L’Afrique du Nord n’a pas fait sa ré­vo­lu­tion

Les di­ri­geants ac­tuels n’ont pas en­ga­gé les in­dis­pen­sables ré­formes éco­no­miques de long terme. Le chô­mage des jeunes est ex­plo­sif.

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Les di­ri­geants ac­tuels n’ont pas en­ga­gé les in­dis­pen­sables ré­formes éco­no­miques.

Près de trois ans après le dé­but du Prin­temps arabe, les éco­no­mies d’Afrique du Nord n’ont tou­jours pas re­trou­vé des couleurs. De­puis la fin 2010, la crois­sance a connu un coup d’ar­rêt dans les trois pays où les ré­gimes en place ont été ren­ver­sés : en Egypte, en Tu­ni­sie et sur­tout en Li­bye, où la guerre ci­vile a fait chu­ter le pro­duit in­té­rieur brut (PIB) de plus de 60 %. Une re­prise a bien eu lieu en 2012 en Tu­ni­sie et en Li­bye, mais pas as­sez pour rat­tra­per le ter­rain per­du.

Il s’en est sui­vi une forte hausse du chô­mage, im­mé­diate en Tu­ni­sie, plus pro­gres­sive en Egypte. Les jeunes et les di­plô­més, pre­miers tou­chés par l’offre in­suf­fi­sante d’em­plois qua­li­fiés, sont frap­pés de plein fouet. Leur si­tua­tion, qui avait été l’un des prin­ci­paux mo­tifs des ré­vo­lu­tions, a em­pi­ré dans toute la ré­gion.

De même, les dés­équi­libres fi­nan­ciers dont souffrent tous les pays d’Afrique du Nord se sont ag­gra­vés. Le dé­fi­cit pu­blic a gon­flé, les gou­ver­ne­ments pui­sant dans leurs ré­serves pour sou­te­nir l’éco­no­mie et conte­nir la co­lère so­ciale. Le poids des sub­ven­tions à la consom­ma­tion, por­tant sur­tout sur l’éner­gie, s’est ac­cru alors que celles- ci coûtent très cher et pro­fitent da­van­tage aux mé­nages ai­sés. Par consé­quent, les marges de ma­noeuvre bud­gé­taires se sont ré­duites pour les pays qui n’ont pas de manne pé­tro­lière. La si­tua­tion de l’Egypte est par­ti­cu­liè­re­ment dé­li­cate.

L’im­pact im­mé­diat des ré­vo­lu­tions n’est pas seul res­pon­sable. Cause ou con­sé­quence du chaos po­li­tique ac­tuel, au­cun des pays de la ré­gion n’a lan­cé de ré­forme en pro­fon­deur de son sys­tème éco­no­mique, dont la faillite, au même titre que l’ab­sence de dé­mo­cra­tie, était pour­tant à l’ori­gine des Prin­temps arabes. Les po­pu­la­tions du Magh­reb souffrent d’une éco­no­mie contrô­lée par des oli­go­poles, et le cré­dit y est rare, bri­dant les ini­tia­tives in­di­vi­duelles. L’in­dus­trie est peu dé­ve­lop­pée, l’agri­cul­ture pas as­sez pro­duc­tive et le sys­tème d’en­sei­gne­ment in­adap­té. Au­tant qu’à la cor­rec­tion des dés­équi­libres ma­croé­co­no­miques, l’ur­gence est à la trans­for­ma­tion de ces mo­dèles.

GA­BRIEL HAS­SAN

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