur, les es­paces com­muns dé­roulent dé­cors en marbre et grès émaillé, bas­sins, murs en lam­bris d’aca­jou, épaisses mo­quettes et ca­na­pés de ve­lours.

Non content d’avoir an­cré les fon­de­ments des lo­ge­ments à la ver­ti­cale en France et d’avoir su trou­ver des qua­li­tés plas­tiques au pré­fa­bri­qué, Georges Maillols po­sait ici la ques­tion du con­fort dans l’ha­bi­tat col­lec­tif, alors qu’ailleurs on lui don­nait les contours de la ci­té des 4 000 à La Cour­neuve. Soixante an­nées se sont écou­lées. L’une de­meure, l’autre s’est ef­fon­drée sous les bâ­tons de dy­na­mite. La messe est dite. p

À LIRE Georges Maillols ar­chi­tecte, par J.Y. An­drieux et S. Le­ton­du, Presses Uni­ver­si­taires de Rennes, 2013.

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