Avec les as de la Resco !

Air Fan - - Sommaire - par Hen­ri- Pierre Grol­leau

C’est la base de Pá­pa, en Hon­grie, qui a ac­cueilli du 9 au 24 sep­tembre l’édi­tion 2015 du Com­bi­ned Joint Per­son­nel Re­co­ve­ry Stan­dar­di­sa­tion Course ( CJPRSC), le stage in­te­ral­lié et in­te­rar­mées de stan­dar­di­sa­tion à la ré­cu­pé­ra­tion de per­son­nel.

Au sein des na­tions eu­ro­péennes, et du monde oc­ci­den­tal en gé­né­ral, la pro­blé­ma­tique de la ré­cu­pé­ra­tion de per­son­nels mi­li­taires iso­lés ou de ci­vils en dif­fi­cul­té oc­cupe une place gran­dis­sante, comme l’ac­tua­li­té le montre de fa­çon tra­gique et mal­heu­reu­se­ment ré­cur­rente. Tout doit être dé­sor­mais en­tre­pris pour les ex­traire dans les meilleurs dé­lais de si­tua­tions po­ten­tiel­le­ment dan­ge­reuses.

Du CSAR à la PR

Le concept de Com­bat Search and Res­cue ( CSAR) a pris de l’am­pleur pen­dant la guerre du Viet­nam lorsque l’US Air Force dé­ve­lop­pa des tac­tiques et des ma­té­riels adap­tés pour ré­cu­pé­rer les pi­lotes abat­tus der­rière les lignes en­ne­mies avant que les Viêt- cong ne par­viennent à les cap­tu­rer. Aux com­mandes de leurs HH- 3 Jol­ly Green Giant et HH- 53 Su­per Jol­ly Green Giant, ac­com­pa­gnés par des A- 1 Sky­rai­der ( in­di­ca­tif « San­dy » ) pour l’es­corte rap­pro­chée, les équi­pages amé­ri­cains réus­sirent des opé­ra­tions par­ti­cu­liè­re­ment osées, avec un ef­fet po­si­tif évident sur le mo­ral des pi­lotes qui su­bis­saient des pertes si­gni­fi­ca­tives face à des ré­seaux de dé­fense aé­rienne tou­jours plus so­phis­ti­qués. Cette or­ga­ni­sa­tion a de­puis fait école dans le monde, plu­sieurs forces aé­riennes, dont l’ar­mée de l’Air, épou­sant le mo­dèle amé­ri­cain en créant des uni­tés spé­cia­li­sées.

Le CSAR, ou re­cherche et sau­ve­tage au com­bat ( Resco) en France, pré­sen­tait néan­moins une res­tric­tion ma­jeure : il se li­mi­tait à la ré­cu­pé­ra­tion de per­son­nels en­traî­nés, équi­pés et spé­cia­le­ment for­més, es­sen­tiel­le­ment des équi­pages d’aé­ro­nefs mi­li­taires ou des membres des forces spé­ciales ayant sui­vi des cours axés sur quatre pré­ceptes :

sur­vive ( sur­vivre), evade ( évi­ter la cap­ture), re­sist ( ré­sis­ter) et es­cape ( s’échap­per). Ce qui ex­cluait de fac­to de son champ d’ac­tion les non- na­vi­gants et les ci­vils. Avec la vo­la­ti­li­té de la si­tua­tion in­ter­na­tio­nale et la mul­ti­pli­ca­tion des conflits, le concept s’est donc mué en Per­son­nel Re­co­ve­ry ( PR) pour en­glo­ber le SAR conven­tion­nel dans le bas du spectre pour cer­tains pays et l’éva­cua­tion de res­sor­tis­sants/ mi­li­taires iso­lés dans une si­tua­tion de crise, tou­jours avec le CSAR/ Resco en cas de guerre ou­verte face à des moyens ad­verses im­por­tants.

Rap­pe­lons que le SAR consiste à sau­ver des vies hu­maines dans un mi­lieu per­mis­sif, sans au­cune me­nace, sur terre comme en mer. C’est, ty­pi­que­ment, la mis­sion rem­plie sur leur ter­ri­toire par les Pu­ma de l’ar­mée de l’Air et les EC225 et Dau­phin de la Ma­rine na­tio­nale, les Sea King de la Royal Air Force ou en­core les MH- 60T Jay­hawk de l’US Coast Guard. Comme son nom l’in­dique, la Com­bat Re­co­ve­ry vise à ré­cu­pé­rer dans un mi­lieu hos­tile, et par­fois sous le feu en­ne­mi, des fan­tas­sins ou d’autres mi­li­taires n’ayant pas re­çu de for­ma­tion spé­ci­fique et n’étant pas équi­pés de ma­té­riel spé­cia­li­sé de lo­ca­li­sa­tion et/ ou de trans­mis­sion. La NAR ( Non- conven­tio­nal As­sis­ted Re­co­ve­ry), ac­tion de vive force me­née par une uni­té spé­ciale pour li­bé­rer des otages, fait éga­le­ment par­tie, au sens large, de la Per­son­nel Re­co­ve­ry.

En Eu­rope

Même si l’im­por­tance de la mis­sion est dé­sor­mais re­con­nue de tous, le nombre de forces aé­riennes dis­po­sant de moyens dé­diés reste fi­na­le­ment très li­mi­té. En Eu­rope, l’ar­mée de l’Air est in­con­tes­ta­ble­ment en pointe dans ce do­maine, avec une uni­té spé­cia­li­sée, l’es­ca­dron d’hé­li­co­ptères 1/ 67 « Py­ré­nées » , et des com­bat­tants du CPA 30 ( Com­man­do pa­ra­chu­tiste de l’Air no 30). Dans le concept fran­çais, la Resco est au­jourd’hui de la res­pon­sa­bi­li­té ex­clu­sive de l’ar­mée de l’Air, y com­pris de­puis le PAN Charles- de- Gaulle, comme ce­la a été le cas en 2011 pen­dant l’opé­ra­tion « Har­mat­tan » en Li­bye. Le « Py­ré­nées » est l’un des rares es­ca­drons au monde à pou­voir pla­ni­fier et exé­cu­ter une mis­sion Resco en en­vi­ron­ne­ment hos­tile. D’autres forces aé­riennes consentent ce­pen­dant de lourds ef­forts à l’amé­lio­ra­tion de leurs ca­pa­ci­tés dans les do­maines de la PR et du CSAR. C’est no­tam­ment le cas de l’Ita­lie et de l’Al­le­magne, le Royaume- Uni pré­fé­rant pour l’ins­tant consa­crer des res­sources fi­nan­cières en constante diminution à d’autres prio­ri­tés. A ce jour, au­cun pays eu­ro­péen n’est tou­te­fois en me­sure de ri­va­li­ser avec les EtatsU­nis et ses es­ca­drons de HH- 60G/ MH- 60G

Pave Hawk, HH- 60H Sea­hawk, CV- 22B Os­prey et A- 10C Thun­der­bolt, ces der­niers ayant re­pris le cé­lèbre in­di­ca­tif « San­dy » .

L’EPRC

La vo­lon­té de créer un centre d’ex­cel­lence PR dis­tinct du Groupe aé­rien eu­ro­péen ( GAE) ba­sé à High Wy­combe, à l’ouest de Londres, s’est tra­duite par la mise sur pied, le 8 juillet der­nier, à Pog­gio Re­na­ti­co, en Ita­lie, de l’Eu­ro­pean Per­son­nel Re­co­ve­ry Centre ( EPRC). Cette en­ti­té mul­ti­na­tio­nale a pour vo­ca­tion de fé­dé­rer les ef­forts des na­tions par­ti­ci­pantes et d’ac­croître l’in­ter­opé­ra­bi­li­té : « Nos com­pé­tences sont

vastes et notre champ d’ac­tion large , ex­plique le lieu­te­nant- co­lo­nel Uwe Schlei­mer, of­fi­cier de la Luft­waffe dé­ta­ché à Pog­gio Re­na­ti­co. Nous sommes char­gés du dé­ve­lop­pe­ment concep­tuel, de la ges­tion de la do­cu­men­ta­tion, de la for­ma­tion et de l’en­traî­ne­ment, et du con­seil et de l’as­sis­tance. Nous cen­tra­li­sons les re­tours d’ex­pé­rience des dif­fé­rentes na­tions, ana­ly­sons les sug­ges­tions et mo­di­fions la do­cu­men­ta­tion com­mune afin de faire évo­luer dans le bon sens les pro­cé­dures en vi­gueur. »

L’EPRC en­cadre à pré­sent l’exer­cice an­nuel CJPRSC dont la pre­mière édi­tion a été or­ga­ni­sée en 2007, à Flo­rennes. De­puis, la France l’a ac­cueilli deux fois, à Ca­zaux, en 2009 et 2013. « Le CJPRSC n’est pas un cours pour équi­pages d’hé­li­co­ptèr es uni-

que­ment, mais bien une for­ma­tion à la Per­son­nel Re­co­ve­ry, pré­cise le lieu­te­nant- co­lo­nel Schlei­mer. C’est un exer­cice d’ores et dé­jà très ré­pu­té qui at­tire les meilleurs spé­cia­listes PR de l’Otan. A chaque édi­tion, le nombre de par­ti­ci­pants et d’ap­pa­reils en­ga­gés ne cesse de croître. »

A Pá­pa Air Base

L’ar­mée de l’Air avait en­voyé à Pá­pa deux SA330 Pu­ma au­to­pro­té­gés du « Py­ré­nées » . Le choix s’est por­té sur ce type de ma­chine, car la flotte de H225M Ca­ra­cal est par­ti­cu­liè­re­ment sol­li­ci­tée en ce mo­ment, no­tam­ment à par­tir du Tchad. Les moyens dé­ployés sur la base hon­groise étaient im­pres­sion­nants. En plus des deux Pu­ma fran­çais, ils com­por­taient un EH101 et deux AB 212 ita­liens, deux Mil Mi- 24 Hind et deux PZL W- 3PL Glus­zek po­lo­nais, trois A109 belges ( dont un spare) et deux Su­per Pu­ma es­pa­gnols, ain­si que des com­man­dos al­le­mands, fran­çais, es­pa­gnols, ita­liens et sué­dois. Trois AMX ita­liens ( dont un spare) avaient éga­le­ment fait le dé­pla­ce­ment, pour l’at­taque au sol, tan­dis qu’un AWACS de l’Otan par­ti­ci­pait à chaque mis­sion à par­tir de sa base de Gei­len­kir­chen, en Al­le­magne. Les Hon­grois avaient prin­ci­pa­le­ment un rôle de sou­tien, deux de leurs Mil Mi- 8 étant dis­po­nibles pour la mise en place des plas­trons, par exemple. Plu­sieurs na­tions avaient dé­pê­ché des ob­ser­va­teurs alors que d’autres, comme le Royaume- Uni et les Pays- Bas, of­fraient des moyens d’avi­taille­ment en car­bu­rant pour les FARP ( For­ward Ar­ming and Re­fue­ling Points, ou points

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A droite : en rai­son du risque de fort vent à la fin de la deuxième se­maine, les Pu­ma fran­çais étaient par­qués dans l’herbe, puis sai­si­nés. Dans l’ar­mée de l’Air, la culture de pré­ser­va­tion du ma­té­riel

n’est pas prise à la lé­gère. A droite, en bas : spec­ta­cu­laire at­ter­ris­sage pour ce Su­per Pu­ma es­pa­gnol ar­mé d’une mi­trailleuse

de 12,7 mm à la porte gauche. Ci- des­sous : re­tour au par­king des deux Mil Mi- 24 po­lo­nais. Ces ma­chines étaient équi­pées de pods lance- ro­quettes de 57 mm et de ré­ser­voirs sup­plé­men­taires.

Au- des­sus : AMX ita­lien à l’at­ter­ris­sage à Pá­pa. Deux des trois chas­seurs bom­bar­diers vo­laient à chaque mis­sion, en es­corte et ap­pui feu. Ci- contre : l’étrange PZL W- 3PL Glus­zec mo­der­ni­sé, avec un FLIR To­plite, des écrans mul­ti­fonc­tions, un sys­tème d’au­to­pro­tec­tion et une mi­trailleuse de 12,7 mm en tou­relle sous le nez.

A droite, en haut : le Hind reste tou­jours un hé­li­co­ptère de com­bat par­ti­cu­liè­re­ment

im­pres­sion­nant.

A droite, au mi­lieu : dé­part en mis­sion pour un dis­po­si­tif mixte de deux Pu­ma du « Py­ré­nées » et deux AB 212

ita­liens.

A droite : mo­dule de trois com­man­dos al­le­mands pho­to­gra­phiés à leur re­tour d’une

mis­sion en Pu­ma. Ils sont ar­més d’un fu­sil HK G36 de

5,56 mm, une arme qui a ré­cem­ment dé­frayé la chro­nique outre- Rhin après la dé­cou­verte de pro­blèmes d’échauf­fe­ment lors de tirs sou­te­nus en en­vi­ron­ne­ment

chaud.

En haut : l’énorme EH101 de la ma­rine ita­lienne ne pou­vait pas­ser in­aper­çu.

Ci- contre : re­tour de mis­sion pour ce Pu­ma au­to­pro­té­gé. On re­mar­que­ra le ca­non de la mi­trailleuse MAG 58 de 7,62 mm dans l’ou­ver­ture de la porte.

Ci- des­sus : éva­cua­tion d’un pi­lote bles­sé, une si­mu­la­tion ef­fec­tuée par une équipe mul­ti­na­tio­nale de com­man­dos al­le­mands et es­pa­gnols.

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