Tout en lignes ho­ri­zon­tales, la mai­son ne peut re­nier sa fi­lia­tion avec le tra­vail de Frank Lloyd Wright.!

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Lorsque le pro­prié­taire des lieux, ori­gi­naire du Sud-Ouest et pas­sion­né d’ar­chi­tec­ture et de de­si­gn, dé­cide dans les an­nées 1970 de faire construire sa mai­son, il se tourne vers un ar­chi­tecte de la ré­gion!: Ed­mond Lay. Ce n’est pas un ha­sard!: à l’époque, ils sont tous deux amis avec l’an­ti­quaire Yves Gas­tou, alors ins­tal­lé à Tou­louse, qui les ac­com­pagne dans ses dé­cou­vertes d’ar­tistes et de­si­gners du XXe siècle et, en bon pré­cur­seur et dé­ni­cheur de ta­lents, les conseille ju­di­cieu­se­ment.

Ed­mond Lay est un nom certes connu des Bor­de­lais (c’est à lui que l’on doit no­tam­ment l’an­cien siège so­cial de la Caisse d’épargne à Mé­ria­dec, clas­sé Mo­nu­ment his­to­rique) et des ini­tiés, mais peu connu du grand pu­blic. Pour­tant, cette fi­gure de l’ar­chi­tec­ture dite or­ga­nique mé­rite qu’on s’y penche. Né dans les Py­ré­nées, il fait ses études aux Beaux-Arts de Pa­ris après la Se­conde Guerre mon­diale avant d’en­tre­prendre un voyage for­ma­teur en Afrique du Nord puis aux États-Unis. Il y rencontre son mo­dèle, Frank Lloyd Wright, quelques mois avant le dé­cès de ce der­nier, et dé­cide de vi­si­ter toutes ses réa­li­sa­tions. Il rentre en 1959 pas­ser son di­plôme et re­part en­sei­gner à l’uni­ver­si­té de Cor­nell. Sol­li­ci­té par Har­vard, il pré­fère re­tour­ner en France fon­der sa propre agence en 1962 non loin de Tarbes, son pays na­tal. Grand prix na­tio­nal de l’ar­chi­tec­ture en 1984, il avait ga­gné les deux concours in­ter­na­tio­naux pour la construc­tion de nou­velles am­bas­sades de France à Abu Dha­bi et au Ko­weït mais la guerre du Golfe en em­pê­che­ra la réa­li­sa­tion. La pierre, le bois, l’ar­doise et la lu­mière

Ici, ce pro­jet de mai­son illustre bien sa phi­lo­so­phie!: l’im­mer­sion to­tale de la construc­tion dans le site, le dia­logue entre l’ex­té­rieur et l’in­té­rieur, la flui­di­té de la cir­cu­la­tion. À l’op­po­sé de la dic­ta­ture du mou­ve­ment mo­der­niste d’un Riet­veld ou d’un Le Cor­bu­sier, il a le sou­ci du rap­port à la na­ture, à l’en­vi­ron­ne­ment, l’exi­gence de l’ho­ri­zon­ta­li­té. Avant tout, en l’oc­cur­rence, il de­mande à voir le ter­rain avant d’ac­cep­ter le chan­tier. En­suite, il exige que l’amé­na­ge­ment in­té­rieur soit confié à Do­mi­nique Zim­bac­ca, un autre ar­chi­tecte et de­si­gner fran­çais de la même gé­né­ra­tion. Tous deux sont des adeptes des ma­tières na­tu­relles. Ed­mond Lay veille lui-même au mon­tage des pierres de Bi­dache. La mai­son s’ac­croche au dé­ni­ve­lé du ter­rain, elle en épouse la forme. Le toit est en par­tie en cuivre pour prendre, avec le temps, le ton vert des feuilles. Le bois est om­ni­pré­sent. Les poutres rythment les pla­fonds et les baies vi­trées ho­ri­zon­tales. Jeu de strates, de puits de lu­mière ou de meur­trières. La mai­son est bien dans la li­gnée de celles de Frank Lloyd Wright ten­dance «!Prai­rie!»!: forte ho­ri­zon­ta­li­té (d’où leur nom), construc­tions basses, éli­mi­na­tion des cloi­sons in­utiles, aires ou­vertes, pi­vot cen­tral avec une che­mi­née mas­sive, larges toi­tures qui se pro­longent au-de­là des murs, ban­deaux de fe­nêtres. Le mo­bi­lier de Do­mi­nique Zim­bac­ca, réa­li­sé tou­jours à la main, est géométrique, puis­sant, épuré!: on peut par­ler d’un tra­vail de char­pente tout de te­nons et de mor­taises qui semble faire par­tie in­té­grante de l’ar­chi­tec­ture. S’il a été com­plé­té par les pièces du sculp­teur Jean Tou­ret et la table et les chaises de Car­lo Mol­li­no, ac­quises par les maîtres de mai­son chez leur ami de longue date, l’an­ti­quaire Yves Gas­tou, l’en­semble ne forme pas moins un exemple ex­cep­tion­nel­le­ment co­hé­rent d’une ar­chi­tec­ture en prise di­recte avec une na­ture brute où elle puise ses ra­cines et sa puis­sance. p

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