LE STYLE IRIBE

Illus­tra­teur, dé­co­ra­teur à Hol­ly­wood, créa­teur de bi­joux pour Cha­nel, Paul Iribe fut aus­si un de­si­gner flam­boyant et in­ven­tif. La preuve avec 3 créa­tions em­blé­ma­tiques de son art et de son époque.

AD - - LE DÉCRYPTAGE - Par Lau­rence Mouille­fa­rine.

Paul Iribe, ce seul nom est évo­ca­teur d’élé­gance et d’es­prit. Mais de quel Iribe par­let- on ? L’ar­tiste a flir­té avec tant d’uni­vers. S’agit-il du ca­ri­ca­tu­riste dont les des­sins sa­ti­riques pa­raissent dans Le Rire ou Le Té­moin, jour­nal que lui-même a créé ? De l’illus­tra­teur qui com­pose l’al­bum pu­blié par un cou­tu­rier fas­tueux in­ti­tu­lé Les robes de Paul Poi­ret ra­con­tées par Paul Iribe ? Oui. Dans ses mises en page gra­phiques, Paul Iribe s’ap­plique à soi­gner les dé­cors. De là, à in­ven­ter des meubles, il n’y a qu’un pas… Il le fran­chit en 1912 et conçoit des pièces de mo­bi­lier pour le cou­tu­rier Jacques Dou­cet, l’écri­vain Claude Far­rère, la mo­diste Jeanne Ta­chard, l’or­fèvre Ro­bert Lin­ze­ler… une poi­gnée d’es­thètes. Fa­bri­ca­tions sur me­sure. Elles sont rares. On ap­pré­cie­ra d’au­tant plus les douze meubles et ob­jets pré­cieux qu’est par­ve­nu à réunir l’an­ti­quaire Ches­ka Val­lois. Beau dé­fi. « Ad-mi-ra-ble ! » , di­rait Iribe dont c’était l’ex­pres­sion pré­fé­rée.

Après-guerre, voi­ci notre sé­duc­teur outre-At­lan­tique. En deuxièmes noces, il épouse une Amé­ri­caine, May­bell Ho­gan – mil­liar­daire comme il se doit. La­quelle l’in­tro­duit au­près du pro­duc­teur Jesse L. Las­ky qui di­ri­ge­ra bien­tôt la Pa­ra­mount. Le Fran­çais de­vient le di­rec­teur ar­tis­tique du cé­lé­bris­sime Ce­cil B. DeMille, ha­bille Glo­ria Swan­son dans Male and Fe­male et signe les dé­cors pha­rao­niques des Dix Com­man­de­ments, pre­mière ver­sion en muet. Évi­dem­ment, les deux hommes, à l’ego en Ci­né­ma­scope, fi­ni­ront par se brouiller.

Re­tour à Pa­ris fin des an­nées vingt. Avec Drae­ger, im­pri­meur dé­li­cat, Paul Iribe réa­lise des ca­ta­logues pour la Com­pa­gnie des wa­gons-lits ou les vins Ni­co­las. Il ren­contre Cha­nel. Pour elle, il des­sine des bi­joux, l’unique col­lec­tion de joaille­rie que Ma­de­moi­selle va lan­cer en 1932 et, bien sûr, si­gner.

C’est dans la pro­prié­té de Cha­nel, à Ro­que­bru­neCap-Mar­tin que, trois ans plus tard, il s’ef­fondre à ses pieds, ter­ras­sé par une crise car­diaque après une par­tie de ten­nis. Une brillante sor­tie. p

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