La pré­ca­ri­té se conjugue au fé­mi­nin

Moins bien ré­mu­né­rées et da­van­tage confron­tées que les hommes au temps par­tiel, les femmes connaissent une in­sé­cu­ri­té so­ciale plus grande.

Alternatives Economiques - Hors-Série - - Sommaire - CLAIRE ALET

Moins bien ré­mu­né­rées et da­van­tage confron­tées que les hommes au temps par­tiel, les femmes connaissent une in­sé­cu­ri­té so­ciale plus grande.

La pré­ca­ri­té est une si­tua­tion dans la­quelle se mêlent in­sta­bi­li­té, in­sé­cu­ri­té et pau­vre­té » , af­firme Hé­lène Pé­ri­vier, éco­no­miste à l’OFCE. Or en France, le visage de cette pré­ca­ri­té est en grande par­tie fé­mi­nin. Les femmes sont en ef­fet plus nom­breuses que les hommes à vivre en des­sous du seuil de pau­vre­té (964 eu­ros par mois pour une per­sonne seule en 2010), une si­tua­tion qui em­pire avec la crise. L’écart avec les hommes s’était ré­duit en 2009, mais il s’est à nou­veau ac­cen­tué en 2010.

Les femmes sont aus­si bien da­van­tage tou­chées par le temps par­tiel et par cer­tains types d’ho­raires aty­piques. Au­tant de symp­tômes des in­éga­li­tés aux­quelles elles se heurtent sur le mar­ché du travail : dé­va­lo­ri­sa­tion des sec­teurs pro­fes­sion­nels et des em­plois où elles sont sur­re­pré­sen­tées, in­éga­li­tés de sa­laires...

La pré­ca­ri­té est aus­si la con­sé­quence d’un fait de so­cié­té qui prend de l’am­pleur : la hausse du nombre de sé­pa­ra­tions et de di­vorces, et donc de fa­milles mo­no­pa­ren­tales. Celles-ci sont pas­sées de 700 000 il y a trente ans à 1,7 mil­lion au­jourd’hui. Or, même si les pères res­tent la plu­part du temps pré­sents dans la vie des en­fants, la charge cou­rante des en­fants re­pose en­core ma­jo­ri­tai­re­ment sur les mères. Ain­si, plus de 80 % des fa­milles mo­no­pa­ren­tales ont à leur tête une femme. Ces si­tua­tions fa­mi­liales sont un fac­teur de pré­ca­ri­té, puisque les re­ve­nus du mé­nage sont moins éle­vés et le risque de tom­ber dans la pau­vre­té dé­cu­plé, les res­sources du mé­nage ne re­po­sant que sur une per­sonne. Ce phé­no­mène est de plus en plus mis en lu­mière par les études et les sta­tis­tiques, mais il est en­core in­suf­fi­sam­ment pris en compte par les pou­voirs pu­blics. Les al­lo­ca­tions fa­mi­liales ne sont en ef­fet ver­sées qu’à par­tir du deuxième en­fant, alors que plus de la moi­tié des fa­milles mo­no­pa­ren­tales sont consti­tuées d’une mère avec un seul en­fant. C’est une ex­cep­tion fran­çaise : dans la plu­part des autres pays eu­ro­péens, il est pos­sible de tou­cher ces al­lo­ca­tions dès le pre­mier en­fant. Et ce­la de­vrait du­rer puisque la ré­forme à ve­nir de la po­li­tique fa­mi­liale fran­çaise ne pré­voit pas d’y re­mé­dier.

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