L’Afrique re­trouve la forme

Le conti­nent afri­cain a re­noué avec la crois­sance. Ti­rée certes par le boom des ma­tières pre­mières, mais aus­si par des chan­ge­ments in­ternes.

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Le conti­nent afri­cain bé­né­fi­cie du boom des ma­tières pre­mières et de chan­ge­ments in­ternes.

Alors que la zone eu­ro est en ré­ces­sion, l’Afrique sub­sa­ha­rienne af­fiche une forme in­so­lente. Sa crois­sance éco­no­mique est de­puis une dou­zaine d’an­nées deux fois plus ra­pide que celle de sa po­pu­la­tion, qui a pro­ba­ble­ment fran­chi cette an­née le cap des 900 mil­lions d’ha­bi­tants. Au­tre­ment dit, l’Afrique s’en­ri­chit, y com­pris les très très pauvres. Ceux qui dis­posent de moins d’un eu­ro par jour pourraient, en ex­tra­po­lant les ten­dances ob­ser­vées, re­pré­sen­ter 48 % de la po­pu­la­tion du conti­nent au­jourd’hui, contre près de 60 % au mi­lieu des an­nées 1990.

La géo­gra­phie de cette crois­sance épouse lar­ge­ment celle des ma­tières pre­mières, dont les prix sont ti­rés à la hausse par la de­mande des pays émer­gents, à com­men­cer par la Chine. Ce qui marque les li­mites d’un mo­dèle sou­mis aux aléas des mar­chés ex­té­rieurs et aux ap­ports de ca­pi­taux in­ter­na­tio­naux. Tan­dis que les terres agri­coles ou boi­sées et les res­sources du sous-sol font l’ob­jet d’un Mo­no­po­ly ® pla­né­taire, la part des pro­duits ma­nu­fac­tu­rés dans le pro­duit in­té­rieur brut (PIB)sub­sa­ha­rien n’a ces­sé de dé­cli­ner de­puis 1990, passant de 17,5 % à 12,5 % en 2010.

Des fac­teurs in­ternes de plus en plus mar­qués viennent au­jourd’hui en ren­fort de cette crois­sance très ex­tra­ver­tie et fra­gile. Les classes moyennes s’étoffent et leur consom­ma­tion ac­crue sti­mule les im­por­ta­tions, mais aus­si la pro­duc­tion de biens lo­caux. Les prix agri­coles éle­vés sur les mar­chés in­ter­na­tio­naux re­pré­sentent en par­ti­cu­lier une op­por­tu­ni­té pour dé­ve­lop­per la pro­duc­tion lo­cale, ce dont une par­tie de la pay­san­ne­rie par­vient à ti­rer pro­fit. Mon­tée en puis­sance des classes moyennes et pro­grès de l’édu­ca­tion pour tous se tra­duisent éga­le­ment par une évo­lu­tion des at­ti­tudes vis-à-vis des élites : la cor­rup­tion est de moins en moins ac­cep­tée par des po­pu­la­tions qui exigent des ser­vices pu­blics qui fonctionnent, sur­tout là où la rente des ma­tières pre­mières per­met théo­ri­que­ment de les fi­nan­cer. Reste à sa­voir si ces fac­teurs de pro­grès se­ront à l’ave­nir as­sez puis­sants pour contre­car­rer une crois­sance qui reste fon­da­men­ta­le­ment in­égale. AN­TOINE DE RAVIGNAN

L’Afrique s’en­ri­chit, y com­pris les très très pauvres.

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